Publié le 2026-01-11 20:17:00. Un rapport accablant pointe du doigt de graves lacunes de gouvernance au sein du Conseil des Arts, après l’échec retentissant d’un projet de transformation numérique qui a englouti plus de 6,7 millions d’euros de fonds publics.
- Le Conseil des Arts aurait besoin d’un conseil d’administration plus diversifié, doté d’une expertise en gouvernance, ressources humaines et droit.
- L’examen indépendant révèle des erreurs de gestion, une sous-estimation des coûts et un manque de supervision de la part du ministère de la Culture.
- Le rapport préconise la création d’un « vivier d’expertise » pour aider les organismes publics à mener à bien des projets informatiques complexes.
Un audit indépendant, commandé par le ministère de la Culture, met en évidence des défaillances majeures dans la gestion du Conseil des Arts, notamment en ce qui concerne son projet de modernisation informatique. Lancé en 2018 avec un budget initial de 3 millions d’euros (environ 3,2 millions de dollars), ce projet a finalement coûté 6,7 millions d’euros avant d’être abandonné, laissant un trou de 5,3 millions d’euros dans les comptes de l’organisation.
Le rapport, remis le 5 janvier au ministre de la Culture Patrick O’Donovan et qui sera présenté au Cabinet ce mardi, critique en particulier la composition du conseil d’administration actuel. Les experts estiment qu’il manque cruellement de compétences en matière de gouvernance, de gestion des ressources humaines et de droit, se limitant trop souvent à une expertise purement artistique. Il est donc recommandé de modifier la législation pour permettre la nomination de membres possédant un profil plus large.
L’étude souligne également que les projets de transformation numérique sont intrinsèquement complexes et présentent un risque élevé d’échec, même pour les grandes organisations. Pour renforcer la capacité des organismes publics à mener à bien de tels projets, le rapport suggère la création d’un « vivier d’expertise » auquel ils pourraient puiser pour recruter des spécialistes.
L’analyse de rentabilité initiale du projet informatique, réalisée par le Conseil des Arts, est également remise en question. Elle aurait sous-estimé les coûts réels, en omettant notamment la prise en compte de la TVA et des dépenses liées à la rationalisation des processus. De plus, la supervision exercée par le ministère de la Culture est jugée « trop informelle », les problèmes n’ayant pas été remontés aux niveaux hiérarchiques appropriés.
Le rapport dresse un portrait sévère des systèmes de gouvernance du Conseil des Arts, dénonçant un manque de cohésion au sein de la direction, une culture du risque immature et une surveillance insuffisante de la part du conseil d’administration. L’agence d’État manquait cruellement d’expertise en informatique et en gestion de projet, s’appuyant excessivement sur des prestataires externes et ne gérant pas correctement les contrats.
Le comité consultatif d’experts, présidé par le professeur Niamh Brennan et comprenant le Dr Margaret Cullen et John McCarthy, a également noté une forte pression sur les ressources du Conseil des Arts entre 2015 et 2023, avec une augmentation significative du personnel et du budget. La gestion du projet pendant la période de la pandémie de Covid-19 est également jugée « sous-optimale ».
L’étude révèle que l’objectif et l’ampleur du projet ont évolué au fil du temps, et que le Conseil des Arts n’avait pas une vision claire de ses attentes dès le départ. Ces changements n’ont pas été correctement pris en compte ni évalués par la structure de gouvernance du projet, ce qui témoigne de défaillances importantes au niveau du conseil d’administration.
Le comité a interrogé 41 parties prenantes et examiné 1 930 documents pour mener à bien son analyse. Bien que le Conseil des Arts ait fourni tous les documents et informations demandés, le rapport critique le fait que certains documents identifiés lors des entretiens n’aient pas été fournis spontanément et aient dû être obtenus auprès d’autres sources.
Le rapport souligne également que certaines décisions n’ont pas été soumises à l’approbation du conseil d’administration, que certains documents présentés étaient trop détaillés et difficiles à interpréter, et qu’il y a eu un manque d’engagement sur des points clés du projet. Selon le comité, un conseil d’administration doté d’une expertise plus large en matière de gouvernance aurait probablement exercé une surveillance plus rigoureuse du projet.
Malgré ces critiques sévères, le rapport reconnaît l’importance du Conseil des Arts et la valeur de son travail. Il souligne également le fort sens du service public qui anime son personnel et note que plusieurs « changements notables » ont été apportés aux pratiques et procédures du conseil d’administration depuis juin 2024.
La présidente du Conseil des Arts, Maura McGrath, avait déjà déclaré qu’elle s’engageait à mettre en œuvre « rigoureusement » toutes les mesures et réformes nécessaires.
