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Le Nouveau-Mexique offre des services de garde d’enfants gratuits pour tous. Il est temps que les autres fassent de même

by Nicolas Lefèvre

Le Nouveau-Mexique s’apprête à devenir le premier État américain à offrir une garde d’enfants universelle et gratuite, une initiative qui pourrait transformer la vie de milliers de familles et servir de modèle à l’échelle nationale face à une crise croissante de l’accessibilité à la petite enfance.

Depuis quatre ans, le Nouveau-Mexique figure systématiquement en bas des classements nationaux en matière de bien-être des enfants, se classant souvent 49e ou 50e sur 50 en raison de facteurs tels que les revenus des ménages, les résultats scolaires et la mortalité infantile. La gouverneure Michelle Lujan Grisham, qui avait fait de la garde d’enfants abordable un pilier de sa campagne de 2018, a annoncé en septembre 2025 cette mesure ambitieuse visant à inverser cette tendance.

Le programme devrait permettre aux familles de réaliser des économies d’environ 13 000 $ par an (11 800 €), un soulagement financier particulièrement important dans un État où le taux de pauvreté infantile est parmi les plus élevés du pays. Il pourrait également servir d’exemple pour d’autres États, alors que l’administration Trump a cherché à réduire les programmes sociaux.

Le coût de la garde d’enfants a explosé ces dernières années, dépassant désormais les frais de scolarité dans les universités publiques dans 38 États. Chaque année, 134 000 familles se retrouvent plongées dans la pauvreté à cause de ces dépenses. Au Nouveau-Mexique, la garde d’enfants peut représenter jusqu’à un tiers du revenu médian d’un parent isolé. Une étude estime que ce système inadéquat coûte 122 milliards de dollars (112 milliards d’euros) à l’économie américaine chaque année.

Le fardeau financier pèse de manière disproportionnée sur les mères, qui sont souvent contraintes de quitter le marché du travail en raison du coût prohibitif de la garde d’enfants, ce qui freine leur progression de carrière et leurs revenus futurs.

Les experts soulignent que le marché seul ne peut pas résoudre ce problème. La fourniture de soins de qualité nécessite une main-d’œuvre importante et des ratios encadrant-enfant bas (un pour trois pour les plus jeunes), ce qui limite les possibilités de réduction des coûts dans un secteur fortement réglementé. Comme l’a souligné l’ancienne secrétaire au Trésor Janet Yellen, il s’agit d’un « marché défaillant ».

Les États-Unis consacrent une proportion plus faible de fonds publics à l’éducation de la petite enfance que la plupart des autres pays riches. Le plan de sauvetage américain de l’administration Biden avait apporté un financement temporaire pour soutenir les centres de garde et les familles, mais cette aide a expiré en 2023. Depuis, les coupes budgétaires proposées par l’administration Trump menacent les rares programmes fédéraux existants.

Le programme Head Start, qui fête son 60e anniversaire, est particulièrement menacé. L’administration Trump a fermé la moitié de ses bureaux régionaux et envisage de supprimer complètement le programme, comme le prévoit son « Projet 2025 », un plan pour contrôler le gouvernement fédéral.

Dans ce contexte, l’initiative du Nouveau-Mexique prend une importance particulière. L’État offre déjà des soins gratuits aux familles gagnant jusqu’à 400 % du seuil de pauvreté fédéral depuis 2022. L’extension du programme à toutes les familles devrait permettre à 12 000 enfants supplémentaires d’y accéder. En outre, l’État encourage les garderies à offrir des salaires de départ d’au moins 18 dollars de l’heure (environ 16,50 €), bien que ce montant reste inférieur au salaire minimum vital pour un adulte sans enfant, il représente une amélioration significative par rapport au minimum de 12 dollars de l’heure (environ 11 €) en vigueur dans l’État.

Le financement du programme repose principalement sur le Fonds fiduciaire pour la petite enfance, alimenté par les revenus pétroliers et gaziers du Nouveau-Mexique. Cependant, d’autres États, comme le Connecticut, utilisent leurs excédents budgétaires pour financer des programmes similaires, tandis que Washington, DC, a augmenté les impôts sur les hauts revenus pour améliorer la rémunération des éducateurs de la petite enfance.

Des modèles encore plus ambitieux existent à l’étranger. Au Danemark, tous les enfants de plus de six mois ont droit à une place en garde d’enfants, soit dans des centres publics, soit auprès de prestataires agréés, et les parents ne paient qu’un quart des frais. Au Canada, le gouvernement fédéral met en œuvre un plan visant à réduire les frais de garde d’enfants à environ 7 dollars canadiens (5 dollars américains) par jour.

L’idée d’un système de garde d’enfants universel aux États-Unis bénéficie d’un large soutien populaire, avec 92 % des parents d’enfants de moins de cinq ans qui y sont favorables, ainsi que 79 % des Républicains ayant des enfants de moins de 18 ans.

À New York, où une année de garde d’enfants coûte 26 000 dollars (23 800 €), le candidat au poste de maire Zohran Mamdani a fait de la garderie publique gratuite un pilier de sa campagne. La mise en œuvre d’un tel programme dans la plus grande ville des États-Unis pourrait permettre à des milliers de mères de rejoindre le marché du travail et de générer 670 millions de dollars (615 millions d’euros) de revenus annuels. Les sondages montrent que les New-Yorkais soutiennent à 75 % un système de garde d’enfants universel.

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