L’administration américaine, après avoir promis de ne pas s’engager dans de nouvelles guerres, semble se diriger vers une intervention militaire au Venezuela, marquée par un déploiement massif de forces et des accusations directes contre le gouvernement de Nicolás Maduro.
Ce qui avait été présenté comme une priorité à la paix par le président Donald Trump – qui affirmait vouloir être « le premier président depuis des décennies à ne pas déclencher de nouvelles guerres » – a laissé place à une rhétorique belliqueuse et à des actions concrètes laissant présager une escalade. Depuis quelques mois, la situation s’est tendue, avec l’envoi dans la région de trois destroyers lance-missiles Aegis, d’un sous-marin nucléaire, d’avions de combat F-35B, de drones MQ-9 Reaper, d’avions de surveillance P-8 Poséidon, de navires d’assaut et d’un navire secret dédié aux opérations spéciales. Le déploiement actuel compte plus de 10 000 soldats, le plus important en plus de trente ans.
L’administration Trump a officiellement déclaré que Nicolás Maduro n’est pas le président légitime du Venezuela, l’accusant même d’être à la tête du « Cartel de Los Soles », une organisation narco-terroriste. Elle a également notifié au Congrès que les États-Unis sont désormais en « conflit armé » avec le pays et a rompu toute relation diplomatique. Le 14 octobre, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, agissant sous l’autorité de Trump, a ordonné l’attaque d’un navire vénézuélien, causant des pertes. Le lendemain, le New York Times révélait que la CIA avait reçu l’autorisation secrète de mener des opérations au Venezuela, incluant des actions potentiellement meurtrières contre Maduro ou son gouvernement.
Sous la direction du secrétaire d’État Marco Rubio, avec le soutien du directeur de la CIA John Ratcliffe et du conseiller principal en politique intérieure de Trump, Stephen Miller, l’équipe de Trump pousse ouvertement à un changement de régime. Un responsable de l’administration, cité par Axios, a confié que, même si l’opération est présentée comme une lutte contre le narcoterrorisme, « si Maduro finissait par ne plus être au pouvoir, personne ne pleurerait ». D’autres évoquent un scénario similaire à l’intervention américaine au Panama en 1989 contre Manuel Noriega, suggérant la préparation d’un coup d’État.
Interrogé à ce sujet, Donald Trump a confirmé avoir autorisé ces opérations, une décision inhabituelle pour un président qui se présentait comme discret sur les actions secrètes. Lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il avait donné le feu vert à la CIA pour « éliminer » Maduro, il a répondu que la question était « ridicule » et qu’il ne répondrait pas.
Cette volonté de changement de régime n’est pas nouvelle. Dès avant son entrée en fonction, l’administration Trump avait clairement affiché son intention d’intervenir au Venezuela. En réalité, l’implication américaine dans les affaires vénézuéliennes remonte à 1908, avec le soutien apporté à Juan Vicente Gómez pour renverser Cipriano Castro. Plus récemment, les États-Unis ont été impliqués dans le coup d’État manqué de 2002 contre Hugo Chávez, des responsables de l’administration Bush ayant admis avoir discuté pendant des mois avec des militaires et des civils vénézuéliens de la destitution du président. Le Département d’État a même reconnu avoir fourni une formation et une assistance aux personnes impliquées dans ce coup d’État.
En 2019, des hauts responsables de Trump ont participé à une réunion secrète pour planifier un coup d’État, et le vice-président Mike Pence a publiquement déclaré devant le Conseil de sécurité des Nations Unies que l’administration Trump était déterminée à destituer Maduro. Une tentative de coup d’État a suivi quelques jours plus tard, avec l’aval de Trump.
Cette escalade menace non seulement la stabilité régionale, mais aussi les fondements du droit international. L’administration Trump menace de guerre et de changement de régime contre un pays souverain qui n’a jamais représenté une menace pour les États-Unis. Le monde observe, mais peu osent ouvertement s’opposer à la politique américaine. L’ordre international fondé sur des règles, censé garantir l’application universelle et impartiale du droit, est de plus en plus remis en question, laissant place à un système où les règles sont appliquées uniquement lorsqu’elles servent les intérêts américains.
Lors d’une réunion du Conseil de sécurité le 10 octobre, la Chine et la Russie ont critiqué les actions américaines, mais les autres membres ont préféré adopter un langage prudent, se contentant d’appeler à la diplomatie et au respect du droit international. Il est difficile d’imaginer la réaction des États-Unis si la Chine bombardait des navires près de Taïwan ou si la Russie s’attaquait à des navires ukrainiens non militaires.
Il est temps pour les Nations Unies et la communauté internationale de réaffirmer leur position et de dire non à l’arrogance et à l’exceptionnalisme américains, afin d’éviter une nouvelle guerre illégale.
