Home Santé“Le corps, en situation de manque de sommeil ou de sommeil de mauvaise qualité, ne nous demandera jamais d’aliments riches en fibres”

“Le corps, en situation de manque de sommeil ou de sommeil de mauvaise qualité, ne nous demandera jamais d’aliments riches en fibres”

by Sophie Martin

Publié le 30 octobre 2025 15:04:00. Notre état émotionnel et notre digestion sont intimement liés, une connexion bidirectionnelle que les spécialistes appellent l’axe intestin-cerveau. Comprendre cette interaction est essentiel pour améliorer à la fois notre bien-être mental et notre santé digestive.

  • Une digestion lente peut entraîner fatigue, manque de concentration et baisse de moral.
  • Le stress et l’anxiété peuvent perturber le système digestif, et inversement, des problèmes intestinaux peuvent affecter l’humeur.
  • Adopter une alimentation riche en fibres, probiotiques et antioxydants, ainsi qu’une bonne hydratation, peut favoriser une digestion saine et un esprit clair.

Lorsque la digestion est difficile et ralentie, il est courant de ressentir une baisse d’énergie et une difficulté à se concentrer. Ce n’est pas une coïncidence : de plus en plus d’études confirment le lien étroit entre notre système digestif et notre état émotionnel. Ce phénomène est expliqué par l’axe intestin-cerveau, une voie de communication bidirectionnelle qui révèle comment le stress, l’anxiété ou même les troubles du sommeil peuvent altérer le fonctionnement de notre système digestif, et comment, en retour, des problèmes intestinaux peuvent avoir un impact direct sur notre humeur, notre concentration et notre bien-être mental.

Le docteur Gonzalo Guerra, directeur médical et chirurgien digestif chez Neogenia (www.cmed.es) et le Centre médico-chirurgical des maladies digestives, apporte des éclaircissements sur cette relation complexe.

« Notre état émotionnel ou nos troubles mentaux se répercutent directement sur le système digestif. »

Gonzalo Guerra, directeur médical et chirurgien digestif

Lorsqu’une digestion est particulièrement lente, le corps a tendance à prioriser l’acheminement du sang vers l’appareil digestif pour faciliter l’absorption des nutriments. « Les besoins d’absorption et de digestion mobilisent davantage de sang vers cette zone du corps. C’est pourquoi, après un repas, on ressent souvent une sensation de somnolence, un manque d’énergie, voire l’envie de faire une courte sieste. Si la digestion est prolongée en raison d’une pathologie ou d’autres facteurs, cette sensation de fatigue, de lourdeur mentale et de ralentissement sera plus intense », explique le docteur Guerra.

« Parfois, le déclencheur d’une première poussée de maladie inflammatoire de l’intestin est un épisode de stress. »

L’axe intestin-cerveau joue un rôle fondamental dans cette interaction entre le système nerveux central et le système digestif. Cette connexion est bidirectionnelle : une humeur dépressive ou anxieuse peut aggraver des conditions préexistantes telles que la gastrite ou une maladie inflammatoire de l’intestin. En effet, il est parfois observé qu’un épisode de stress peut être le point de départ d’une première crise de maladie inflammatoire de l’intestin.

Et l’inverse est également vrai : lorsqu’une maladie digestive, comme une gastrite, un ulcère ou une maladie inflammatoire de l’intestin, se manifeste, elle peut avoir un impact négatif sur l’humeur, favorisant la dépression et l’anxiété. Ce phénomène est lié à l’activation de facteurs inflammatoires qui peuvent induire un état dépressif.

L’alimentation joue un rôle crucial. Pour favoriser une digestion légère et un esprit clair, il est conseillé d’éviter les aliments ultra-transformés, les sucres raffinés, l’alcool et une consommation excessive de caféine. Privilégiez plutôt les aliments riches en fibres, qui améliorent le transit intestinal, ainsi que ceux contenant des probiotiques, comme le kéfir, la choucroute ou le kimchi. Les aliments riches en enzymes digestives, comme l’ananas, et ceux fournissant des glucides à libération lente, tels que l’avoine, le quinoa et les céréales complètes, sont également bénéfiques. N’oubliez pas les graisses saines, comme celles présentes dans l’avocat, les oméga 3 (présents notamment dans le poisson bleu) et les aliments qui augmentent les niveaux de dopamine, comme les bananes. Une consommation abondante d’antioxydants naturels, présents dans les fruits rouges, est également recommandée. Enfin, une bonne hydratation, une mastication lente et des portions modérées, surtout le soir, contribueront à une digestion plus facile et à un esprit plus clair.

Le stress, la sédentarité et le manque de sommeil influencent également la digestion et la fatigue mentale. Un stress excessif et un mode de vie sédentaire peuvent ralentir le péristaltisme intestinal, affectant l’œsophage, l’estomac et l’intestin. Le stress peut provoquer une parésie gastrique, ralentissant la vidange de l’estomac et entraînant une sensation de satiété prolongée. Il encourage également une alimentation compulsive, caractérisée par des repas rapides et une mastication insuffisante.

Quant au sommeil, un manque de repos ou un sommeil de mauvaise qualité empêche le corps de se régénérer, entraînant une sensation de fatigue et une envie de consommer des glucides rapidement absorbés, comme ceux présents dans les farines raffinées et les sucres, ce qui ralentit la digestion et favorise les ballonnements.

Il est essentiel d’être attentif aux signaux que notre corps nous envoie. « Lorsque le système digestif ne fonctionne pas correctement, le corps manifeste des signes tels que la fatigue, le manque d’énergie, le découragement, une sensation de lourdeur et une difficulté à fournir un effort physique », explique l’expert. Ces symptômes s’accompagnent souvent d’un ralentissement des processus de raisonnement et des capacités mentales.

Un mauvais fonctionnement de la digestion peut également entraîner une mauvaise absorption de certains nutriments, comme l’acide folique ou la vitamine B12, ce qui peut avoir un impact sur le système neurologique.

Il est souvent tentant de séparer le physique du mental, alors qu’ils sont en réalité profondément interconnectés. « Nous avons tendance à vouloir dissocier les maladies physiques des troubles mentaux, sans établir de lien entre les deux. Je pense que cela est dû à une certaine stigmatisation qui nous amène à nier l’impact du stress, de l’anxiété ou de la dépression. Il semble que les problèmes mentaux ne soient pas considérés comme des problèmes de santé à part entière, mais comme des troubles qui affectent uniquement l’esprit. Or, ce n’est pas le cas. Notre état émotionnel se reflète directement sur le fonctionnement de notre système digestif, mais aussi de notre système musculaire, respiratoire, etc. », souligne le docteur Guerra. Des altérations hormonales peuvent également être causées par un état émotionnel négatif. Il est donc important de prendre en compte la dimension mentale lors de la prise en charge d’un trouble physique.

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