Les mémoires de l’ancien roi Juan Carlos Ier, publiées ce mercredi en français, suscitent une vive polémique en Espagne, notamment pour ses propos élogieux envers le dictateur Francisco Franco. Le Premier ministre Pedro Sánchez a exprimé sa surprise face à certains passages du livre, remettant en question la version de l’ancien monarque sur l’avènement de la démocratie.
Dans cet ouvrage de 500 pages intitulé « Réconciliation », Juan Carlos Ier, 87 ans, revient sur des moments clés de l’histoire espagnole, mais aborde également ses relations extraconjugales et les scandales financiers qui ont entaché sa réputation. Les déclarations les plus controversées concernent son admiration pour Franco et son interprétation de son rôle dans la transition démocratique du pays.
« Je répondrai à certains des points qui m’ont surpris, à savoir qui a apporté ou non la démocratie », a déclaré Pedro Sánchez au quotidien El País. « La démocratie n’est pas tombée du ciel ; elle est le résultat de la lutte du peuple espagnol, des citoyens ordinaires. » Le Premier ministre socialiste a précisé qu’il ne comptait pas recommander ce livre pour les fêtes de fin d’année, même s’il n’en avait pas encore pris connaissance dans son intégralité.
L’ancien roi affirme dans ses mémoires avoir « donné la liberté au peuple espagnol en instaurant la démocratie ». Il rappelle que Franco l’a séparé de ses parents à l’âge de 10 ans et l’a préparé à lui succéder. Juan Carlos Ier a été couronné deux jours après la mort du dictateur, en 1975.
Son accession au trône avait déçu les partisans de Franco, qui espéraient une continuité de son régime. Cependant, Juan Carlos Ier a rapidement mis en œuvre des réformes conduisant aux premières élections démocratiques en 1977.
L’ancien monarque vit en exil volontaire aux Émirats arabes unis depuis 2020, après avoir abdiqué en 2014 en faveur de son fils, le prince Felipe. Pedro Sánchez a salué le travail du roi Felipe VI, le jugeant « louable ».
Les mémoires de Juan Carlos Ier ont également suscité des réactions critiques au sein de la classe politique espagnole. Le ministre de la Culture, Ernest Urtasun, a dénoncé jeudi les éloges de l’ancien roi envers Franco, les qualifiant de « révoltants ». « Il est inacceptable qu’aujourd’hui quelqu’un ose encore défendre ou justifier le dictateur », a-t-il déclaré.
L’ancien Premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero a estimé que Juan Carlos Ier aurait dû « tempérer ses propos » concernant Franco, dont le régime a été marqué par des exécutions et l’emprisonnement d’opposants politiques.
L’ancien roi explique avoir décidé de publier ses mémoires car son histoire « on m’a été volé ». Le livre doit sortir en espagnol le 3 décembre.
