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Le problème avec l’économie d’IA

by Amélie Bernard

L’investissement massif dans l’intelligence artificielle (IA) soutient actuellement la croissance du produit intérieur brut (PIB) américain, mais pourrait masquer des faiblesses sous-jacentes sur le marché du travail et une dépendance croissante à l’endettement. Une analyse récente met en garde contre un possible éclatement de bulle si les retours sur investissement (ROI) ne se matérialisent pas.

Au cours des deux premiers trimestres de 2025, les dépenses d’investissement (CAPEX) liées à l’IA ont contribué à la croissance du PIB plus que la consommation, un phénomène jugé « stupéfiant » par les analystes. Cette croissance tirée par le CAPEX n’est viable que si trois conditions sont remplies : une rentabilité adéquate, un financement prudent et la création d’emplois.

Si la rentabilité des investissements en IA reste incertaine, la tendance au financement par la dette est déjà préoccupante. Les dépenses des géants de la technologie dépassent déjà 65 % de leur bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA), un niveau supérieur à celui d’AT&T en 1998. Pour maintenir ce rythme, les entreprises devraient recourir à un financement par la dette, augmentant ainsi les risques.

L’IA stimule mécaniquement le PIB, même sans tenir compte du ROI, mais elle ne crée pas actuellement d’emplois pour la majorité des Américains. Cette situation crée une économie à deux vitesses : une économie florissante liée à l’IA et un marché du travail plus large en difficulté en raison des restrictions budgétaires induites par les droits de douane.

Une analyse des créations d’emplois aux États-Unis depuis 2015 révèle que les secteurs touchés par la politique tarifaire représentent plus de 40 % de la création totale d’emplois. Or, l’embauche dans ces secteurs ralentit et se transforme déjà en licenciements nets. Le rythme d’embauche moyen sur trois mois dans ces industries a basculé d’une croissance modeste à des suppressions d’emplois.

Le CAPEX lié à l’IA pourrait soutenir le PIB et le marché boursier jusqu’en 2026, le temps que la question du ROI trouve des réponses. Cependant, le marché du travail global est déjà fragilisé. Certains investisseurs comparent cette situation à un schéma de Ponzi, où les cours des actions sont artificiellement gonflés par des annonces de transactions plutôt que par des résultats concrets.

L’histoire montre que les bulles financières sont généralement alimentées par des excès d’endettement dans le secteur privé, comme le marché immobilier chinois, la crise des tigres asiatiques et la crise financière mondiale de 2008. En 2025, environ 140 milliards de dollars (sur un total de 400 milliards de dollars) de CAPEX en IA ont été financés par la dette. Cette proportion devrait augmenter l’année prochaine, ce qui pourrait conduire à un point critique où le ROI devient essentiel pour le service de la dette.

Les entreprises, contrairement au gouvernement, ne peuvent pas simplement « imprimer de l’argent » pour faire face à leurs obligations financières. La question est de savoir combien de temps cette situation peut durer avant que la bulle n’éclate.

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