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Le logement décide du vote en Occident | International

by Clara Dubois

Publié le 13 novembre 2025 à 04h40. L’accès au logement est devenu l’enjeu politique dominant en Europe, propulsant sur le devant de la scène des candidats promettant des solutions face à une crise qui dépasse les clivages traditionnels et menace la stabilité sociale.

  • Zohran Mamdani a été élu maire de New York avec la promesse de geler les loyers.
  • Aux Pays-Bas, le parti D66 a remporté les élections en mettant l’accent sur l’augmentation de l’offre de logements.
  • En Irlande, Catherine Connolly a été élue présidente avec un score record, portée par une vague de mécontentement liée au coût de la vie et au manque de logements abordables.

La question du logement s’impose désormais comme un facteur déterminant dans les scrutins européens, éclipsant parfois les préoccupations traditionnelles comme l’immigration. Zohran Mamdani, nouveau maire de New York, incarne cette tendance avec une proposition forte : faciliter l’accès à un logement abordable, un objectif qui semble hors de portée dans une ville où les loyers de 2 000 dollars (1 800 euros) sont déjà un lointain souvenir pour la plupart des habitants. Environ 3 000 logements sont encore soumis à des contrôles de loyer, mais la situation reste critique pour de nombreuses familles, même celles disposant de revenus confortables selon les standards internationaux.

Cette dynamique ne se limite pas aux États-Unis. Moins d’une semaine avant le triomphe de la gauche à New York, le parti D66 s’est imposé aux Pays-Bas avec un programme similaire, axé sur la lutte contre la pénurie de logements. Le futur Premier ministre néerlandais, Rob Jetten, n’a pas hésité à dénoncer l’absurdité d’une situation où « tous les cochons de ce pays ont un toit, mais un étudiant ou un jeune ne peut même pas trouver un placard à balais abordable ». Cette victoire marque un recul pour Geert Wilders et son discours xénophobe, suggérant que la crise du logement préoccupe davantage les électeurs que l’immigration.

En Irlande, la nouvelle présidente, Catherine Connolly, a remporté une victoire encore plus éclatante, avec 63% des voix et plus d’un demi-million d’électeurs d’avance sur son concurrent le plus proche. Son succès est particulièrement notable auprès des jeunes générations, exaspérées par les bas salaires – notamment à Dublin – et par le manque de perspectives.

« Le logement est aujourd’hui la question politique et sociale la plus importante, tant en Europe que dans tout l’Occident », souligne Balakrishnan Rajagopal, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à un logement décent. Il met en évidence une « crise extrême de l’accessibilité financière, en particulier pour la population active, qui perçoit une extrême inégalité de richesse et de classe : les classes les plus riches ne semblent pas affectées et, en même temps, leurs propres gouvernements ne parviennent pas à y remédier pour aider ceux qui en ont besoin ».

Selon Ben Ansell, professeur d’institutions démocratiques comparées à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), « nous parlons d’une crise généralisée du coût de la vie, dont le logement pourrait être la partie la plus importante ». Il observe que « des millions de personnes ne peuvent pas se permettre le niveau de vie que leurs parents avaient à leur âge, même s’ils ont peut-être gagné beaucoup moins ». Les chiffres confirment cette tendance : depuis 2010, le prix de vente moyen des logements a augmenté de 55% dans l’UE, tandis que les loyers ont grimpé de 27% (rapport du Parlement européen). En Allemagne, près d’un locataire sur trois craint de ne pas pouvoir payer son loyer.

Au-delà des réalités économiques, la perception de cette crise joue un rôle crucial dans la formation des opinions politiques. L’Eurobaromètre révèle que la pénurie de logements abordables est la principale préoccupation des Européens vivant en ville : 51% la considèrent comme un problème immédiat et urgent, devançant largement l’emploi (près de 20 points de pourcentage) et même la qualité des services publics (Eurobaromètre). Les jeunes, en particulier dans les pays du sud où les salaires sont plus bas, sont particulièrement touchés.

Jusqu’à présent, la crise immobilière a profité – et parfois permis un retour – aux partis populistes d’extrême droite, qui établissent un lien direct entre le manque de logements abordables et l’immigration. C’est le cas en France, où Marine Le Pen domine dans les sondages, en Allemagne, où l’AfD menace de supplanter les partis traditionnels, en Italie, où Giorgia Meloni est au pouvoir, et en Espagne, où Vox instrumentalise ce problème avec des propositions de déréglementation et de priorité aux nationaux.

Cependant, les derniers résultats électoraux suggèrent un changement de dynamique. Zohran Mamdani a remporté la mairie de New York avec un programme social sans ambiguïté, allant au-delà du logement avec des propositions telles que des bus publics gratuits et des garderies gratuites pour les enfants de moins de cinq ans. « L’extrême droite a réussi à transformer la frustration suscitée par la crise du logement en un avantage électoral. Mais aujourd’hui, certains partis progressistes – comme le D66 – et la gauche commencent à s’attaquer plus directement à ces défis et à se concentrer davantage sur les questions fondamentales qui affectent la vie quotidienne », explique Jacob Nyrup, professeur à l’Université d’Oslo spécialisé dans les questions d’inégalités.

Ben Ansell estime qu’il existe des « opportunités » pour les partis progressistes et la gauche classique de gagner du soutien sur la question des loyers élevés, mais souligne que cela ne fonctionne pour l’instant que dans certaines villes. Il observe également que les jeunes qui accèdent à la propriété ont tendance à changer d’attitude et à vouloir protéger les prix de l’immobilier, rendant difficile la construction d’une coalition durable.

« Les dernières campagnes électorales montrent clairement que les habitants de nombreux pays et villes occidentaux prennent conscience de la fausse propagande des partis d’extrême droite », affirme Balakrishnan Rajagopal. Il dénonce également les « scénarios apocalyptiques » qu’ils dressent autour de l’immigration, alors que les chiffres des arrivées ne sont pas significativement différents de la moyenne historique. Il met en garde contre le danger de lier le coût élevé du logement à l’arrivée de personnes de l’étranger, soulignant que la véritable cause de la crise réside dans les mauvaises politiques néolibérales et l’augmentation des inégalités sociales.

Martin Vinaes Larsen, politologue à l’Université d’Aarhus (Danemark), souligne que les mouvements internes vers les grandes villes et la préférence croissante pour la vie urbaine sont des facteurs plus importants. « À mesure que les villes deviennent moins abordables, une plus grande proportion de personnes se sentent exclues. Et dans les pays dotés d’un ou deux centres économiques dominants, être exclu est un véritable désavantage qui affecte de plus en plus la classe moyenne. » La solution, selon lui, est d’« augmenter l’offre » de logements (construire davantage).

Le cas des Pays-Bas est particulièrement intéressant : après avoir remporté les élections de 2023 avec une campagne axée sur le lien entre logement et immigration, Geert Wilders a été rejeté par les électeurs deux ans plus tard. « Nous sommes confrontés au début d’une nouvelle façon de faire de la politique, à une nouvelle reconnaissance de la réalité de l’abordabilité du logement et d’autres droits, comme question centrale pour une nouvelle reconfiguration politique basée sur les droits de l’homme », prédit le rapporteur de l’ONU. Il souligne que cette tendance se confirme également à New York.

Le succès de D66, premier parti modéré et pro-européen à vaincre l’extrême droite en plaçant la politique du logement au cœur de son programme, n’est pas un hasard. Les Pays-Bas, avec l’Autriche, sont en effet l’un des principaux laboratoires européens en matière de politique du logement. Vienne se distingue par son vaste parc d’appartements publics, tandis qu’Amsterdam est allée jusqu’à interdire l’achat d’appartements à des fins spéculatives.

« D66 a pu identifier correctement le coût du logement comme l’un des enjeux déterminants de la campagne électorale, comme cela se produit dans de nombreux autres pays européens », note Jérémy Cliffe, du centre d’études ECFR. Sa proposition de construire une douzaine de nouvelles villes, capables d’accueillir suffisamment de logements pour sa population, est particulièrement ambitieuse. La plus grande d’entre elles, IJstad, située à mi-chemin entre Amsterdam et la province du Flevoland, prévoit d’héberger jusqu’à 60 000 logements, soit 126 000 habitants. Si ce projet se concrétise, il sera relié par train aux principaux centres économiques du pays.

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