Face à une pression financière croissante, les établissements de santé doivent désormais faire preuve de réalisme pour maintenir l’accès aux soins, selon Adnan Hamid, vice-président et directeur des systèmes d’information régional de CommonSpirit Health. L’innovation technologique doit désormais être envisagée en priorité sous l’angle de sa rentabilité et de son impact direct sur la stabilité financière des hôpitaux et cliniques.
« Pas de marge, pas de mission, et pas de mission, pas de marge », résume Adnan Hamid, soulignant l’équation cruciale à laquelle sont confrontés les systèmes de santé, qu’ils soient de grande envergure ou implantés en zones rurales. Les coupes budgétaires et l’augmentation des coûts obligent les dirigeants à repenser leurs stratégies pour assurer la pérennité de leurs activités et la continuité des soins.
Selon M. Hamid, la première étape de cette transformation consiste à évaluer si une innovation contribue à stabiliser l’organisation, tant sur le plan clinique qu’administratif. Les opportunités immédiates se présentent souvent dans les fonctions de support, où l’automatisation peut alléger la charge de travail du personnel, optimiser les revenus et fluidifier les processus opérationnels. Le succès repose sur des compromis clairs, des délais réalistes et la capacité d’annoncer des décisions difficiles lorsque certains projets ne sont pas retenus.
L’intelligence artificielle (IA) offre des perspectives prometteuses, notamment dans les tâches administratives. M. Hamid observe que, ces dix dernières années, la documentation et les clics ont été de plus en plus dévolus aux soignants, réduisant le temps consacré aux patients et augmentant le risque d’épuisement professionnel. L’IA pourrait permettre de soulager cette charge en automatisant certaines tâches.
La documentation médicale ambiante, par exemple, pourrait améliorer la précision du codage et faciliter la facturation, tout en améliorant l’expérience patient. Cependant, M. Hamid insiste sur le fait que les avantages financiers doivent être clairement démontrés pour convaincre les directeurs financiers. Des projets pilotes menés en milieu ambulatoire ont suscité un intérêt certain de la part des cliniciens, et les équipes hospitalières souhaitent également participer à ces expérimentations. L’organisation recueille actuellement des données pour évaluer l’impact réel de ces outils sur l’amélioration du codage et la réduction des erreurs de facturation.
Adnan Hamid souligne l’importance d’une gouvernance clinique forte, où la direction médicale est responsable de la mise en œuvre des nouvelles technologies, avec le soutien de l’informatique. « Il ne devrait même pas s’agir d’un projet informatique », affirme-t-il, plaidant pour l’implication des directeurs médicaux et des responsables médicaux de l’information, ainsi qu’une communication transparente avec les équipes financières.
Le rôle du directeur des systèmes d’information (DSI) consiste à gérer les relations entre les différents départements – financier, clinique et opérationnel – et à anticiper les tendances du secteur. La collaboration avec les équipes d’informatique médicale et infirmière permet d’élargir l’expertise et d’accélérer la prise de décision. Les outils d’IA générative peuvent être utiles pour la recherche, mais le jugement humain, les compromis et l’intégrité restent essentiels, notamment lorsque les ressources sont limitées.
Concernant l’interopérabilité des systèmes d’information, M. Hamid reconnaît les progrès réalisés depuis l’introduction des incitations à l’utilisation significative, mais souligne que l’échange de données reste inégal entre les différentes plateformes, voire entre les instances d’un même système d’information hospitalier. La normalisation des données est incomplète, ce qui complique l’analyse des données de santé, le suivi de la santé des populations et la formation des modèles d’IA. Il reste optimiste quant à l’avenir, mais reconnaît que le chemin est encore long.
Il met en garde contre l’illusion d’un redémarrage complet des systèmes, car les établissements de santé fonctionnent en continu. Toute refonte majeure, en particulier au niveau des systèmes de facturation, risquerait de perturber les flux de trésorerie et les opérations de soins. La modernisation des systèmes d’identification et d’accès doit se faire de manière progressive, en veillant à ne pas compromettre la disponibilité des services.
En conclusion, Adnan Hamid recommande de se concentrer sur les domaines où l’IA offre une fiabilité et un retour sur investissement clairs : autorisation préalable, codage, planification, gestion de la chaîne d’approvisionnement et automatisation des centres d’appels. Il préconise également de lier les projets de documentation ambiante à des indicateurs de qualité et d’intégrité des revenus, de faire des leaders cliniques les sponsors de ces initiatives et de communiquer de manière transparente sur les difficultés rencontrées.
Interrogé sur les attentes parfois irréalistes placées dans les DSI, M. Hamid a conclu en soulignant l’importance de l’humilité : « Il serait absurde de penser qu’on est censé tout savoir. »
Adnan Hamid interviendra au CHIME Fall Forum le 11 novembre à 7h00 pour présenter les enjeux de la « Transformation des soins par l’innovation ».
