Publié le 12 novembre 2025 à 17h21. Le sommet entre la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) et l’Union européenne (UE) à Santa Marta s’est achevé sur une note discordante, marquée par le retrait inattendu du Venezuela de la déclaration finale, un geste perçu comme un isolement diplomatique.
- Le Venezuela s’est « dissocié » de la déclaration finale du sommet CELAC-UE, rompant le consensus régional.
- Cette décision intervient après une participation active de Caracas aux négociations du document en 52 points, notamment sur la sécurité maritime dans les Caraïbes.
- Le désaccord porte également sur le conflit en Ukraine, le Venezuela souhaitant un ton plus ferme et choisissant finalement de se retirer de l’ensemble de la déclaration.
Le quatrième sommet de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) et de l’Union européenne (UE), qui s’est tenu à Santa Marta, en Colombie, a pris fin dimanche soir avec une surprise de taille. Le Venezuela a annoncé sa décision de se « dissocier » de la déclaration finale, une manœuvre diplomatique qui le place en marge des accords conclus par les autres nations participantes.
Le président colombien Gustavo Petro, hôte de la rencontre, a énuméré les pays ayant apposé leur signature sur le document, omettant le Nicaragua, qui avait déjà exprimé son refus, ainsi que le Venezuela, dont le retrait a suscité l’étonnement même au sein des ministères des Affaires étrangères les plus proches.
« Ce qui s’est passé avec le Venezuela est un suicide diplomatique inexplicable. »
Source au sein d’un ministère sud-américain des Affaires étrangères, citée par El País
La décision de Caracas est d’autant plus surprenante qu’elle intervient après des mois de participation active aux cycles de négociations ayant abouti à l’élaboration du document final, composé de 52 points. La délégation vénézuélienne, dirigée par le ministre des Affaires étrangères Yván Gil, avait notamment concentré ses efforts sur le chapitre 10, consacré à « la sécurité maritime et à la stabilité régionale dans les Caraïbes ».
Selon des sources présentes au sommet, le Venezuela souhaitait obtenir une condamnation plus ferme des opérations militaires américaines dans la région, qui ont causé près de 70 décès. Bien que le Venezuela ait réussi à faire intégrer certaines de ses observations au texte, il n’a pas pu obtenir le durcissement du langage souhaité, les États-Unis n’étant pas explicitement mentionnés. C’est finalement, dimanche, en tentant – sans succès – de rouvrir la discussion sur le point 14, relatif à la guerre en Ukraine, que le Venezuela a annoncé son intention de se retirer.
Le document final exprime l’inquiétude des deux blocs concernant le conflit en Ukraine et ses conséquences humanitaires, un langage plus explicite que celui adopté lors du précédent sommet de Bruxelles en 2023. Des diplomates latino-américains indiquent que le Venezuela s’est opposé à ce ton, probablement en raison de ses liens étroits avec la Russie, et a préféré se retirer de l’ensemble de la déclaration plutôt que de simplement se dissocier de ce point précis.
« Même Cuba a beaucoup négocié sur tous les points et a finalement tout signé. Le Nicaragua a bloqué et le Venezuela a décidé de se dissocier. Les raisons sont difficiles à comprendre. »
Source régionale
Kaja Kallas, la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, a qualifié la position vénézuélienne d’incohérente. Elle a déclaré à El País :
« Il est intéressant que le Venezuela critique le non-respect du droit international en raison des attaques américaines, mais refuse de signer une déclaration sur une attaque armée évidente en Ukraine. »
Kaja Kallas, haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères
Ce retrait intervient dans un contexte de tensions croissantes entre le Venezuela et les États-Unis, suite aux opérations ordonnées par Donald Trump contre des navires vénézuéliens soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes. Plusieurs gouvernements considéraient que le sommet CELAC-UE offrait à Caracas une opportunité de rechercher un soutien régional.
En définitive, cette décision a laissé le Venezuela plus isolé que jamais. Un diplomate latino-américain a déploré que « en période de pression internationale, le Venezuela s’éloigne du seul espace qui pourrait lui offrir un soutien politique ». António Costa, le président du Conseil européen et co-organisateur du sommet, a évité de critiquer directement Caracas, tout en soulignant que « ces sommets sont des occasions de dialogue, surtout lorsque les divergences sont importantes ».