Publié le 10 décembre 2025 07:37:00. Une opération secrète menée par les services de renseignement ukrainiens (SBU) a permis de frapper simultanément quatre aérodromes militaires russes à l’aide de drones, causant des dommages considérables à l’aviation russe, selon des informations révélées par le Wall Street Journal.
- Le SBU a déployé des drones cachés dans des cabines préfabriquées transportées par camion à travers le territoire russe.
- L’opération, baptisée « Web », a été rendue possible grâce à un réseau logistique complexe et à la corruption de douaniers russes.
- Plus de 40 appareils russes, dont des bombardiers stratégiques Tu-95 et des avions de reconnaissance A-50, auraient été détruits ou endommagés.
Les services de sécurité ukrainiens ont orchestré une attaque d’une audace rare en territoire russe, en utilisant un stratagème ingénieux pour introduire et déployer des drones contre des cibles militaires clés. L’opération, qui s’est déroulée le 1er juin, a été menée avec une précision remarquable et a infligé des pertes significatives à l’aviation russe, selon des témoignages de participants et des analyses du Wall Street Journal.
Tout a commencé avec un appel téléphonique d’un chauffeur routier russe, pris de panique. Il a contacté Artem Timofeev, un Ukrainien résidant en Russie, pour lui signaler que le toit de la cabine de son camion s’était ouvert, révélant une cargaison inattendue.
« Des drones sous le toit. »
Chauffeur routier russe
Timofeev, qui travaillait en réalité pour les services de sécurité ukrainiens, a feint l’ignorance tout en assurant le bon déroulement de l’opération. À Kiev, l’équipe de surveillance suivait attentivement la situation, consciente que la moindre alerte de la part du chauffeur pourrait compromettre l’ensemble du plan. Une explication plausible a été rapidement élaborée : les cabines contenaient des abris de chasse équipés de drones pour l’observation de la faune. Le chauffeur a ensuite confirmé que le toit était bien refermé, permettant à l’opération de se poursuivre.
Le SBU a mis en place un système logistique sophistiqué pour acheminer des centaines de drones et huit cabines préfabriquées, déguisées en habitations, à travers la frontière russe. La corruption de certains douaniers a facilité le passage de ces équipements. Une fois en Russie, les drones ont été assemblés par Timofeev et son épouse. Les cabines étaient équipées de panneaux solaires et de batteries, et les drones étaient dotés de systèmes de communication leur permettant d’être contrôlés à distance depuis Kiev. Seules quelques personnes étaient au courant de l’ensemble de l’opération.

Fin mai, cinq camions ont pris la route vers différentes destinations à travers la Russie. Le 1er juin, plus de 100 drones ont décollé simultanément et ont attaqué quatre aérodromes russes : Belaya, Dyagilevo, Olenya et Ivanovo. En une heure, les opérateurs ukrainiens ont détruit ou neutralisé des dizaines d’avions. Selon le SBU, 41 appareils russes ont été touchés, représentant 34 % de l’aviation stratégique russe, dont des bombardiers Tu-95, Tu-22M3 et Tu-160, ainsi que des avions de reconnaissance A-50.
Artem et Ekaterina Timofeev, les artisans de cette opération, sont des Ukrainiens ayant émigré en Russie après la crise économique de 2014. Leur maîtrise de la langue russe et leur possession de papiers d’identité russes leur ont permis de passer inaperçus. Avant le lancement de l’opération, ils ont été soumis à un test au polygraphe à Lviv.

À Tcheliabinsk, Timofeev a créé une entreprise de logistique, recruté des chauffeurs et supervisé discrètement le déploiement du « Web ». Les chauffeurs ignoraient la nature réelle de leur cargaison.
Après l’attaque, les autorités russes ont lancé un mandat d’arrêt contre Timofeev, mais il était déjà trop tard. Quelques jours avant l’opération, lui et Ekaterina avaient franchi la frontière kazakhe, prétextant un voyage, emportant avec eux leurs biens les plus précieux, dont un chat Scottish Straight et un chien Shih Tzu.
L’opération « Web » représente une étape importante dans l’évolution du SBU, qui, sous la direction de Vasily Malyuk, est passé d’une structure post-soviétique à une agence capable de mener des opérations complexes et technologiquement avancées, comme l’explosion du pont de Kertch ou l’élimination de généraux russes. Une vidéo du début de l’opération a été diffusée en ligne.
Selon le SBU, l’opération a été personnellement suivie par le président Volodymyr Zelensky, et Malyuk a supervisé directement la préparation et l’exécution du « Web ».