Publié le 22 octobre 2025 06:38:00. Des chercheurs de l’UOC révèlent que les champignons pourraient être apparus sur Terre il y a plus d’un milliard d’années, bien avant les plantes et les animaux, et ont joué un rôle crucial dans la préparation de notre planète à l’émergence de la vie complexe.
- L’étude, basée sur une combinaison de données fossiles, génomiques et de transferts horizontaux de gènes, repousse l’origine des champignons d’environ 400 millions d’années.
- Les champignons auraient été parmi les premiers organismes à coloniser la terre ferme, contribuant à la formation des sols et à l’établissement des premières interactions écologiques.
- Cette découverte remet en question la vision traditionnelle d’une Terre primitive hostile et suggère un rôle pionnier des champignons dans l’évolution de la vie terrestre.
Les champignons, un règne qui englobe les champignons familiers, les moisissures et les levures unicellulaires, sont bien plus anciens que ce que l’on pensait. Selon une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université ouverte de Catalogne (UOC), ces organismes pourraient avoir fait leur apparition il y a plus d’un milliard d’années. Cette datation, qui repousse l’origine des champignons d’environ 400 millions d’années, en fait l’un des groupes d’eucaryotes les plus anciens connus.
Jusqu’à présent, l’histoire évolutive des champignons était difficile à reconstituer en raison de la fragilité de leurs structures, rarement préservées dans les archives fossiles. Pour surmonter cet obstacle, l’équipe de l’UOC a adopté une approche novatrice, combinant les rares fossiles disponibles avec l’analyse des séquences génomiques de plus d’une centaine d’espèces fongiques et l’étude des transferts horizontaux de gènes.
Les transferts horizontaux de gènes, un phénomène par lequel un gène passe d’une espèce à une autre, se sont avérés particulièrement précieux.
« Lorsque le même gène passe d’un organisme à un autre, nous savons que les deux ont coexisté en même temps. Et cela nous permet d’établir des relations temporelles relatives, car nous savons que tout parent de la lignée donneuse doit nécessairement être plus âgé que tout descendant de la lignée receveuse du gène »,
explique le biologiste computationnel de l’UOC.
Grâce à ces “ancres temporelles” et à de nouveaux outils informatiques, les chercheurs ont pu établir des chronologies évolutives plus précises et robustes.
Cette découverte a des implications profondes pour notre compréhension des premiers écosystèmes terrestres. Les résultats suggèrent que les champignons habitaient déjà la terre ferme il y a au moins 800 millions d’années et qu’ils ont établi des interactions écologiques complexes avec les ancêtres des plantes terrestres multicellulaires, des algues vertes capables de s’adapter à des environnements hors de l’eau.
Les champignons modernes entretiennent une relation symbiotique avec la plupart des plantes, leur fournissant des nutriments en échange de glucides. Ces associations, appelées mycorhizes, pourraient avoir une origine très ancienne.
« Si nous acceptons que la colonisation de la Terre par les plantes a été possible grâce aux champignons, ce que nous proposons, c’est que ce lien aurait pu commencer bien plus tôt qu’on ne le croyait, dans des environnements similaires aux croûtes biologiques du sol ou aux tapis microbiens qui existent encore aujourd’hui »,
précise le chercheur de l’UOC.
L’étude remet en question l’idée d’une Terre primitive nue et hostile, suggérant que les champignons ont joué un rôle essentiel dans la préparation de notre planète à l’émergence de la vie terrestre. Ils auraient contribué à la formation des premiers sols en décomposant les roches et en recyclant les nutriments, rendant l’environnement plus habitable.
Cette avancée a été rendue possible grâce à une collaboration internationale impliquant des scientifiques de Hongrie, d’Angleterre, du Japon et de Catalogne, ainsi qu’au travail du Centre de cybersanté et du centre UOC-TECH. L’étude s’inscrit dans le cadre des missions de recherche Transition numérique et durabilité et Santé numérique et bien-être planétaire de l’UOC, et soutient les objectifs de développement durable de l’ONU, notamment le numéro 15, consacré à la vie des écosystèmes terrestres.
Les chercheurs envisagent désormais d’appliquer cette méthodologie à d’autres groupes d’eucaryotes afin d’affiner notre compréhension de l’histoire évolutive de la vie complexe.
« Les champignons constituent une étude de cas idéale car les archives fossiles sont très limitées et, par conséquent, notre approche apporte une valeur ajoutée évidente. Le prochain défi consiste à appliquer ces techniques à tous les eucaryotes et à construire une horloge moléculaire beaucoup plus fine pour toute vie complexe »,
conclut Ocaña.
À ne pas manquer
