Publié le 23 novembre 2025 à 04h12. L’activiste libyenne Khansaa Al-Moudjahid a été assassinée par balle à Tripoli, suscitant une vague d’indignation et des accusations de crimes de genre et d’implication potentielle de forces de sécurité. L’affaire relance les inquiétudes concernant la sécurité des femmes et l’instabilité persistante en Libye.
- Khansaa Al-Moudjahid a été tuée dans le quartier d’Al-Sarraj, à l’ouest de Tripoli, par un tir à la tête.
- Sa tribu, les Qammamda, et des organisations de défense des droits de l’homme exigent une enquête rapide et transparente.
- Des accusations sont portées contre le gouvernement d’union nationale libyen et des éléments du service de sécurité publique.
Le meurtre de Khansaa Al-Moudjahid, survenu vendredi soir, a provoqué une vive émotion en Libye. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent la victime, touchée par une balle dans la tête, dans sa voiture. Selon des témoins, le véhicule était en marche depuis environ une heure et demie au moment de l’incident. Les circonstances exactes du drame restent floues, mais l’assassinat soulève des questions sur la sécurité des femmes activistes dans un contexte libyen marqué par l’instabilité et la prolifération des armes.
La tribu des Qammamda, originaire de Zawiya, a immédiatement réagi en appelant le ministère public et le ministère de l’Intérieur à identifier et à traduire en justice les responsables de ce qu’elle considère comme un acte criminel. Dans une vidéo diffusée en ligne, les membres de la tribu exigent l’ouverture d’une enquête urgente et la publication de ses conclusions à l’opinion publique.
Le juriste libyen Abdel Moneim Al-Horr, secrétaire de l’Organisation arabe des droits de l’homme, a dénoncé un crime de genre qui ne doit pas être traité comme un simple acte de violence.
« Les crimes commis sur la base du genre ne doivent pas être traités comme des crimes ordinaires, mais plutôt comme des crimes fondés sur une discrimination systématique. »
Abdel Moneim Al-Horr, secrétaire de l’Organisation arabe des droits de l’homme
Il a souligné la nécessité d’une législation stricte et de réformes sociales pour lutter contre la violence faite aux femmes.
La Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) a également exprimé sa profonde préoccupation et a appelé les autorités à mener une enquête rapide et transparente afin de traduire les auteurs en justice. La MANUL a mis en garde contre une « tendance dangereuse à la violence contre les femmes et au ciblage des militantes de la vie publique ». Elle a exhorté toutes les parties à faire preuve de retenue et à coopérer aux enquêtes.
Des sources proches de l’enquête, citées par Sky News Arabia, indiquent que les investigations se concentrent sur la possibilité que l’objectif réel de l’attaque ait été le mari de la victime, Moaz Al-Manfoukh, membre du Comité de dialogue politique. La voiture ciblée était fréquemment conduite par ce dernier. L’Institution nationale des droits de l’homme en Libye affirme que la zone où le crime a été commis est sous le contrôle du service de sécurité publique et que des éléments hors-la-loi affiliés à ce service pourraient être impliqués.
L’analyste militaire et sécuritaire libyen Muhammad Al-Tarhouni estime que les soupçons se portent actuellement sur la milice de la Sécurité générale, affiliée à Abdullah Al-Trabelsi, en raison de sa forte présence et de son influence dans la région où le crime a été commis. Il souligne toutefois qu’il est possible que d’autres parties aient pu tirer profit de cet assassinat, notamment compte tenu du rôle influent de Moaz Al-Manfoukh dans la ville de Zawiya.
Selon Al-Tarhouni, le meurtre de Khansaa Al-Moudjahid s’inscrit dans un contexte alarmant de violence, avec plus de 30 meurtres de femmes enregistrés dans l’ouest libyen au cours de l’année 2025. Il met en évidence un niveau préoccupant de chaos sécuritaire et craint que cet incident ne serve à attiser les tensions entre différentes milices, notamment entre la milice Al-Far et la milice de la Sécurité générale.
