L’avenir du véhicule électrique aux États-Unis est en pleine mutation, tiraillé entre des décisions politiques fluctuantes et l’offensive des constructeurs automobiles traditionnels. L’expiration imminente d’un crédit d’impôt fédéral, combinée à des stratégies innovantes de Ford et General Motors, redéfinit le paysage de la mobilité électrique.
L’administration Trump avait affiché un intérêt de courte durée pour les véhicules électriques (VE), symbolisé par l’acquisition d’une Tesla Model S rouge par l’ancien président. Cependant, cet enthousiasme s’est rapidement estompé, et la Maison Blanche a envisagé de se séparer du véhicule peu après. Le 4 juillet dernier, la promulgation du One Big Beautiful Bill Act (OBBBA) a marqué un tournant, signalant une volonté de freiner le développement de l’industrie des VE aux États-Unis.
La mesure la plus significative de cette loi est la suppression du crédit d’impôt fédéral pour l’achat de véhicules électriques, une incitation qui avait été prolongée et modifiée en 2022 par la loi sur la réduction de l’inflation de l’administration Biden. Ce crédit d’impôt prendra fin le 30 septembre 2025. Cette décision a porté un coup dur au marché des VE, qui avait connu une croissance spectaculaire, passant d’environ 233 000 unités vendues en 2020 à plus de 1,5 million en 2024.
Malgré cet obstacle, l’adoption des VE continue de progresser. Selon les prévisions de Grand View Research, le marché mondial des véhicules électriques devrait croître à un taux annuel composé (TCAC) de 32,5 % entre 2025 et 2030. Si la région Asie-Pacifique domine actuellement ce marché, les États-Unis devraient connaître la croissance la plus rapide au cours de la prochaine décennie.
Face à la fin du crédit d’impôt, les constructeurs automobiles traditionnels ont trouvé des solutions pour maintenir un avantage financier pour leurs clients. Ford et General Motors, notamment, ont mis en place des mécanismes permettant d’offrir une réduction de 7 500 $ (environ 6 900 €) sur l’achat de véhicules électriques, équivalente au crédit d’impôt fédéral désormais expiré.
Concrètement, Ford et GM ont anticipé l’expiration du crédit d’impôt en effectuant des acomptes sur les VE avant la date limite du 30 septembre, en se conformant aux directives de l’IRS (Internal Revenue Service, l’administration fiscale américaine). Ces économies sont ensuite répercutées sur les acheteurs, mais l’offre est limitée aux véhicules loués pré-qualifiés. Un crédit d’impôt de 4 000 $ (environ 3 680 €) reste disponible pour l’achat de véhicules électriques d’occasion admissibles.
Selon Ford Credit, ces offres seront valables jusqu’au 31 décembre. Cette initiative, bien que potentiellement temporaire, témoigne de l’engagement des deux plus grands constructeurs automobiles américains à électrifier leurs gammes de produits.
En effet, Ford a investi 5 milliards de dollars dans une stratégie d’électrification globale, comprenant des investissements dans 4 000 emplois aux États-Unis, notamment à l’usine d’assemblage de Louisville et au BlueOval Battery Park dans le Michigan. L’entreprise développe également une nouvelle plateforme, Ford Universal EV, qui permettra de produire une famille de véhicules électriques abordables, avec des mises à jour logicielles continues. Le premier modèle de cette gamme sera un pick-up électrique à quatre portes de taille moyenne, avec un prix de vente conseillé d’environ 30 000 $ (environ 27 600 €), dont la commercialisation est prévue pour 2027.
GM, de son côté, prévoit d’investir 4 milliards de dollars au cours des deux prochaines années pour accélérer sa transition vers les VE et augmenter la production de ses véhicules à moteur à combustion interne. L’usine de Détroit-Hamtramck, rebaptisée Factory ZERO, sera entièrement dédiée à la production de véhicules électriques, notamment les Chevrolet Silverado EV, GMC Sierra EV, Cadillac Escalade IQ et GMC Hummer EV.
Ces investissements massifs pourraient avoir un impact limité, voire négatif, à court terme. Cependant, Wall Street reste prudente, avec un objectif de cours moyen sur un an pour Ford inférieur de 13 % au cours actuel de l’action, et un objectif de cours moyen pour GM supérieur de seulement 8 %. Néanmoins, GM semble avoir un avantage aux yeux des investisseurs, avec une participation institutionnelle de 93 % contre 58 % pour Ford. Avec une part de marché de 16 % aux États-Unis au deuxième trimestre 2024 et une augmentation des ventes de VE de 111 % sur un an, GM se positionne comme le deuxième plus grand fabricant de véhicules électriques du pays.
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