Publié le 22 novembre 2025 à 15h01. Pour déjouer les tricheries lors des entretiens d’embauche à distance, une startup d’intelligence artificielle, Harvey, a adopté une méthode surprenante : évaluer les candidats via des documents Google partagés, privilégiant ainsi l’observation de leur façon de travailler plutôt que de simples déclarations d’intention.
- Harvey, une entreprise en pleine croissance valorisée à 5 milliards de dollars, utilise des documents collaboratifs pour évaluer les compétences rédactionnelles et la capacité de collaboration des candidats.
- Cette approche vise à identifier les candidats capables de passer de la parole à l’action, un défi récurrent dans le processus de recrutement.
- D’autres entreprises technologiques explorent également des méthodes d’entretien innovantes pour contrer la triche facilitée par les outils d’IA.
Les entretiens d’embauche ont connu une transformation radicale ces dernières années, passant des rencontres en personne aux visioconférences via Zoom. Mais une entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle, Harvey, va encore plus loin. Pour évaluer ses futurs employés, elle a mis en place un processus d’entretien basé sur l’utilisation de documents Google partagés.
Winston Weinberg, cofondateur et PDG de Harvey, explique que cette méthode permet de mieux cerner les compétences réelles des candidats. « Des exercices d’écriture rapides, la possibilité de travailler sur un projet de manière itérative, sont extrêmement utiles », a-t-il déclaré lors du podcast Accéder.
Selon M. Weinberg, de nombreux candidats, bien que capables de se présenter de manière convaincante, montrent leurs limites lorsqu’il s’agit de rédiger des réponses concrètes à des questions précises. L’utilisation d’un document partagé permet d’observer leur façon de travailler, leur capacité à collaborer et à résoudre des problèmes de manière pragmatique. « C’est un excellent indicateur de la manière dont nous travaillerions ensemble », a-t-il souligné.
Fondée en 2022, Harvey a rapidement connu un succès fulgurant, levant plus de 500 millions de dollars en financement. Ses solutions sont aujourd’hui utilisées par huit des dix cabinets d’avocats américains les plus rentables, et l’entreprise a récemment atteint une valorisation de 5 milliards de dollars.
Harvey compte désormais environ 350 employés, dont une grande partie a été recrutée grâce à cette méthode d’entretien innovante. L’entreprise l’utilise systématiquement pour tous les postes de direction.
« D’après mon expérience, c’est le meilleur moyen de distinguer les bons penseurs des bons exécutants. »
Winston Weinberg, cofondateur et PDG de Harvey
Cette quête de talents performants s’inscrit dans une tendance plus large observée dans le secteur technologique, où les entreprises cherchent à optimiser la taille et l’efficacité de leurs équipes. La « densité de talents » est devenue un mot d’ordre, comme l’a souligné le PDG de Microsoft, Mustafa Suleyman, dans une récente interview (voir cet article). D’autres entreprises, comme Stripe, ont également revu leurs méthodes d’entretien, abandonnant les exercices sur tableau blanc au profit de tests de codage et de questions ouvertes (voir cet article).
La prolifération des outils de triche basés sur l’IA a également incité certaines entreprises à revenir aux entretiens en personne, afin de vérifier l’authenticité des compétences des candidats (voir cet article).
M. Weinberg a précisé que le principal défi lors du recrutement de profils non techniques réside dans la capacité à distinguer les personnes qui savent bien parler de celles qui savent bien faire. Il privilégie donc une approche asynchrone, qui reflète la manière dont le travail est effectué au sein de l’entreprise. « La plupart de mes échanges les plus fructueux se font de manière asynchrone », a-t-il expliqué. « Sinon, nous passerions 17 réunions stratégiques pour accomplir la moindre tâche. »
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