Home SantéLe défi des biofilms dans les soins de santé

Le défi des biofilms dans les soins de santé

by Sophie Martin

Les biofilms, ces communautés microbiennes tenaces, représentent un défi majeur dans la prévention des infections nosocomiales. Des solutions à base de dioxyde de chlore se sont révélées particulièrement efficaces pour les éliminer, même lorsqu’ils sont secs et résistants.

Les biofilms sont des assemblages structurés de micro-organismes, enrobés d’une substance protectrice qu’ils produisent eux-mêmes. Ils se fixent fréquemment sur les surfaces des établissements de santé et deviennent extrêmement difficiles à éradiquer. Ce phénomène ne relève pas seulement d’une question de propreté, mais constitue un véritable enjeu de sécurité pour les patients. Les biofilms servent de refuge aux bactéries multirésistantes (BMR), les protégeant des antimicrobiens et favorisant l’échange de gènes de résistance, ce qui accélère leur propagation.

Les bactéries intégrées dans un biofilm présentent une résistance aux antibiotiques de 10 à 1 000 fois supérieure à celle des bactéries en suspension. Des études estiment que jusqu’à 65 % des infections microbiennes et 80 % des infections chroniques sont liées à la présence de biofilms. Leur présence peut entraîner des infections persistantes, une diminution de l’efficacité des traitements et un risque accru de contamination croisée, notamment via les dispositifs médicaux, les surfaces et les systèmes d’eau.

Tous les biofilms ne sont pas identiques. Bien qu’ils partagent la caractéristique d’être constitués de micro-organismes enfermés dans une matrice protectrice, leur composition varie. Ils peuvent contenir des bactéries, des levures, des champignons, voire des virus, et sont souvent composés de plusieurs espèces différentes. Ils peuvent survivre sur une surface pendant plusieurs heures.

On distingue les biofilms humides, qui se développent dans des environnements riches en eau et en nutriments, et les biofilms secs, qui se forment dans des milieux secs ou peu humides. Les biofilms humides, souvent constitués de bactéries Gram négatif comme Pseudomonas aeruginosa, se rencontrent notamment dans les dispositifs médicaux réutilisables, les canalisations d’eau, les éviers et les douches. Les biofilms secs, en revanche, se forment sur des surfaces sèches et leurs micro-organismes sont généralement plus résistants en raison des conditions difficiles dans lesquelles ils évoluent.

L’efficacité d’un désinfectant contre un biofilm peut être évaluée à l’aide de tests spécifiques. Pour les biofilms humides, les tests MBEC (ASTM E2799) et CDC (ASTM E2871-22) permettent d’évaluer l’action du désinfectant sur les biofilms de Staphylococcus aureus et de Pseudomonas aeruginosa. Les solutions de dioxyde de chlore ont été testées selon ces méthodes sur des biofilms développés pendant 72 heures. Les résultats ont montré une réduction d’au moins 4 log dans le test MBEC et de 5 log dans le modèle CDC, avec des temps de contact aussi courts que 30 secondes.

Pour les biofilms secs, l’efficacité du dioxyde de chlore a été évaluée à l’aide d’un modèle CDC modifié, intégrant un cycle de déshydratation/réhydratation de 12 jours, une approche de plus en plus reconnue pour simuler les défis de la décontamination réelle. Dans ce cas également, toutes les solutions de dioxyde de chlore testées ont atteint une réduction logarithmique d’au moins 5, avec des temps de contact variables.

L’efficacité du dioxyde de chlore contre les biofilms, qu’ils soient humides ou secs, suggère qu’il pourrait jouer un rôle important dans la prévention des infections nosocomiales. Son intégration dans les protocoles de prévention des infections pourrait contribuer à améliorer l’efficacité des mesures de désinfection et à réduire les risques pour les patients.

Références

  1. Ledwoch, K., Dancer, SJ, Otter, JA, Kerr, K., Roposte, D., Rushton, L., Weiser, R., Mahenthiralingam, E., Muir, DD et Maillard, J.-Y. (2018). Attention aux biofilms ! Biofilms secs contenant des agents pathogènes bactériens sur plusieurs surfaces de soins de santé ; une étude multicentrique. Journal of Hospital Infection, 100(3), pages e47 à e56. https://doi.org/10.1016/j.jhin.2018.06.028.
  2. Maillard, J.-Y. et Centeleghe, I. (2023). Comment le biofilm change notre compréhension du nettoyage et de la désinfection. Résistance aux antimicrobiens et contrôle des infections, [en ligne] 12(1), p.95. https://doi.org/10.1186/s13756-023-01290-4.
  3. K Ledwoch, Vickery, K. et Maillard, JY. (2022). Biofilms à surface sèche : ce qu’il faut savoir. Journal britannique de médecine hospitalière, 83(8), pp.1–3. https://doi.org/10.12968/hmed.2022.0274.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.