Publié le 10 novembre 2023 21:54:00. Une nouvelle analyse d’une étude clinique française remet en question l’efficacité de la doxycycline en prévention post-exposition (doxyPEP) contre la gonorrhée, tout en soulignant un risque accru de résistance aux antibiotiques.
- La doxycycline, efficace contre la syphilis et la chlamydia chez les populations à risque, s’avère moins performante contre la gonorrhée.
- L’utilisation de la doxyPEP est associée à une augmentation significative de la résistance à la tétracycline chez Neisseria gonorrhoeae.
- Des signes d’une sensibilité réduite au céfixime, un antibiotique utilisé pour traiter la gonorrhée, ont également été observés.
Les autorités sanitaires françaises et américaines recommandent désormais la doxyPEP uniquement aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et aux femmes transgenres présentant un risque élevé d’infections sexuellement transmissibles (IST). Cette prudence fait suite à une analyse approfondie des données issues de l’essai clinique ANRS 174 DOXYVAC, mené en France entre 2021 et 2022.
L’essai avait initialement démontré l’efficacité de la doxyPEP pour prévenir la syphilis et la chlamydia chez les populations à haut risque, avec une réduction de 83 % de l’incidence combinée de ces infections par rapport à un placebo. La doxyPEP consiste en la prise d’une dose unique de doxycycline après un rapport sexuel non protégé. Cependant, les chercheurs ont constaté que son impact sur la gonorrhée était limité et ont observé une augmentation de la résistance aux antibiotiques.
La nouvelle étude, publiée dans la revue Clinical Infectious Diseases, a examiné de plus près les échantillons de gonorrhée collectés pendant l’essai. Les résultats indiquent que la résistance élevée à la tétracycline était près de trois fois plus fréquente chez les participants ayant reçu de la doxycycline que dans le groupe placebo. Plus préoccupant encore, une sensibilité réduite au céfixime, un antibiotique de deuxième intention pour traiter la gonorrhée, a été associée à une nouvelle mutation génétique (l’allèle styloA34.007) plus fréquente dans le groupe doxyPEP.
La résistance aux antibiotiques est une préoccupation mondiale, en particulier en ce qui concerne la gonorrhée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis considèrent la résistance aux céphalosporines et aux fluoroquinolones de troisième génération comme une priorité de santé publique. Bien que la doxycycline ne soit plus utilisée pour traiter la gonorrhée depuis 1985, les chercheurs s’inquiètent du potentiel de transfert de résistance croisée à d’autres antibiotiques essentiels.
L’étude ANRS 174 DOXYVAC a impliqué 545 participants répartis aléatoirement en deux groupes : un groupe recevant la doxyPEP (362 participants) et un groupe témoin (183 participants). Des tests de dépistage de la gonorrhée ont été effectués au début de l’étude et tous les trois mois pendant 14 mois. L’analyse a porté sur 78 isolats de N. gonorrhoeae pour évaluer la sensibilité aux antibiotiques, et le séquençage du génome entier a été réalisé sur 233 échantillons positifs au test d’amplification des acides nucléiques (TAAN) afin d’identifier les mécanismes de résistance.
Les auteurs de l’étude soulignent la nécessité d’une surveillance continue de l’allèle styloA34.007 afin de détecter l’éventuelle acquisition de mutations supplémentaires associées à la résistance aux antibiotiques. Ils insistent également sur l’importance cruciale du développement d’un vaccin contre la gonorrhée pour lutter efficacement contre cette infection sexuellement transmissible.
Face à ces résultats, les autorités sanitaires françaises ont adopté une approche plus restrictive concernant la doxyPEP, la réservant aux populations les plus à risque. Les recommandations américaines sont similaires. Cette évolution intervient alors que les taux d’IST continuent d’augmenter à l’échelle mondiale.