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Le point de vue de Pékin sur les relations sino-indiennes

by Clara Dubois

Publié le 7 janvier 2026 20h00. Malgré une tentative de normalisation, les relations sino-indiennes restent marquées par une méfiance profonde et des divergences stratégiques, révélées par un récent voyage à Pékin et des incidents diplomatiques récents.

  • La Chine et l’Inde tentent de rétablir le dialogue après les affrontements frontaliers de 2020, mais des tensions persistent.
  • Pékin considère ses relations avec Islamabad comme prioritaires par rapport à ses liens avec New Delhi.
  • Les divergences philosophiques et stratégiques, notamment concernant la modernisation et l’influence américaine, compliquent le rapprochement.

Les relations entre la Chine et l’Inde, bien que formellement en voie de « réinitialisation » depuis octobre 2024 suite à un accord frontalier annoncé après les tensions de 2020, restent complexes et empreintes de méfiance. Un récent voyage à Pékin pour évaluer la position chinoise sur l’Asie du Sud a mis en lumière un contraste frappant avec les débats ouverts qui ont lieu à New Delhi sur cette question.

Depuis l’accord frontalier, les dirigeants des deux pays ont multiplié les rencontres, notamment la visite du Premier ministre indien Narendra Modi en Chine en août 2025 pour le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai – sa première visite en sept ans. Une visite du président chinois Xi Jinping en Inde est également prévue cette année, à l’occasion du sommet des BRICS.

Des signes positifs sont à noter, comme la reprise des vols directs entre les deux pays, l’assouplissement des règles de visa et le rétablissement du pèlerinage hindou au Kailash-Manasarovar au Tibet en 2025. Le mécanisme des représentants spéciaux, relancé en décembre 2024, vise à résoudre le différend frontalier de longue date.

Cependant, une dynamique de compétition et de confrontation demeure. Récemment, un citoyen indien originaire de l’État d’Arunachal Pradesh – une région revendiquée par Pékin sous le nom de « Tibet du Sud » – a été harcelé et détenu à l’aéroport de Shanghai. D’autres points de friction incluent le projet chinois du plus grand barrage hydroélectrique sur une rivière transfrontalière, et le soutien indéfectible de la Chine au Pakistan, en particulier dans le contexte des récentes hostilités avec l’Inde.

Selon des sources à Pékin, la Chine ne renoncera pas à son alliance avec Islamabad, considérant le Pakistan comme un pont essentiel vers le monde islamique, plus important que ses relations avec l’Inde. La question du Tibet, et plus précisément la succession du Dalaï Lama, est également un sujet de préoccupation croissant.

La Chine tend à analyser sa relation avec l’Inde à travers le prisme de ses relations avec les États-Unis. Un interlocuteur chinois a estimé que l’évolution des relations entre Washington et New Delhi (une détérioration récente) représente une « opportunité » d’améliorer les liens sino-indiens. New Delhi, cependant, ne considère pas ses relations avec Pékin et Washington comme un jeu à somme nulle. Les États-Unis soutiennent un triangle Inde-Chine-États-Unis, et le dernier rapport du Pentagone sur la Chine mentionne les efforts de Pékin pour « tirer parti de la diminution des tensions » avec New Delhi afin de « freiner l’approfondissement des liens entre les États-Unis et l’Inde ».

Un responsable chinois a suggéré que l’évolution du contexte mondial offre à l’Inde la possibilité de « retrouver son autonomie stratégique », bien que New Delhi n’ait jamais complètement renoncé à cette autonomie. Si les affrontements frontaliers de 2020 ont incité l’Inde à se rapprocher des États-Unis, elle évite de s’aligner trop étroitement sur l’architecture régionale et mondiale dirigée par Washington, par exemple en ne participant pas aux patrouilles de liberté de navigation en mer de Chine méridionale et dans le détroit de Taïwan.

L’Inde est confrontée à une superpuissance qui est à la fois son principal partenaire économique et sa plus grande menace pour sa sécurité. Relever ce défi nécessitera une approche globale et coordonnée.

Selon des sources chinoises, les malentendus entre les deux pays ont des racines philosophiques profondes. Un interlocuteur a évoqué des « conceptions différentes de la modernisation », considérant la Chine comme plus « rationnelle » que l’Inde, jugée « émotive ». Ce langage condescendant s’accompagne de l’idée que la Chine perçoit l’Inde à travers le prisme du bouddhisme, du colonialisme et de l’opportunisme, accusant New Delhi d’être responsable des périodes d’hostilité, notamment la guerre de 1962 et les affrontements de 2020.

En outre, Pékin exerce une influence économique considérable sur l’Inde en tant que premier partenaire commercial. Bien que la Chine ait récemment levé des restrictions sur les exportations de terres rares, d’engrais et d’équipements de forage vers l’Inde, elle continue d’utiliser des mesures coercitives économiques ailleurs, comme en limitant les voyages de travailleurs chinois en Inde dans des secteurs stratégiques. Ces actions pourraient entraver les ambitions de New Delhi de devenir un centre manufacturier mondial.

L’Inde est confrontée à un environnement mondial de plus en plus complexe, avec une administration américaine moins favorable et un système international plus polarisé, rendant le maintien de son autonomie stratégique de plus en plus difficile.

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