Un plan d’investissement de 50 milliards de dollars (environ 46 milliards d’euros) est sur le point d’être déployé pour soutenir les établissements de santé ruraux aux États-Unis, mais des experts s’interrogent sur sa capacité à résoudre les problèmes structurels profonds qui menacent leur survie.
Ce nouveau fonds, annoncé par les Centres pour les soins de Medicare et Medicaid (CMS), s’inscrit dans le cadre d’une loi plus large adoptée en juillet. Les États ont jusqu’au 5 novembre pour soumettre leurs plans d’utilisation de ces fonds, qui seront distribués annuellement à raison de 10 milliards de dollars (environ 9,3 milliards d’euros) entre 2026 et 2030. Cette enveloppe représente une augmentation d’environ 50 % des dépenses fédérales actuelles consacrées aux soins de santé en milieu rural, qui s’élèvent à environ 19 milliards de dollars (environ 17,7 milliards d’euros) par an via Medicaid.
L’état des lieux est alarmant : environ un tiers des hôpitaux ruraux sont aujourd’hui confrontés à un risque de fermeture. Les difficultés rencontrées par ces établissements sont multiples : faible nombre de patients, coûts fixes élevés, pénurie de personnel et forte dépendance aux remboursements de Medicaid et Medicare.
Le Dr Mehmet Oz, administrateur du CMS, a présenté ce fonds comme une « grande expérience » lors d’un sommet sur l’avenir des soins de santé ruraux. Il a souligné la nécessité de repenser le modèle de soins en milieu rural, en privilégiant la durabilité et la qualité. « Nous voulons des idées transformatrices qui changeront radicalement nos attentes à l’égard du système de santé rural », a-t-il déclaré.
L’objectif du CMS n’est pas simplement de combler des déficits financiers, mais de « redimensionner » et de moderniser la prestation des soins dans les communautés rurales. Cela pourrait impliquer une réévaluation du nombre et du type d’hôpitaux et de cliniques nécessaires dans chaque région, ainsi que le développement de partenariats entre les grands systèmes de santé et les établissements ruraux plus petits. La télésanté et les soins spécialisés pourraient ainsi être rendus plus accessibles.
Le programme prévoit également de renforcer la main-d’œuvre rurale en finançant des formations pour les infirmières et les médecins, et en envisageant d’élargir le rôle des professionnels de santé existants. Par exemple, les pharmaciens pourraient être habilités à renouveler des ordonnances ou à diagnostiquer certaines affections courantes par télésanté.
Cependant, certains experts se montrent sceptiques. Michael Abrams, associé directeur de Numerof & Associates, craint que ce fonds ne reproduise les erreurs du passé, en créant une dépendance aux subventions temporaires comme celles observées avec la loi sur les soins abordables. « Si vous construisez un programme qui dépense constamment plus qu’il ne rapporte, et qui ne s’en sort que grâce à un événement spécial comme ce fonds de sauvetage, lorsque le fonds de sauvetage s’arrête, le programme trouve une autre source ou s’effondre », a-t-il averti.
Selon lui, ce fonds est davantage une solution politique qu’une réponse structurelle aux problèmes des soins de santé ruraux. Il rappelle que son introduction dans la loi a été motivée par la nécessité d’obtenir le soutien des hôpitaux et des législateurs ruraux face aux coupes budgétaires prévues dans le programme Medicaid.
L’Association nationale pour la santé rurale (NRHA) partage ces inquiétudes, soulignant que le programme du CMS, bien qu’important, ne suffira pas à stabiliser les finances des prestataires ruraux, en particulier compte tenu des réductions de Medicaid. « Sans des politiques continues garantissant un remboursement durable, les hôpitaux et cliniques ruraux resteront en danger », a déclaré l’organisation dans un communiqué.
Alan Morgan, PDG de la NRHA, insiste sur le fait que le fonds de santé rural et les réductions de Medicaid doivent être abordés séparément. Il estime que le fonds ne doit pas être rejeté en raison de son montant inférieur aux coupes de Medicaid. « De toute évidence, les coupes dans Medicaid doivent être abrogées à l’avenir. Cela doit simplement se produire », a-t-il affirmé.
Pour Morgan, le succès du programme dépendra de la capacité des fonds à atteindre réellement les prestataires ruraux qui en ont le plus besoin. Il souligne l’importance de tirer les leçons de ces cinq prochaines années et de reproduire les approches qui se révéleront efficaces, notamment en matière de développement de la main-d’œuvre, de partage de données et d’intégration de l’intelligence artificielle.
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