Publié le 23 novembre 2025 à 06h45. L’issue de la COP30 à Belém, au Brésil, est mitigée : un accord a été trouvé pour poursuivre les discussions sur la réduction des énergies fossiles, mais il manque d’ambition et n’a pas satisfait les pays les plus vulnérables face au changement climatique.
- Un accord a été trouvé pour entamer des discussions sur une éventuelle élimination progressive des combustibles fossiles, mais il s’agit d’un engagement volontaire et non contraignant.
- L’Irlande soutient le texte final, tout en exprimant de profondes préoccupations quant à son manque d’ambition.
- Les pays en développement ont obtenu une promesse de 120 milliards de dollars (104,2 milliards d’euros) par an pour l’adaptation au changement climatique, mais ce financement ne sera disponible qu’à partir de 2035.
Après deux semaines de négociations intenses, la COP30 s’est achevée sur un compromis fragile. Les 194 pays participants, à l’exception des États-Unis qui n’ont pas envoyé de délégation, ont adopté un texte qui ouvre la voie à de futures discussions sur la réduction des énergies fossiles, mais sans imposer d’obligations contraignantes. Cet accord a été rendu possible grâce à la souplesse de l’Union européenne, qui a accepté le texte de la présidence malgré ses lacunes.
Le ministre irlandais du Climat, Darragh O’Brien, a exprimé les réserves de son pays, soulignant que le texte ne répond pas aux ambitions nécessaires pour limiter le réchauffement climatique. Il a déclaré que le soutien irlandais était motivé par de « profondes préoccupations » et qu’il ne s’agissait « pas d’un choix fait à la légère ».
« Cela ne répond pas à des ambitions significatives sur la question la plus critique de notre époque : réduire les émissions pour atténuer les pires effets du changement climatique. »
Darragh O’Brien, ministre irlandais du Climat
Plus précisément, M. O’Brien a regretté l’absence d’une « feuille de route crédible pour l’élimination progressive des combustibles fossiles », une demande soutenue par plus de 80 pays, dont l’Irlande. Les négociations ont été particulièrement difficiles, avec une opposition farouche des pays producteurs de pétrole, notamment l’Arabie saoudite et la Russie.
Les pourparlers ont été au bord de l’échec, nécessitant une séance de négociations qui s’est prolongée toute la nuit jusqu’à samedi matin. Un incendie survenu jeudi près des bureaux de la délégation a également perturbé les discussions à un moment crucial.
Si les pays en développement ont obtenu une avancée significative avec la promesse de 120 milliards de dollars par an pour l’adaptation au changement climatique, ce financement ne sera disponible qu’à partir de 2035, au lieu de 2030 comme ils l’espéraient. De plus, cette somme ne s’ajoutera pas aux 300 milliards de dollars promis l’année précédente.
La question de la déforestation a également été un point de blocage, avec la suppression d’une feuille de route pour mettre fin à la destruction des forêts, une déception amère pour les défenseurs de la nature, cette COP étant surnommée la « COP de la forêt tropicale » en raison de son lieu d’organisation, à Belém, près de l’embouchure du fleuve Amazone.
Jennifer Morgan, une vétérane des COP et ancienne envoyée allemande pour le climat, a estimé que, malgré ses limites, le résultat de la COP30 constitue un progrès.
« Bien que loin d’être ce qui est nécessaire, le résultat à Belem est un progrès significatif. L’Accord de Paris fonctionne, la transition vers l’abandon des combustibles fossiles convenue à Dubaï (lors des négociations de la COP28 en 2023) s’accélère. »
Jennifer Morgan, vétéran de la Cop et ancienne envoyée allemande pour le climat
Mohamed Adow, directeur du groupe de réflexion Power Shift Africa, a cependant souligné que l’accord n’était pas à la hauteur des enjeux.
« Dans un contexte géopolitique de plus en plus fracturé, la COP30 nous a fait quelques petits pas dans la bonne direction, mais compte tenu de l’ampleur de la crise climatique, elle n’a pas été à la hauteur. »
Mohamed Adow, directeur du groupe de réflexion Power Shift Africa
Ali Mohamed, envoyé spécial pour le climat au Kenya, a rappelé que les pays pauvres doivent être soutenus pour faire face à une crise dont ils ne sont pas responsables.
« La 30e COP a réaffirmé à la fois l’urgence de l’action climatique et les risques disproportionnés auxquels sont confrontés les plus vulnérables. »
Ali Mohamed, envoyé spécial pour le climat au Kenya
L’accord final reconnaît également la nécessité d’une « transition juste », qui implique d’aider les travailleurs touchés par l’abandon des combustibles fossiles. Cependant, des dispositions clés concernant l’exploitation des « minéraux critiques » ont été bloquées par la Chine et la Russie.
Les discussions ont également porté sur la nécessité de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels, conformément aux objectifs de l’Accord de Paris. Les pays étaient censés présenter de nouveaux plans nationaux de réduction des émissions, mais ces plans se sont avérés insuffisants pour atteindre cet objectif.
