Publié le 5 janvier 2026 à 20h09. L’histoire du Venezuela est intimement liée à celle de son pétrole. De l’essor fulgurant à la chute vertigineuse, comment cette ressource a-t-elle ruiné un pays autrefois prospère ?
- Les réserves pétrolières du Venezuela, parmi les plus importantes au monde, n’ont pas permis au pays de prospérer durablement.
- Une succession de politiques économiques contestables, de corruption et de mauvaise gestion ont conduit à une crise profonde.
- L’arrestation de Nicolás Maduro par l’armée américaine en janvier 2026 marque un tournant potentiel dans l’histoire du pays.
Le Venezuela, autrefois l’un des pays les plus riches d’Amérique latine, est aujourd’hui plongé dans une crise économique et humanitaire sans précédent. L’ironie est amère : cette nation, détenant les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, est victime de ce que les économistes appellent la « malédiction des ressources ». L’histoire de cette chute est complexe, jalonnée d’espoirs déçus et de décisions désastreuses.
Tout commence en 1914, lorsque des géologues de la Caribbean Oil Company découvrent d’importantes réserves de pétrole dans l’État de Zulia. Le Venezuela entame alors une production rapide et devient, dans les années 1930, le premier exportateur de pétrole au monde. Cette manne financière propulse le pays vers une croissance spectaculaire. Le produit intérieur brut (PIB) est multiplié par dix à la fin des années 1970, faisant du Venezuela l’une des nations les plus aisées de la région.
Cependant, les années 1980 marquent un tournant. La chute des prix du pétrole, conjuguée à une production limitée par les accords de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), entraîne une baisse drastique des revenus du Venezuela. Parallèlement, le pays continue d’investir massivement dans des projets visant à accroître son influence géopolitique, ce qui conduit à une augmentation de la dette extérieure. Carlos Andrés Pérez, alors au pouvoir, est confronté à des difficultés croissantes.
Début de la galerie de photos
-
Image 1 sur 3. Carlos Andrés Pérez : Il a été président du Venezuela de 1974 à 1979 et de 1989 à 1993.
Image: Keystone / FERNANDO LLANO. -
Image 2 sur 3. Hugo Chávez a dirigé le pays de 1999 à 2013. Il a succombé à un cancer.
Source de l’image : IMAGO / Xinhua. -
Image 3 sur 3. Nicolas Maduro, président depuis 2013. Il a été capturé par l’armée américaine le 3 janvier 2026.
Source de l’image : Keystone/CRISTIAN HERNANDEZ.
Fin de la galerie de photos
Face à cette situation, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale imposent au Venezuela la mise en œuvre de réformes, notamment la libéralisation du commerce et des finances. Le pays envisage également de rouvrir son secteur pétrolier aux investisseurs privés, après l’avoir nationalisé quelques années auparavant. Ces mesures suscitent des tensions et conduisent à deux tentatives de coup d’État en 1992, menées par un certain Hugo Chávez, un officier militaire qui deviendra plus tard président.
Dans les années 1990, le Venezuela est frappé par le « syndrome hollandais », un phénomène économique qui se produit lorsque d’importants flux de capitaux nuisent à la production nationale et à la croissance. Ce syndrome tire son nom d’une situation similaire survenue aux Pays-Bas à partir de 1977, où un boom du secteur des matières premières a entraîné une forte appréciation de la monnaie, le florin, et l’effondrement de l’industrie manufacturière.
Raffinerie de pétrole Amuay à Punto Fijo : les travailleurs de la compagnie pétrolière publique PDVSA veulent forcer le président Hugo Chávez à démissionner en raison de son ingérence dans l’industrie pétrolière en 2002.
Keystone / NATACHA PISARENKO
En 1999, Hugo Chávez arrive au pouvoir et poursuit une politique de dépendance au pétrole, d’expropriation des entreprises privées et d’instauration du « socialisme du XXIe siècle ». Cela se traduit notamment par une nouvelle loi pétrolière, qui stipule que l’État vénézuélien doit détenir une participation majoritaire dans les sociétés pétrolières. Au début des années 2000, les prix des matières premières remontent, mais Chávez ne profite pas de cette conjoncture pour diversifier l’économie et investir de manière durable. Lorsque les revenus pétroliers diminuent, la dette extérieure augmente et, en 2012, le Venezuela perd l’accès aux marchés financiers internationaux.
Les plus grandes réserves mondiales de pétrole se trouvent au Venezuela. Économiquement, elles ont ruiné le pays au lieu de l’aider à atteindre des temps dorés. Sur la photo : le parc national Canaima.
IMAGO / Panthermedia
Après la mort de Chávez, Nicolás Maduro lui succède en 2013. Il ne parvient pas à inverser la tendance et la situation du Venezuela continue de se détériorer. L’hyperinflation, les pénuries d’approvisionnement et la pauvreté poussent des millions de Vénézuéliens à quitter leur pays. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés estime qu’en 2024, le Venezuela compte 6,2 millions de réfugiés économiques.
Le Venezuela est l’exemple parfait de la « malédiction des ressources », un concept développé par l’économiste Richard Auty pour illustrer comment un boom du secteur des matières premières peut avoir des conséquences négatives sur l’économie d’un pays. Alors que d’autres nations riches en ressources, comme la Norvège ou le Canada, ont réussi à atténuer les fluctuations des prix des matières premières grâce à des fonds souverains, le Venezuela n’a pas su le faire. Avec l’arrestation de Maduro par l’armée américaine en janvier 2026, les États-Unis espèrent relancer le secteur pétrolier vénézuélien – pour leur propre compte.
