Home SantéLe moustique est l’un des insectes les plus étudiés au monde. Voici pourquoi.

Le moustique est l’un des insectes les plus étudiés au monde. Voici pourquoi.

by Sophie Martin
La chimie de l'attraction : pourquoi certains sont plus ciblés
La Semaine des insectes, célébrée du 22 au 28 juin 2026, met en lumière le moustique comme l’un des organismes les plus étudiés au monde. Responsable de la transmission de maladies touchant des millions de personnes, cet insecte mobilise les chercheurs pour comprendre ses mécanismes d’attraction et limiter l’impact du paludisme.

La chimie de l’attraction : pourquoi certains sont plus ciblés

La chimie de l'attraction : pourquoi certains sont plus ciblés
Photo: Institut Pasteur

L’idée que tout le monde est exposé au même risque de piqûre est un mythe. Sur les 3 500 espèces de moustiques recensées, seule une centaine s’attaque aux humains et une demi-douzaine transmet des maladies. Cependant, la probabilité d’être choisi comme cible varie drastiquement d’un individu à l’autre.

Selon un rapport de franceinfo, cette vulnérabilité ne dépend ni de la couleur de la peau, ni des yeux, ni même du groupe sanguin, contrairement à certaines idées reçues. Le facteur déterminant est une

“soupe de molécules produite par notre microbiote”

Frédéric Simard, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Les humains émettent entre 300 et 1 000 composés odorants différents, détectables par les insectes jusqu’à dix mètres de distance. La recherche s’est concentrée sur l’identification précise de ces signaux chimiques pour comprendre le ciblage sélectif.

“Nous avons montré qu’un mélange de composés odorants, (nous en avons identifié 27 que ces moustiques peuvent détecter), joue sur le degré d’attraction, présente à l’AFP Rickard Ignell, auteur de cette étude. Les femmes les plus attirantes pour les moustiques, particulièrement celles au deuxième trimestre de grossesse, produisaient un peu plus d’un composé issu de la dégradation du sébum.”Rickard Ignell, chercheur

Alcool, alimentation et métabolisme : les déclencheurs de piqûres

Alcool, alimentation et métabolisme : les déclencheurs de piqûres
Photo: 750g

Au-delà de la génétique et du microbiome, des facteurs comportementaux et alimentaires modifient la signature chimique d’un individu. Le dioxyde de carbone (CO2) expiré, la chaleur corporelle et l’acide lactique sont les trois principaux signaux utilisés par les femelles pour localiser leur proie.

Certains aliments exacerbent ces signaux. Comme le détaille 750g, la consommation de bière augmente le rythme cardiaque et dilate les vaisseaux, faisant grimper la température cutanée tout en modifiant la composition de la sueur.

L’analyse des habitudes alimentaires révèle d’autres points de vigilance :

  • Le sel et les bananes : Les aliments riches en sodium (comme les chips) et le potassium contenu dans les bananes augmentent la production d’acide lactique, un signal olfactif puissant.
  • Les protéines animales : La digestion de la viande rouge demande un effort métabolique important, augmentant la chaleur corporelle et la production d’acide urique.
  • Les épices : Le piment booste la thermogenèse, transformant l’individu en un point chaud ambulant qui transpire davantage.
  • Pour limiter cette attractivité, Frédéric Simard conseille de

    “essayez de manger léger, doucement avec l’alcool.”

    L’usage d’ail, d’oignon ou de menthe fraîche est également suggéré, bien que ces aliments ne remplacent pas des répulsifs homologués.

    L’Anopheles gambiae : un vecteur optimisé pour la survie

    Le moustique tigre est l'un des insectes les plus dangereux au monde

    Si l’attraction individuelle est un sujet de santé publique, l’étude des espèces vectrices est une priorité stratégique. La Gazette du LABORATOIRE souligne que le complexe d’espèces Anopheles gambiae est l’un des transmetteurs de maladies les plus performants au monde, particulièrement en Afrique subsaharienne.

    Ces moustiques ont évolué parallèlement aux humains, développant une spécialisation extrême pour le sang humain. Ils utilisent une combinaison sophistiquée de capteurs pour détecter la chaleur, les mouvements et le CO2. Leur efficacité reproductive est également un atout : une femelle peut produire des centaines de descendants après un seul accouplement.

    Cette capacité d’adaptation inquiète les chercheurs. Dans certaines régions, les moustiques modifient déjà leurs habitudes d’alimentation ou leurs lieux de repos pour contourner les efforts de lutte antit vectorielle.

    Infrastructures de recherche et avenir du CEPIA

    Pour combattre ces menaces, des centres spécialisés maintiennent des colonies de vecteurs dans des conditions strictes. L’Institut Pasteur gère la plateforme CEPIA, créée en 2003, qui assure l’élevage de masse d’Anopheles gambiae et d’Anopheles stephensi (ce dernier étant le vecteur principal en milieu urbain en Inde).

    La précision technique est ici fondamentale. Selon l’Institut Pasteur, l’environnement doit être maintenu à une température constante de 27°C avec une humidité minimale de 80 %.

    L’institution prévoit une expansion majeure pour renforcer la compréhension des maladies vectorielles :

    Période Structure Objectif principal Depuis 2003 CEPIA Élevage d’anophèles et production de parasites Plasmodium. Début 2028 CPIV Regroupement de multiples vecteurs (moustiques, tiques, phlébotomes, glossines).

    Le futur Centre de Production et d’infection des Vecteurs (CPIV) intégrera des installations de microscopie avancées pour imager l’infection aux niveaux moléculaire et cellulaire. Cette mutualisation des compétences vise à libérer les chercheurs des tâches de maintenance pour les recentrer sur l’expérimentation scientifique.

    L’enjeu reste global : face au réchauffement climatique et à l’urbanisation, les moustiques colonisent des zones où ils n’étaient pas endémiques, rendant la compréhension de leur biologie plus urgente que jamais. Pour toute question relative à la prévention des maladies vectorielles, il est recommandé de consulter un professionnel de santé.

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    Photo: franceinfo

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