Publié le 24 décembre 2025. Des archives diplomatiques japonaises révèlent que, dès 1994, l’administration américaine avait demandé à Tokyo de se préparer à une possible crise majeure dans la péninsule coréenne, alors que la Corée du Nord franchissait des étapes inquiétantes dans son programme nucléaire.
- En février 1994, le président Bill Clinton a sollicité le Premier ministre japonais Morihiro Hosokawa pour évaluer la situation et envisager des plans d’urgence.
- Le secrétaire d’État américain Warren Christopher a averti que la Corée du Nord pourrait ne pas accepter les garanties de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ouvrant la voie à des sanctions potentielles.
- Ces révélations mettent en lumière les préoccupations américaines de l’époque et la préparation à une escalade du conflit, qui a finalement été évitée grâce à un accord diplomatique.
Les documents, publiés par le ministère japonais des Affaires étrangères, détaillent les échanges entre les dirigeants américain et japonais lors d’un sommet à la Maison Blanche. Lorsque le président Clinton a demandé à Morihiro Hosokawa d’exposer la situation en Corée du Nord, Warren Christopher a exprimé son inquiétude quant à l’attitude de Pyongyang.
« Lorsque le Conseil d’administration de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) se réunira à Vienne, les négociations entre l’AIEA et la Corée du Nord seront réexaminées. Malheureusement, les signaux actuels ne sont pas bons. La Corée du Nord pourrait ne pas changer son attitude obstinée et pourrait ne pas accepter les mesures de garantie de l’AIEA. (…) Il y a encore de l’espoir. Cependant, il est possible que l’AIEA décide le 21 février que la durabilité des garanties pour la Corée du Nord a été brisée, et dans ce cas, « il est nécessaire de préparer des plans d’intervention d’urgence ».
Warren Christopher, secrétaire d’État américain
Christopher a souligné la gravité de la situation et a sollicité la coopération du Japon en cas de crise. Il a également évoqué la possibilité de sanctions onusiennes et l’importance d’une position commune entre les deux pays. Il a ajouté : « J’espère que nous n’aurons pas à examiner cette situation par le biais de négociations, mais il est bénéfique de discuter de mesures intermédiaires menant à des sanctions au cas où l’AIEA soumettrait cette question au Conseil de sécurité des Nations Unies. »
La première crise nucléaire nord-coréenne a éclaté à l’été 1994, lorsque les États-Unis ont envisagé une frappe préventive contre les installations nucléaires de Yongbyon. En 1992 et 1993, la Corée du Nord avait refusé les inspections de l’AIEA et s’était retirée du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) le 12 mars 1993, après que l’AIEA ait relevé des « incohérences significatives » dans ses déclarations.
Face à cette tension, le président Clinton a mis en garde le Premier ministre Hosokawa sur la nécessité de se préparer à une éventualité grave. Hosokawa a répondu en soulignant l’inquiétude du Japon face au développement de missiles nord-coréens d’une portée de 1 500 km et en assurant que Tokyo était prêt à réagir de manière responsable en cas de sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU.
Christopher a également exprimé des préoccupations concernant l’attitude des pays voisins, notamment la Chine. Il a souligné l’importance de la coopération avec la Corée du Sud et la Chine, tout en notant que Pékin, bien que préoccupée par les sanctions, s’opposait fermement à la prolifération nucléaire dans la péninsule coréenne.
Heureusement, la situation s’est apaisée en octobre 1994 avec la signature de l’accord fondamental de Genève entre la Corée du Nord et les États-Unis.
Correspondant à Tokyo/Hong Seok-jae
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