Publié le 2 novembre 2025 à 14h21. Un sondage révèle un profond désenchantement des Américains envers leur propre pays, bien plus marqué par une perte de confiance dans leurs institutions que par une perception négative de l’image des États-Unis à l’étranger.
- Près de la moitié des Américains (49 %) estiment que les meilleurs jours de leur pays sont révolus.
- Une méfiance généralisée envers le gouvernement américain, avec près des deux tiers des sondés pensant qu’il ment fréquemment aux citoyens.
- Une polarisation politique croissante, exacerbée par l’anonymat et la virulence des débats en ligne.
Le prestige des États-Unis s’érode, mais le phénomène est surtout perceptible au sein de la population américaine elle-même. Un récent sondage POLITICO réalisé par Public First met en lumière un pessimisme profond, traversant les clivages partisans et touchant aussi bien les électeurs de Donald Trump que ceux de Kamala Harris.
Près des deux tiers des personnes interrogées estiment qu’il est probable que le gouvernement américain mente intentionnellement aux citoyens. Cette défiance n’épargne personne : 64 % des électeurs de Donald Trump et 70 % de ceux qui ont voté pour Kamala Harris partagent cette opinion. Un sentiment de suspicion qui témoigne d’une crise de confiance sans précédent dans les institutions.
Le sondage révèle également qu’un peu moins de la moitié des Américains (49 %) considèrent que les meilleurs jours du pays sont derrière eux, un chiffre supérieur de plus de 41 % à ceux qui croient encore à un avenir radieux. Cette inquiétude généralisée reflète une anxiété croissante quant à l’avenir personnel et à la direction que prend le pays.
Les électeurs de Kamala Harris sont particulièrement pessimistes. Ils sont deux fois plus nombreux que ceux de Donald Trump à penser que l’âge d’or des États-Unis est révolu. Cette disparité souligne l’impact des orientations politiques récentes sur le moral des différentes franges de la population.
Selon Maury Giles, PDG de Braver Angels, une organisation qui œuvre à réduire les divisions partisanes, les États-Unis apparaissent comme
« quelqu’un qui se sent perdu, confus ou vaincu… Ou qui ne sait pas quoi faire et qui regarde autour de lui et dit que ce n’est pas bien, que ce n’est pas la bonne voie. »
Maury Giles, PDG de Braver Angels
Les démocrates se montrent plus pessimistes que les républicains. Seul un petit nombre de personnes interrogées évoquent le présent comme une période faste. Près des deux tiers des électeurs de Kamala Harris estiment que le meilleur est déjà derrière eux, tandis que 55 % des électeurs de Trump restent convaincus que l’avenir réserve encore des jours meilleurs.
Cette perception négative est probablement liée à l’affiliation politique et à la position du parti au pouvoir. Jennifer McCoy, politologue à la Georgia State University, explique :
« Les Américains auront des opinions divisées sur la situation du pays en fonction de qui est au pouvoir et du parti auquel ils s’identifient. »
Jennifer McCoy, politologue à la Georgia State University
La foi dans le « rêve américain » – concept central de l’éthos national américain, synonyme d’ascension sociale par le travail et la discipline – est également en déclin. Près de la moitié des Américains (46 %) estiment qu’il n’existe plus. Parmi les électeurs de Kamala Harris, ce chiffre atteint 51 %, tandis que les électeurs de Trump sont plus divisés (38 % pensent qu’il n’existe plus, 38 % estiment le contraire). Cette baisse de confiance reflète un pessimisme général quant à la situation actuelle, notamment économique.
Les jeunes Américains sont particulièrement touchés par ce désenchantement. Plus de la moitié des personnes âgées de 18 à 24 ans (55 %) ne croient plus au rêve américain, contre 36 % pour les plus de 65 ans. L’économie américaine joue un rôle important dans ce sentiment.
La polarisation politique croissante contribue également à ce climat de défiance. Plus de la moitié des personnes interrogées (59 %) estiment que la situation politique s’est dégradée au cours des cinq dernières années, un sentiment plus prononcé chez les Américains de plus de 65 ans.
Cette division se reflète également dans la vie personnelle des Américains. 61 % des participants au sondage déclarent que la plupart de leurs amis partagent leurs opinions politiques, un constat valable pour tous les partis, tous les groupes d’âge et tous les genres (65 % pour les électeurs de Trump et 67 % pour ceux de Harris).
Le sénateur Rand Paul a récemment souligné que l’anonymat et la culture de la colère en ligne contribuent à
« la dégradation de la politique américaine. »
Rand Paul, sénateur
41 % des Américains interrogés déclarent ne pas avoir d’ami proche ayant voté pour un parti différent du leur, un chiffre plus élevé chez les jeunes et les électeurs de Kamala Harris.
Le sénateur Chris Murphy, critique de Donald Trump, estime que cette division est le symptôme d’une crise plus profonde :
« Nous traversons une profonde crise de connexion et de sens dans le pays, et Trump n’est qu’un symptôme, pas la cause de cette crise. Nous sommes conçus pour rechercher un objectif commun, mais aujourd’hui, nous vivons dans un monde où nous passons moins de temps que jamais avec notre famille, nos amis et nos pairs. »
Chris Murphy, sénateur
Face à ce constat alarmant, 52 % des Américains interrogés estiment qu’un « changement radical » est nécessaire pour améliorer la qualité de vie dans le pays, un sentiment particulièrement fort chez les jeunes et les électeurs de Kamala Harris. 35 % des Américains vont même jusqu’à évoquer la nécessité d’une révolution, un point de vue partagé par 39 % des électeurs de Harris et 32 % de ceux de Trump.
Malgré ce pessimisme ambiant, 64 % des Américains se disent fiers d’être américains. Maury Giles conclut :
« Les Américains ont besoin d’espoir et de confiance. La grande majorité des habitants de ce pays comprennent que ce qui se passe actuellement n’est pas sain et ne peut pas durer. »
Maury Giles, PDG de Braver Angels
Le sondage a été réalisé par Public First pour le compte de POLITICO du 18 au 21 octobre auprès de 2 051 adultes américains, par le biais d’une enquête en ligne. La marge d’erreur est de +/- 2,2 points de pourcentage.
