Home SantéLe blé rêve grand : 30 kg d’azote par tonne, le secret d’un rendement et d’une qualité élevés

Le blé rêve grand : 30 kg d’azote par tonne, le secret d’un rendement et d’une qualité élevés

by Sophie Martin

Après des années de sécheresse qui ont freiné sa production, le blé argentin connaît une renaissance prometteuse. Grâce à des pluies favorables et à l’adoption de pratiques agricoles plus adaptées, les prévisions de récolte dépassent désormais les estimations les plus optimistes.

« La reprise des profils hydriques a été l’élément le plus déterminant de cette campagne. La contrainte de la sécheresse s’est estompée et les attentes en termes de rendement sont revenues », a déclaré Gustavo Ferraris, spécialiste de la nutrition des cultures à l’INT Pergamino, lors de la Journée Technique du Trigo de DonMario à Chacabuco.

Cette amélioration du contexte a encouragé les agriculteurs à investir davantage dans les intrants, notamment la fertilisation. Des décisions qui, il y a encore quelques mois, étaient prises par prudence, sont désormais motivées par une volonté d’optimiser les rendements. Selon Ferraris, « Quand il y a de l’eau dans le sol, l’agriculteur peut à nouveau viser la performance maximale. »

La génétique, la rotation des cultures et la santé du sol sont également des facteurs clés de cette dynamique positive. Le renouvellement des variétés de blé contribue à renforcer sa résistance et sa productivité. Cependant, des défis subsistent, notamment dans les zones basses et saturées où des pertes d’azote dues au lessivage et à l’anoxie ont été observées, nécessitant une gestion plus précise des apports.

Malgré ces difficultés, la tendance est claire : l’Argentine pourrait dépasser les 24 millions de tonnes de blé récoltées, un chiffre qui paraissait inatteignable il y a peu de temps.

L’azote, un élément clé de la réussite

Selon les experts, une équation simple définit désormais le nouveau standard de productivité : « 30 kg d’azote pour chaque tonne de rendement attendu, en tenant compte de l’azote déjà présent dans le sol et des engrais utilisés », a précisé Ferraris. « Ce chiffre n’est pas arbitraire : il est le fruit de nombreuses années de recherche et nous permet d’atteindre une teneur en protéines de 10,5 % dans des variétés de qualité intermédiaire. »

Il est important de souligner que le blé se développe progressivement et que son potentiel final n’est pas connu dès le début du cycle. La stratégie agricole doit donc être flexible et adaptable. « La gestion doit être souple. Il faut être prêt à ajuster les apports en cours de saison si l’on constate que les conditions environnementales le permettent. Le plus grand risque pour cette campagne serait de manquer d’azote », a insisté Ferraris.

Il a résumé cette idée en une phrase qui a fait mouche auprès des participants : « Celui qui ne prend pas de risques avec l’azote perd du rendement. »

Un rôle stratégique dans le système agricole

La renaissance du blé ne se limite pas à une augmentation des récoltes. Sa contribution au système agricole est de plus en plus stratégique, en particulier dans la région centrale où la double culture est possible, permettant de maintenir le sol productif pendant neuf mois.

« Le blé est la culture la plus durable du système : il assure la santé du sol, améliore l’équilibre des nutriments et réduit la pression des mauvaises herbes », a expliqué le spécialiste. Il a précisé qu’une rotation blé-soja de deuxième classe peut réduire considérablement l’utilisation d’herbicides. « Un soja de première qualité nécessite au moins quatre applications d’herbicides, tandis qu’un soja de deuxième classe cultivé après du blé n’en exige généralement qu’une seule. »

Cet effet se traduit par une efficacité économique et environnementale accrue tout au long de la rotation. « Sans blé, le soja et le maïs donnent moins de rendement ; le blé est au cœur du système et stimule son amélioration », a-t-il affirmé avec conviction. Dans un contexte mondial où la durabilité est une priorité, cette valeur systémique prend une importance croissante.

Compenser les prélèvements nutritionnels

La productivité accrue du blé implique également un défi technique pour les cultures suivantes. Un blé plus performant extrait davantage de nutriments du sol et mobilise les réserves présentes dans les résidus de récolte. Par conséquent, pour le soja de deuxième classe, un ajustement nutritionnel est indispensable.

« Si vous avez fertilisé 5 000 kg/ha et que la récolte de blé a atteint 6 500 kg/ha, vous devez impérativement corriger les apports en phosphore et en soufre. Sinon, le soja subira les conséquences de ce succès », a prévenu Ferraris.

Les récentes pluies sont encourageantes et devraient permettre de semer le soja de deuxième classe dans de bonnes conditions d’humidité, une situation qui n’avait pas été observée depuis plusieurs années. « Il ne suffit pas que le blé rapporte beaucoup : il faut maintenir l’équilibre du système. La prochaine campagne commence aujourd’hui », a-t-il souligné.

Avec des conditions environnementales favorables, une gestion plus précise et une culture qui retrouve sa place et sa réputation, le blé redevient un moteur de rentabilité et un pilier de la durabilité. Ferraris a conclu avec un sourire mêlé de soulagement et d’ambition : « Il y a encore quelques temps, envisager 20 millions de tonnes était un rêve. Aujourd’hui, c’est une possibilité concrète. Le blé ose à nouveau viser haut. »

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