Des conditions de détention qualifiées d’« inhumaines », des retards médicaux alarmants et un climat de peur : c’est ce que dénoncent neuf migrants détenus dans un centre de Californie, dans une plainte collective déposée contre les autorités américaines. L’American Civil Liberties Union (ACLU) soutient ces plaignants dans leur recours contre l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et le Department of Homeland Security (DHS).
Selon les témoignages recueillis, le centre de détention situé dans le comté de Kern serait insalubre, glacial et source d’une détresse psychologique profonde. Sokhean Keo, l’un des plaignants, décrit un lieu « désastreux », où « il fait très froid » et où « tout l’étage est couvert de saleté ». Il ajoute : « Notre santé mentale est très, très mauvaise. » Keo affirme également avoir été témoin de tentatives de suicide, conséquence directe de la détérioration de l’état mental des détenus.
La plainte déposée devant les tribunaux met en lumière des défaillances graves dans l’accès aux soins médicaux. Le document juridique souligne que l’ICE a délibérément retardé les évaluations médicales cruciales, notamment pour les personnes suspectées d’avoir un cancer, dont les analyses révèlent des anomalies de plus en plus préoccupantes. Des personnes souffrant de maladies chroniques, comme le diabète, l’hypertension artérielle et des problèmes cardiaques, se voient régulièrement refuser les médicaments prescrits pendant des jours, voire des semaines.
Kyle Virgien, avocat du National Prisons Project de l’ACLU, a déclaré avoir documenté des cas de personnes potentiellement atteintes d’un cancer, en attente de consultation avec un spécialiste depuis des mois, ainsi que des prisonniers ne recevant pas de traitement adéquat pour leurs affections cardiaques ou leur diabète.
Le DHS a nié ces accusations, affirmant que certains détenus bénéficiaient même des « meilleurs soins médicaux de leur vie » au sein du centre. Cependant, la plainte souligne que de nombreux détenus craignent des représailles s’ils dénoncent les abus. « Les représailles contre ceux qui portent plainte sont généralisées et créent un climat de peur », est-il écrit dans le document.
Cette action en justice s’inscrit dans un contexte plus large de contestations judiciaires concernant le traitement des migrants aux États-Unis. En février dernier, plus de 20 organisations religieuses avaient déjà intenté une action en justice contre l’administration Trump pour les arrestations par l’ICE dans les églises, estimant que cela violait la liberté religieuse et semait la peur parmi les fidèles. En août, des organisations civiles avaient dénoncé les conditions de détention dans le centre de migration de Floride surnommé « Alligator Alcatraz », évoquant des conditions inhumaines, des détentions illégales et une nourriture contaminée.
Ces plaintes interviennent à un moment particulièrement sensible pour la communauté cubaine aux États-Unis, où des milliers de ressortissants attendent une décision sur leur demande d’asile ou une audience dans les centres de détention de l’ICE. Pour ceux qui souffrent de maladies chroniques, de troubles émotionnels ou de traumatismes passés, les conditions décrites dans la plainte représentent un risque majeur.
L’ACLU espère que l’affaire sera certifiée comme recours collectif, ce qui lui permettrait de représenter l’ensemble des personnes détenues dans l’établissement. Une décision favorable aux plaignants pourrait créer un précédent national concernant les obligations de l’ICE en matière de traitement digne et de soins médicaux appropriés.
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