Publié le 23 octobre 2023 à 16h08. Le Sénégal fait face à une recrudescence de la fièvre de la vallée du Rift (FVR), une maladie à potentiel zoonotique, et a mis en place une stratégie nationale impliquant plusieurs ministères pour en limiter la propagation et protéger la population.
- Une campagne de vaccination du bétail est en cours, avec plus de 14 000 animaux déjà vaccinés.
- Les autorités déconseillent formellement l’automédication, qui a été liée à plusieurs décès.
- Des efforts de recherche sont en cours pour améliorer les outils de diagnostic sur le terrain.
Face à une épidémie de fièvre de la vallée du Rift (FVR) qui s’intensifie, le gouvernement sénégalais a lancé une réponse coordonnée à l’échelle nationale. L’initiative, annoncée lors d’une conférence de presse à Dakar le 20 octobre, mobilise les ministères de la Santé et de l’Action sociale, de l’Agriculture, de l’Environnement et des Ressources en eau.
Le ministre de la Santé, Ibrahima Sy, a souligné la nature complexe de cette maladie : « Il s’agit d’une maladie qui se situe au carrefour de la santé humaine, animale et environnementale et qui nécessite donc une réponse collective. » Des comités de gestion de l’épidémie ont été activés dans tout le pays, et les efforts se concentrent sur la surveillance, la lutte antivectorielle et la vaccination du bétail.
L’automédication est particulièrement préoccupante. Boly Diop, responsable du Système National de Gestion des Incidents (SGI) du Sénégal, met en garde : « Nous déconseillons fortement l’automédication, car certains médicaments, notamment les anti-inflammatoires vendus sur les marchés, peuvent aggraver la situation. » Des enquêtes menées par le SGI dans le nord du pays ont révélé que des décès étaient liés à des consultations médicales tardives et à des complications dues à l’automédication, notamment des hémorragies et des défaillances organiques.
La FVR se transmet principalement par les piqûres de moustiques ou par contact direct avec des animaux infectés. Le ministère de la Santé précise qu’il n’y a pas de transmission directe entre les humains. Au 20 octobre, 1 657 échantillons avaient été testés, confirmant 258 cas humains, dont 21 décès et 192 guérisons. 57 cas ont également été confirmés chez les animaux.
La lutte contre les moustiques est un axe majeur de la stratégie, avec la destruction des gîtes larvaires, la distribution de moustiquaires imprégnées et le déploiement de drones pour identifier les sources d’eau stagnante. Une campagne de communication est également en cours dans les langues locales pour sensibiliser les populations des marchés, des villages et des zones agricoles.
Les régions de Saint-Louis, Matam, Louga, Thiès et Tambacounda sont les plus touchées et font l’objet d’une surveillance renforcée. Le ministre Sy a déclaré que les efforts combinés avaient permis de ralentir la propagation de l’épidémie, mais a insisté sur la nécessité de maintenir une vigilance accrue.
Parallèlement, des recherches sont menées pour améliorer les outils de diagnostic. Une consultation scientifique organisée par l’Agence britannique de sécurité sanitaire, en collaboration avec des institutions africaines et internationales, a mis en évidence un manque crucial de tests de diagnostic rapides sur le terrain. Emmanuel Agogo, directeur du programme sur les menaces pandémiques chez FIND, a souligné que « les tests sur le marché étaient très limités » et que des analyses à flux latéral ou des tests antigéniques faisaient défaut. Appel aux dons de SciDev.Net
Des chercheurs de l’Institut Pasteur de Dakar et de l’Institut ougandais de recherche sur les virus travaillent également sur des solutions innovantes, comme des « laboratoires mobiles » équipés de boîtes à gants pour améliorer la biosécurité lors des prélèvements et des analyses.