Publié le 27 novembre 2025 à 16h09. La première épidémie de virus de Marburg confirmée en Éthiopie suscite une vive inquiétude sanitaire, avec six cas confirmés et trois décès probables signalés à ce jour. Le Global Virus Network appelle à une mobilisation rapide pour identifier les personnes infectées et intensifier la recherche sur ce virus mortel.
- L’épidémie a été officiellement confirmée le 14 novembre 2025 dans la région sud de l’Omo, en Éthiopie.
- À la date du 20 novembre 2025, six cas de maladie à virus de Marburg (MVD) ont été confirmés en laboratoire, dont trois décès. Trois décès supplémentaires sont considérés comme probables.
- Aucun traitement thérapeutique approuvé ni vaccin homologué n’existe actuellement contre le virus de Marburg, rendant la gestion rapide des cas et la recherche des contacts essentiels.
Le Global Virus Network (GVN), une coalition internationale de plus de 40 pays regroupant des virologues spécialisés dans les virus humains et animaux, a publié une déclaration concernant cette nouvelle épidémie. Cette situation représente un impératif urgent en matière de santé publique, de recherche et de surveillance.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les premiers cas suspects de fièvre hémorragique virale ont été détectés dans la ville de Jinka. Les analyses ont révélé la présence d’ARN du virus de Marburg. Au total, 206 contacts ont été identifiés et sont suivis, un nombre qui ne cesse d’augmenter.
« La priorité immédiate est l’identification rapide des personnes infectées, l’isolement le cas échéant et la prévention d’une transmission ultérieure. Il n’existe actuellement aucun traitement thérapeutique approuvé ni vaccin homologué pour la maladie à virus de Marburg, donc une gestion des cas, une surveillance et un suivi rapides recherche des contacts sont essentiels. Les soins cliniques de soutien restent la pierre angulaire. »
Professeur Pontiano Kaleebu, professeur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, directeur de l’Ouganda Virus Research Institute (UVRI) et directeur du Centre d’excellence du GVN
Le professeur Kaleebu a souligné la nécessité urgente de progresser sur plusieurs fronts en matière de recherche et de gestion des épidémies. Il a notamment évoqué la recherche de vaccins, l’évaluation de traitements potentiels et l’étude de l’origine et de l’écologie du virus.
Concernant les vaccins, le candidat vaccin ChAd3-MARV, développé par le Sabin Vaccine Institute, a été testé au Rwanda l’année dernière, mais les résultats en termes d’efficacité n’ont pas été concluants. Des essais de phase I/II sont en cours en Ouganda, en partenariat avec l’Université Makerere et Sabin, et l’UVRI travaille à identifier les corrélats immunitaires de protection.
Des essais expérimentaux d’antiviraux, tels que le remdesivir, et d’anticorps monoclonaux ont été utilisés lors d’épidémies antérieures, mais les données restent limitées. Il est crucial de retracer l’origine de cette épidémie en Éthiopie, en étudiant notamment les réservoirs locaux de chauves-souris (en particulier Rousettus aegyptiacus), la possibilité d’une importation transfrontalière, et en effectuant des enquêtes sérologiques rétrospectives ainsi qu’une modélisation environnementale des risques de transmission.
L’UVRI a déjà développé des modèles pour les épidémies en Ouganda, permettant d’identifier les zones géographiques à risque. Ces modèles pourraient être adaptés à la situation éthiopienne pour évaluer l’impact des changements climatiques et écologiques sur l’émergence du virus.
« Cette épidémie présente également une opportunité de faire progresser la recherche vaccinale et thérapeutique indispensable contre le virus de Marburg. Des études scientifiques impliquant des survivants, y compris des réponses immunologiques et excrétion virale au fil du temps, il sera essentiel de renforcer la préparation mondiale. »
Professeur Clobed
Le GVN souligne également les implications régionales de cette épidémie, en raison de la proximité de la zone touchée avec le Soudan du Sud et le Kenya, ce qui augmente le risque de propagation transfrontalière. Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) apportent un soutien actif à l’Éthiopie en matière de diagnostics, de séquençage génomique et de biosurveillance.
« La détection du virus de Marburg en Éthiopie pour la première fois nous rappelle brutalement la rapidité avec laquelle des menaces virales peuvent apparaître dans de nouvelles régions. Elle renforce la nécessité de systèmes de surveillance solides, de capacités de diagnostic rapide et de partenariats scientifiques à travers l’Afrique. »
Professeur Salim S. Abdool Karim, directeur du Centre pour le programme de recherche sur le sida en Afrique du Sud (CAPRISA), un centre d’excellence du GVN, et président du groupe consultatif d’urgence du CDC Afrique sur les urgences de santé publique continentales.
« L’Afrique possède le leadership scientifique, les capacités de laboratoire et l’expérience sur le terrain pour faire face à des épidémies comme celle-ci, mais les investissements dans la préparation ne doivent pas être soutenus uniquement pendant les crises », a-t-il ajouté.
Le GVN continuera de suivre de près la situation et de collaborer avec ses partenaires en Afrique et dans le monde pour soutenir la réponse à l’épidémie, les efforts de recherche et les stratégies à long terme visant à atténuer les futures menaces du virus de Marburg.
