Publié le 18 décembre 2025 22:31:00. Le nouveau film brésilien « L’Agent Secret », primé à Cannes, explore la paranoïa politique et les séquelles de la dictature militaire, un sujet toujours sensible au Brésil et qui résonne avec les tendances autoritaires observées dans le monde.
- Le film « L’Agent Secret » sera projeté pendant deux semaines à partir de vendredi au Harris Theatre de Pittsburgh.
- Une discussion post-film avec la cinéaste brésilienne Flavia Guerra, amie du réalisateur Kleber Mendonça Filho, aura lieu en ligne.
- Selon une analyse du groupe de médias britannique The Economist Group, environ un tiers des pays du monde sont aujourd’hui autoritaires.
Le dernier film de Kleber Mendonça Filho, « L’Agent Secret », ne ressemble en rien aux aventures habituelles des espions. Loin des exploits à la James Bond, le film suit un scientifique en fuite, Marcelo (interprété par Wagner Moura, connu pour son rôle dans la série « Narcos » de Netflix), qui cherche à comprendre la disparition de sa mère. Son enquête le plonge dans un univers trouble, où se mêlent carnaval de rue, découverte macabre d’une jambe humaine dans un requin, obsession enfantine pour le film « Les Dents de la mer », et corruption policière.
Récompensé au Festival de Cannes, le film se déroule en 1977, une période charnière pour le Brésil. Bien que la dictature militaire, instaurée par un coup d’État soutenu par les États-Unis en 1964 (coup d’État de 1964), ait commencé à perdre de son emprise, elle continuait d’exercer un pouvoir considérable. Le film ne montre pas explicitement la dictature, mais elle imprègne l’atmosphère, créant un sentiment de malaise et de suspicion.
Flavia Guerra, cinéaste brésilienne et amie du réalisateur, explique que cette approche subtile est essentielle à la force du film.
« Ils étaient désespérés, d’une certaine manière, de le maintenir [le régime]. Il y a du chaos dans l’air. »
Flavia Guerra, cinéaste brésilienne
Elle souligne que la dictature ne se limite pas à l’action du gouvernement, mais est également soutenue par les citoyens qui en bénéficient, même passivement.
« La dictature n’est pas seulement créée par le gouvernement. Elle est créée par les citoyens qui la soutiennent, y compris ceux qui en profitent simplement. »
Flavia Guerra, cinéaste brésilienne
Contrairement à « Je suis toujours là », le film oscarisé de Walter Salles sorti en 2024, qui se concentre sur l’histoire d’une famille touchée par la répression, « L’Agent Secret » ne désigne pas un seul responsable. Le film révèle progressivement les raisons qui ont poussé Marcelo à se cacher, et la vendetta qui le poursuit est liée à ses activités passées au sein de l’administration publique et à une tentative d’exploitation de fonds publics à des fins privées.
Le film résonne particulièrement avec le contexte mondial actuel, marqué par une montée de l’autoritarisme. Une analyse récente de The Economist Group révèle qu’environ un tiers des pays du monde sont aujourd’hui autoritaires, un quart sont considérés comme des « démocraties imparfaites », et seulement 15 % sont des « démocraties à part entière ».
« L’Agent Secret » sera présenté au Harris Theatre du centre-ville de Pittsburgh à partir de vendredi pour une durée de deux semaines. La soirée d’ouverture sera suivie d’une discussion en ligne avec Flavia Guerra, qui partagera ses réflexions sur le film et son message. Flavia Guerra est également membre de l’Association brésilienne des critiques de cinéma et électrice pour les Golden Globe Awards, où « L’Agent Secret » est nominé dans la catégorie du meilleur drame.
Le Brésil continue de se confronter à son passé dictatorial. La constitution répressive adoptée en 1967 n’a été abrogée qu’en 1988, après le retour de la démocratie. La reconnaissance officielle des crimes commis par le régime a été tardive, mais l’intérêt du public pour ces histoires, comme en témoigne le succès de « Je suis toujours là », reste vif.
« Nous essayons toujours de ne pas réécrire, mais de repenser… l’histoire récente. »
Flavia Guerra, cinéaste brésilienne
Guerra conclut :
« Mais le passé, il est toujours là, n’est-ce pas ? Le Brésil que nous avons est le résultat du passé. Nous ne pouvons pas l’oublier. »
Flavia Guerra, cinéaste brésilienne
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