Publié le 26 octobre 2025 20h49. Après plus de cinq ans d’interruption, un vol commercial direct reliant la Chine continentale à l’Inde a atterri lundi à Guangzhou, marquant un pas prudent vers la normalisation des relations entre les deux géants asiatiques.
- La reprise des vols directs entre l’Inde et la Chine, interrompus depuis 2020, a débuté avec l’atterrissage d’un appareil IndiGo à Guangzhou.
- Cette initiative intervient dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes, mais également de volonté de renforcer les échanges bilatéraux.
- Le réchauffement des relations sino-indiennes coïncide avec une période de refroidissement des liens entre l’Inde et les États-Unis, notamment suite à l’imposition de droits de douane par Washington.
L’appareil IndiGo 6E1703, en provenance de Calcutta, a touché terre dans la ville du sud de la Chine peu avant 4 heures du matin (heure locale), soit 20 heures GMT. Cette liaison aérienne directe, suspendue depuis 2020 en raison de la pandémie de Covid-19 et des tensions géopolitiques, est perçue comme un signal positif pour l’avenir des relations entre New Delhi et Pékin.
Les deux nations, qui partagent la particularité d’être les plus peuplées de la planète, demeurent des rivaux stratégiques dans la région. Cependant, les contacts se sont progressivement intensifiés depuis l’affrontement frontalier meurtrier survenu en 2020 dans l’Himalaya. Le gouvernement indien a souligné que la reprise des vols favoriserait les « contacts entre les peuples » et contribuerait à une « normalisation progressive des échanges bilatéraux ».
Ce rapprochement avec Pékin se produit alors que les relations de l’Inde avec son principal partenaire commercial, les États-Unis, connaissent des difficultés. L’administration de Donald Trump a récemment imposé des droits de douane punitifs de 50 % sur certains produits indiens, accusant New Delhi d’alimenter le conflit en Ukraine en continuant d’importer du pétrole russe.
D’autres liaisons aériennes régulières existent déjà entre l’Inde et Hong Kong. De plus, des vols supplémentaires reliant la capitale New Delhi à Shanghai et Guangzhou devraient être lancés en novembre. Rajeev Singh, président de la Chambre de commerce indienne à Calcutta, a déclaré à l’AFP que la liaison directe réduirait considérablement la logistique et les délais de transport, ce qui bénéficierait aux entreprises.
La ville portuaire de Calcutta, dans l’est de l’Inde, entretient des liens historiques avec la Chine, remontant à l’époque coloniale britannique, lorsque des immigrants chinois s’y sont installés en tant que commerçants. La cuisine indo-chinoise fusionnée est aujourd’hui un élément essentiel de l’identité culinaire de la ville. Chen Khoi Kui, un leader de la communauté chinoise du quartier de Tangra à Calcutta, s’est réjoui de cette nouvelle, estimant que la connectivité aérienne stimulerait le commerce, le tourisme et les voyages d’affaires.
« C’est une excellente nouvelle pour les gens comme nous qui ont des parents en Chine. »
Chen Khoi Kui, leader de la communauté chinoise de Tangra, Calcutta
L’Inde affiche un important déficit commercial avec la Chine et dépend fortement des matières premières chinoises pour soutenir sa croissance industrielle et ses exportations. Le dégel des relations entre New Delhi et Pékin fait suite à plusieurs rencontres entre leurs dirigeants, notamment lors de sommets en Russie l’année dernière et en Chine en août.
Selon le ministère du Commerce de New Delhi, les importations indiennes en provenance de Chine ont atteint plus de 11 milliards de dollars le mois dernier, soit une augmentation de plus de 16 % par rapport à septembre 2024. Les exportations indiennes vers la Chine se sont élevées à 1,47 milliard de dollars, un chiffre modeste en comparaison, mais en hausse d’environ 34 % sur la même période. Avant la pandémie de Covid-19, environ 500 vols mensuels reliaient les deux pays.
Les relations s’étaient tendues après l’affrontement frontalier de 2020, qui avait causé la mort d’au moins 20 soldats indiens et de quatre soldats chinois. New Delhi avait réagi en renforçant les restrictions sur les investissements chinois et en interdisant des centaines d’applications, dont TikTok. L’Inde s’était alors rapprochée de l’alliance Quad, menée par les États-Unis, qui comprend également le Japon et l’Australie, dans le but de contrer l’influence croissante de la Chine dans la région Asie-Pacifique. Les deux pays ont déployé des troupes le long de leur frontière contestée de 3 500 kilomètres (2 175 miles) à haute altitude. Cependant, ce mois-ci, des soldats des deux camps ont échangé des friandises à l’occasion de la fête hindoue de Diwali, un geste interprété comme une marque de bonne volonté, selon Yu Jing, porte-parole de l’ambassade de Chine en Inde.
Dans un éditorial publié après la rencontre entre le Premier ministre indien Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping en août, le journal Indian Express a estimé que l’amélioration des relations avec Pékin envoyait un « signal approprié » à Washington. Cependant, le journal a également souligné que les relations entre les deux pays avaient encore un long chemin à parcourir.
« Gérer une Chine de plus en plus affirmée reste le défi à long terme de l’Inde. »
Indian Express
Et le journal de conclure :
« Ces réalités fondamentales restent inchangées quelles que soient les actions diplomatiques capricieuses de Trump. »
Indian Express
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