Publié le 8 novembre 2023 07:56:00. L’affirmation controversée d’un expert selon laquelle Soeharto n’aurait commis aucun crime contre l’humanité ravive les débats sur l’héritage complexe du régime de l’Ordre Nouveau en Indonésie, et soulève des questions sur la mémoire collective et la justice.
- Fadli Zon, spécialiste de la réhabilitation historique, affirme qu’il n’existe aucune preuve de génocide ou de violations des droits de l’homme sous le régime de Soeharto.
- Cette déclaration suscite l’indignation et rappelle les traumatismes vécus par de nombreuses victimes de l’Ordre Nouveau.
- L’article explore les contradictions entre la reconnaissance des réalisations de Soeharto et les abus commis pendant son règne.
L’affirmation audacieuse de Fadli Zon, un expert en réhabilitation historique, selon laquelle Soeharto n’aurait jamais commis de génocide ou de violations des droits de l’homme, a provoqué une onde de choc en Indonésie. Cette déclaration intervient alors que le pays continue de se débattre avec l’héritage complexe de l’Ordre Nouveau (1967-1998), une période marquée par la stabilité économique mais aussi par la répression politique et les violations des droits humains.
Selon M. Zon, Soeharto a apporté une contribution significative à l’Indonésie, notamment en dirigeant l’attaque générale du 1er mars 1949, un événement clé dans la guerre d’indépendance. Il est souvent salué comme le “père du développement” pour les progrès économiques réalisés sous son régime. Cependant, cette vision est contestée par ceux qui rappellent les aspects sombres de son règne.
L’article souligne le paradoxe de glorifier les “héros” uniquement sur la base de leurs contributions au développement, suggérant qu’un entrepreneur corrompu pourrait un jour être honoré de la même manière. Il met en évidence la nécessité d’une mémoire collective honnête, qui reconnaisse à la fois les réalisations et les atrocités commises sous le régime de Soeharto.
L’auteur rappelle que la stabilité promue par Soeharto était souvent maintenue par la terreur et la peur. Les péages autoroutiers, par exemple, étaient gardés par des soldats lourdement armés, symbolisant la primauté de l’ordre sur la justice. Chaque passage d’un péage rappelait aux citoyens que l’harmonie nationale était plus importante que la recherche de la vérité et de la réparation.
L’article aborde également la manière dont le régime de Soeharto a réprimé les organisations religieuses, en particulier Nahdlatul Ulama (NU), une organisation islamique modérée. Initialement alliée à Soeharto dans la lutte contre le Parti communiste indonésien (PKI), NU a ensuite été invitée à se retirer de la politique. Les membres de NU étaient surveillés, intimidés et parfois arrêtés, sous prétexte de “conseils idéologiques”.
L’auteur critique l’idée de réduire l’histoire à des événements isolés, comme l’attaque du 1er mars 1949, en ignorant les 32 années de règne de Soeharto. Il pose la question de savoir si six heures d’action militaire peuvent justifier des décennies de répression et de violations des droits de l’homme.
L’article cite l’incident de Tanjung Priok en 1984, où la police et l’armée ont tiré sur des manifestants, faisant de nombreuses victimes. Le gouvernement de l’époque a minimisé le nombre de morts, les considérant comme de simples “statistiques” dans le cadre du maintien de l’ordre social. Cette pratique consistant à euphémiser la violence était courante sous le régime de Soeharto.
L’auteur dénonce l’utilisation d’un vocabulaire édulcoré pour dissimuler les abus : la corruption était qualifiée d'”irrégularités administratives”, le meurtre d'”incident”, et les violations des droits de l’homme de “questions politiques”. Cette manipulation du langage visait à contrôler le récit et à justifier les actions du régime.
L’article rappelle les paroles de Abdurrahman Wahid (Gus Dur), ancien président indonésien, qui a reconnu les mérites de Soeharto tout en soulignant ses “grands péchés”. Gus Dur a vécu à une époque où NU était considérée comme une menace en raison de ses critiques envers les politiques injustes du régime.
L’article mentionne également le cas de Mahbub Djunaidi, un leader étudiant et figure de NU, qui a été emprisonné sans procès sous le régime de Soeharto. Il souligne que de nombreuses personnes ont été emprisonnées non pas pour leurs crimes, mais pour leurs opinions politiques.
L’auteur se demande si Soeharto mérite réellement le titre de héros, compte tenu des violations des droits de l’homme commises sous son règne. Il souligne que, à l’époque, personne n’oserait le juger en raison de ses pouvoirs absolus. Il rappelle que Gus Dur avait l’intention de poursuivre Soeharto en justice, mais que cette initiative a été retardée en raison de la détérioration de sa santé.
L’article dénonce la tendance à supprimer les preuves et à réduire au silence les témoins pour dissimuler la vérité. Les victimes étaient souvent accusées d’être communistes ou anti-développement, et leurs voix étaient étouffées.
L’auteur conclut en appelant à une reconnaissance honnête de l’histoire indonésienne, y compris ses aspects les plus sombres. Il suggère que si Soeharto reçoit le titre de héros, les victimes de son régime devraient également être invitées à la cérémonie, afin de témoigner de la complexité de son héritage.
Kiai Said Aqil Siroj, un érudit islamique, a raconté comment Soeharto avait fourni l’électricité au pensionnat islamique de Lirboyo en 1971, peu avant les élections. Cependant, Kiai Machrus Aly, le directeur du pensionnat, a clairement indiqué que cette aide était conditionnée à l’absence de toute implication politique.
« Merci à Pak Harto qui a offert à Lirboyo un cadeau sous forme d’électricité qui, à nos frais, pourrait atteindre des centaines de millions, peut-être même des milliards. »
Kiai Machrus Aly, directeur du pensionnat islamique de Lirboyo
« Mais avec des conditions. Il n’y a pas de tendances politiques. S’il y en a, veuillez retirer l’accès à l’électricité maintenant ! »
Kiai Machrus Aly, directeur du pensionnat islamique de Lirboyo
Ambi S Nungho, Administrateur du PBNU Lakpesdam
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