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Les élevages de rennes face au réchauffement climatique

by Nicolas Lefèvre

L’élevage de rennes, tradition ancestrale des Samis, est aujourd’hui profondément bouleversé par le réchauffement climatique. Un chercheur de Sorbonne Université témoigne des adaptations forcées des éleveurs face à des conditions de plus en plus difficiles pour leurs troupeaux.

Nicolas Bureau, chercheur post-doctoral en anthropologie au laboratoire METIS de Sorbonne Université, consacre actuellement ses travaux à l’étude de l’élevage de rennes en Arctique. Il s’intéresse plus particulièrement au peuple sami, un peuple autochtone réparti sur le nord de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et de la Russie. Historiquement, les Samis pratiquent l’élevage du renne, la chasse et la pêche, avec des modes de vie distincts entre les communautés de l’intérieur des terres, plus axées sur l’élevage, et celles des côtes, plus tournées vers la pêche.

Depuis le milieu du XIXe siècle, l’élevage de rennes s’est intensifié, mais c’est aujourd’hui confronté à un défi majeur : le changement climatique. « Depuis plusieurs années, on observe des phénomènes de pluie et de gel, qui provoquent l’apparition de grosses plaques de glace sur le sol. Ces plaques sont si épaisses qu’elles empêchent les rennes d’accéder à leur alimentation », explique Nicolas Bureau.

Les éleveurs samis sont contraints de s’adapter pour éviter la famine de leurs troupeaux. Cette adaptation passe par une domestication accrue des animaux, avec un affouragement complémentaire à base de granulés ou de fourrage. « Ils n’ont pas d’autre choix pour éviter la famine de leurs troupeaux que de les nourrir en plus, ce qui représente un coût financier certain mais aussi un coût en énergie humaine », précise le chercheur. Cette pratique modifie également la relation traditionnelle entre les éleveurs et leurs rennes.

L’accès au terrain pour mener ses recherches n’a pas été immédiat. « Dans un premier temps, j’ai senti que les éleveurs étaient assez réticents à l’idée d’avoir un scientifique sur le terrain, d’autant plus que les Samis sont assez craintifs par rapport au pouvoir scientifique », témoigne Nicolas Bureau. Cependant, en participant aux tâches quotidiennes, il a réussi à établir une relation de confiance. « À force de participation, les échanges deviennent de plus en plus cordiaux, le partage de la transpiration va mener à des conversations de plus en plus ouvertes », ajoute-t-il.

À ce stade, l’avenir de l’élevage de rennes reste incertain, mais l’étude menée par Nicolas Bureau permet de mieux comprendre les enjeux auxquels sont confrontés les Samis et les stratégies qu’ils mettent en œuvre pour préserver leur mode de vie ancestral.

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