Publié le 17 novembre 2025 à 18h58. Le gouvernement canadien a temporairement assoupli son règlement sur les véhicules à zéro émission (VZE) face à des ventes plus faibles que prévu et à des inquiétudes croissantes quant à son impact sur les consommateurs. Cette décision intervient alors que l’atteinte des objectifs ambitieux fixés pour la transition vers les véhicules électriques s’annonce plus difficile que prévu.
- Une étude récente révèle que plus de 60 % des Canadiens jugent les objectifs du mandat VZE irréalistes.
- Sans la dérogation accordée, jusqu’à 450 000 Canadiens auraient pu se voir refuser l’achat d’un véhicule à essence.
- Le système actuel de crédits de conformité favorise les constructeurs automobiles axés sur les VZE au détriment des autres, créant des inégalités dans l’industrie.
Ottawa a récemment annoncé une pause dans l’application intégrale de son règlement sur les véhicules à zéro émission, qui oblige les constructeurs automobiles à augmenter progressivement le pourcentage de VZE dans leurs ventes. Initialement, le règlement visait 20 % de ventes de VZE en 2026, 60 % en 2030 et 100 % d’ici 2035. Cette pause, qui prend la forme d’une dérogation pour l’année prochaine, fait suite à un examen de 60 jours mené par le Premier ministre Mark Carney.
Selon un sondage Nanos pour l’Institut CD Howe, 61 % des Canadiens considèrent les objectifs du mandat VZE comme déraisonnables ou peu raisonnables. Les prévisions actuelles confirment ces inquiétudes : les ventes de VZE devraient atteindre seulement 14,2 % des ventes de véhicules neufs en 2026, bien en deçà de l’objectif gouvernemental de 20 %. En 2024, les VZE représentaient 14,5 % des 1,85 million de véhicules légers vendus au Canada. Après l’expiration des rabais fédéraux et provinciaux, les ventes ont chuté à seulement 8 % au cours des huit premiers mois de 2025.
Le règlement sur les VZE, entré en vigueur en décembre 2023, est une politique industrielle et environnementale ambitieuse. Il fonctionne sur un système de pénalités et de crédits négociables. Les constructeurs automobiles qui ne respectent pas les objectifs de vente de VZE doivent soit acheter des crédits de conformité auprès des entreprises qui dépassent leurs objectifs (comme Tesla et Hyundai), soit financer l’infrastructure de recharge des VZE. Cette dernière option s’avère coûteuse : les entreprises devraient collectivement dépenser plus de 200 millions de dollars en 2026 pour ces mesures, sans pour autant garantir le respect des objectifs.

Le principal risque de ce règlement est une réduction de l’offre de véhicules pour les consommateurs. Selon les estimations, un déficit de 450 000 véhicules pourrait se produire, affectant des centaines de milliers de familles qui dépendent d’un véhicule pour leur travail, leurs déplacements et leurs besoins quotidiens. Cela pourrait également entraîner une hausse des prix et un choix limité pour les acheteurs.
L’industrie automobile canadienne est également touchée. Les entreprises qui se concentrent sur les VZE bénéficient d’un avantage concurrentiel, tandis que celles qui ont des portefeuilles plus diversifiés doivent absorber des coûts plus élevés. Cette situation pourrait affaiblir le secteur automobile canadien et exacerber les tensions commerciales avec les États-Unis, où une contestation constitutionnelle du règlement est déjà en cours.
Brian Livingston, chercheur principal à l’Institut CD Howe, estime qu’Ottawa devrait aller au-delà de la simple dérogation pour 2026. Il suggère d’ajuster les objectifs, de repenser le système de crédits ou de reconsidérer le traitement des véhicules hybrides. Il propose également de suspendre indéfiniment le mandat VZE en attendant la résolution des différends commerciaux avec les États-Unis et la Chine. « Les Canadiens méritent un mandat qui reflète les réalités du marché et les besoins des consommateurs, et non un mandat qui risque de laisser près d’un demi-million de conducteurs bloqués », souligne-t-il.
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