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Le plan directeur de Trump pour la région | Avis

by Nicolas Lefèvre

L’Amérique latine est au cœur d’une nouvelle stratégie géopolitique américaine, marquée par des accords bilatéraux controversés et une intensification des tensions avec la Chine. Washington semble vouloir reprendre le contrôle de ressources stratégiques et restaurer son influence régionale, ravivant les échos de la Guerre froide.

La mer des Caraïbes constitue le premier front de cette offensive. Initialement centrée sur une dispute concernant le canal de Panama, et les intérêts du groupe hongkongais CK Hutchison et du fonds d’investissement américain BlackRock, la situation s’est complexifiée. Les accusations répétées d’inaction face au trafic de drogue servent en réalité de prétexte à une inquiétude grandissante concernant les liens commerciaux croissants entre le Mexique et la Chine, qui ont permis au gouvernement de Claudia Sheinbaum une autonomie accrue.

La confrontation avec le Venezuela, qui a pris une tournure militaire avec un déploiement de moyens vers les côtes vénézuéliennes, a déjà conduit à des incidents impliquant des navires soupçonnés de trafic de drogue. Le différend pétrolier entre Exxon et Chevron, ainsi que le conflit territorial sur l’Essequibo entre le Venezuela et la Guyane, contribuent à exacerber les tensions dans cette zone clé pour les intérêts américains. Récemment, l’attaque d’un navire lié au trafic de drogue, attribuée à l’Armée de libération nationale (ELN), a intensifié les opérations dans la région.

Les accusations portées contre Gustavo Petro, le président colombien, et son prétendu rôle dans le trafic de drogue, visent non seulement à affaiblir un critique de Donald Trump, mais aussi à déstabiliser la gauche colombienne à l’approche des élections présidentielles de 2026. L’implication du gouvernement colombien dans le trafic de drogue est une tentative claire de déstabilisation de la région, exploitant un contexte d’insécurité et de manipulation politique.

Un second front s’étend sur l’Équateur, le Pérou et le Chili. Le 10 octobre, des secteurs de l’establishment péruvien, retranchés au Parlement, ont destitué Dina Boluarte, en partie en raison de son rapprochement avec Pékin et de la promotion du port stratégique de Chancay, financé par la Chine et inauguré le 14 novembre 2024 en présence de Xi Jinping. Un mégaport encore plus vaste, Corío à Arequipa, est en projet, suscitant l’intérêt des entreprises chinoises et américaines, bien que le gouvernement actuel de José Jeri à Lima affiche un alignement clair avec Washington.

Daniel Noboa, allié de Trump, positionne l’Équateur comme un rempart pour les intérêts américains. Un référendum est prévu le 16 novembre pour décider du retour de bases militaires étrangères sur le territoire équatorien, évoquant le souvenir de la base de Manta, fermée en 2009. Un vote favorable donnerait au Pentagone le contrôle d’une partie du Pacifique sud-américain, à proximité du canal de Panama.

Au Chili, l’attention de la Maison Blanche se concentre sur les élections générales de novembre-décembre. La crainte d’une victoire de la candidate de gauche Jeanette Jara alimente les efforts pour renforcer l’opposition au gouvernement de Gabriel Boric, soutenue par diverses formations de droite et d’extrême droite qui se sont engagées à se soutenir mutuellement au second tour. Le contrôle des réserves de lithium et autres ressources stratégiques est directement lié à l’issue de ce scrutin.

La Bolivie, en raison de ses implications géopolitiques, est également un enjeu majeur. La victoire de Rodrigo Paz le 19 octobre a été exploitée par la Maison Blanche pour amorcer un virage à droite, qui pourrait remettre en question les accords conclus avec la Chine et la Russie concernant l’exploitation du lithium, du gaz et d’autres ressources naturelles. Washington souhaitait depuis longtemps une prédominance sur la Bolivie, rendue possible par la droite.

Enfin, l’Atlantique représente le front le plus complexe. Lula da Silva a démontré sa force et son indépendance en critiquant la politique douanière américaine et en condamnant la responsabilité de Jair Bolsonaro dans la tentative de coup d’État de 2022, malgré les pressions pour sa libération. Le Brésil, membre des BRICS et acteur majeur du Sud Global, constitue un obstacle au plan de Trump. Sa position de troisième producteur mondial de terres rares renforce encore son importance. Récemment, Donald Trump a accepté de négocier avec Lula, reconnaissant l’influence du Brésil.

Le plan de Donald Trump semble en cours de réalisation, mais une coercition constante pourrait entraîner des complications. L’histoire de l’Amérique latine montre que l’identité et la protection de ses ressources priment souvent sur les impératifs extérieurs et les ambitions des puissances étrangères.

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