Home AffairesLe dollar a quitté la scène et tout dépend désormais de sa réactivation : l’économie peut-elle croître au rythme chinois en 2026 ?

Le dollar a quitté la scène et tout dépend désormais de sa réactivation : l’économie peut-elle croître au rythme chinois en 2026 ?

by Amélie Bernard

Publié le 9 novembre 2025 04:06:00. L’Argentine connaît un regain de confiance économique après les élections, avec une baisse des taux d’intérêt et une stabilisation du dollar, mais le gouvernement Milei maintient une politique de contrôle des taux de change qui divise les experts.

  • La victoire électorale a entraîné une chute des taux d’intérêt et une dépréciation du dollar, inversant une tendance à la dollarisation extrême.
  • Les PME peuvent désormais accéder à des financements à des taux plus avantageux, tandis que les projets de financement automobile à taux zéro se concrétisent.
  • Le gouvernement Milei persiste dans sa volonté de maintenir des fourchettes de change jusqu’en 2027, une décision qui suscite des débats parmi les économistes.

L’élection de Javier Milei a provoqué un revirement spectaculaire dans le paysage économique argentin. Après une période d’incertitude marquée par une forte dollarisation et un risque pays élevé (proche de 600 points), le marché local a retrouvé une certaine stabilité. Le dollar officiel a légèrement baissé, se négociant sous les 1 450 pesos, et les taux d’intérêt ont connu une baisse significative. Cette amélioration est perçue comme une conséquence directe de la dissipation du « risque kuka », une expression désignant la crainte d’un retour du kirchnérisme.

L’impact de ce nouveau climat de confiance se fait déjà sentir dans plusieurs secteurs. Les plans de financement automobile à taux zéro sont devenus viables, les taux des prêts hypothécaires indexés sur l’UVA (Unité de Valeur Ajustée) ont commencé à baisser, et les petites et moyennes entreprises (PME) peuvent désormais obtenir des financements garantis à des taux compris entre 40 et 45 % par an, contre 70 % avant les élections.

Cependant, la politique économique du gouvernement Milei ne fait pas l’unanimité. Lors d’une interview accordée à Temps Financier, le président a annoncé la décision de maintenir les fourchettes de change jusqu’en 2027. Cette annonce va à l’encontre des recommandations de Wall Street, qui préconise un régime de change flottant, sans intervention gouvernementale.

Certains économistes locaux soutiennent toutefois la position de Milei. Ricardo Arriazu estime qu’il serait imprudent pour un pays comme l’Argentine de laisser le taux de change fluctuer librement, d’autant plus qu’il constitue l’unité d’épargne des Argentins. Bárbara Guerezta Echagüe, macrostratège chez Delta Assett Management, partage cet avis :

« Il est essentiel que le processus de réduction de l’inflation se poursuive l’année prochaine. Et pour cela, il est très important d’offrir le plus haut degré de certitude possible concernant le prix du dollar, qui ne semble pas en retard. Dans notre équipe, nous ne sommes pas d’accord avec l’idée d’éliminer les bandes de change, car derrière cela se cache l’idée d’une dévaluation du peso qui n’est pas nécessaire. »

Bárbara Guerezta Echagüe, macrostratège chez Delta Assett Management

Les prévisions d’inflation, publiées dans l’Enquête sur les attentes du marché (REM) de la Banque centrale, indiquent une baisse significative à partir de 2026, avec une inflation mensuelle inférieure à 2 % et un taux annuel estimé à 30 % cette année, puis à 20 % l’année prochaine et à 10 % en 2027.

Javier Milei a également profité de ses récentes présentations auprès des investisseurs à Miami et à New York pour renforcer les liens avec l’administration de Donald Trump. Le président américain et son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, ont joué un rôle crucial dans la stabilisation de l’économie argentine à l’approche des élections, en limitant les achats massifs de dollars par le public et les entreprises.

Les investisseurs, passés d’un pessimisme profond à un optimisme soudain, se demandent désormais si Milei sera en mesure de mener à bien son mandat et d’être réélu. Mauricio Macri avait également connu un succès initial, mais n’a pas pu achever son mandat.

« Milei arrive avec des comptes publics en ordre, il n’a pas encore emprunté un seul dollar sur les marchés, l’inflation a fortement chuté et il bénéficie d’un soutien sans précédent des États-Unis et à partir du 10 décembre, il aura un Congrès beaucoup plus sympathique. »

Source non spécifiée

La situation actuelle est plus favorable pour Milei. Il hérite d’une économie avec des finances publiques saines, sans endettement extérieur récent, une inflation en baisse et un soutien politique important, tant au niveau national qu’international. La priorité pour les prochaines années sera la croissance économique, avec une prévision de 4 % pour 2026, après une reprise progressive au cours des derniers trimestres de 2025.

La baisse des taux d’intérêt, la diminution de l’inflation, l’amélioration des salaires réels et une récolte abondante devraient stimuler l’activité économique en 2026. Milei avait prédit un rebond rapide, mais pourrait cette fois-ci briser la « malédiction de la troisième année » qui a affecté les gouvernements précédents :

  • Cristina Kirchner a dévalué le peso en janvier 2014, sans parvenir à relancer durablement l’économie, qui a connu une contraction de plus de 2 %.
  • La crise des changes a éclaté au cours de la troisième année du gouvernement Macri.
  • Alberto Fernández n’a pas réussi à maintenir la reprise post-pandémique en 2022, avec une baisse de 1,5 % au quatrième trimestre et une inflation de 211 % à la fin de son mandat.

Pour atteindre ces objectifs, il sera essentiel de stabiliser le dollar, de réduire l’inflation et de mettre en œuvre des réformes structurelles, d’attirer les investissements et de relancer la consommation intérieure. Un défi de taille, mais pas impossible.

Jamie Dimon, président et chef
Jamie Dimon, président-directeur général de JPMorgan Chase & Co., s’exprime lors du America Business Forum au Kaseya Center à Miami, Floride, États-Unis, le 6 novembre 2025. REUTERS

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