Publié le 22 décembre 2025 à 14h47. Malgré les menaces tarifaires de Donald Trump, l’économie canadienne profite actuellement d’une situation favorable grâce à des exemptions clés dans le cadre de l’accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), une situation qui pourrait être remise en question lors du prochain examen de l’accord en 2026.
- Les tarifs douaniers américains effectifs sur les produits canadiens s’élèvent à 5,9 %, bien en deçà des 35 % annoncés, grâce à des exemptions liées à l’ACEUM.
- L’administration Trump pourrait remettre en question ces exemptions lors de la révision de l’ACEUM en 2026, ce qui aurait des conséquences négatives pour l’économie canadienne.
- Des experts préviennent que la fin de ces exemptions pourrait entraîner une récession et des « cicatrices à long terme » pour l’économie canadienne.
L’économie canadienne semble pour l’instant tirer profit de la politique commerciale de l’ancien président américain Donald Trump. Si des menaces de droits de douane à deux chiffres pèsent sur certaines industries manufacturières lourdes, la majorité des produits canadiens continuent d’accéder au marché américain sans être soumis à ces taxes.
Selon des experts interrogés par La Presse canadienne, cette situation privilégiée pourrait être compromise en 2026, alors que les responsables commerciaux nord-américains se préparent à un examen de l’ACEUM.
« Ce serait le pire des cas si l’accord (ACEUM) était essentiellement éliminé ou non renouvelé. »
Tony Stillo, directeur de l’économie canadienne chez Oxford Economics
Stillo explique qu’une telle issue ferait peser l’intégralité des droits de douane actuels sur l’économie canadienne, sans aucune exemption.
En 2025, l’administration Trump a imposé plusieurs vagues de droits de douane sur divers produits, invoquant différents motifs. Le tarif global actuel sur les produits canadiens exportés vers les États-Unis s’élève à 35 %, mais la grande majorité des entreprises canadiennes n’y sont pas soumises.
Les données du US Census Bureau révèlent que 90 % des produits canadiens sont entrés aux États-Unis en franchise de droits de douane en juillet, grâce à leur conformité avec l’ACEUM. La conformité à l’accord commercial peut être simple ou complexe, selon William Pellerin, avocat spécialisé en commerce international chez McMillan LLP.
« Essentiellement, les entreprises peuvent démontrer leur conformité à l’accord commercial en prouvant que leur produit – un tournevis, un pull, une armoire – a été fabriqué en grande partie au Canada. »
William Pellerin, avocat chez McMillan LLP
Pellerin estime que l’exemption accordée par l’ACEUM constitue une sorte de solution de contournement pour l’administration Trump, qui contredit l’esprit même de l’accord.
Actuellement, seuls les tarifs généraux de 35 % – et non les tarifs sectoriels spécifiques à l’acier ou à l’aluminium – sont susceptibles de bénéficier de l’exemption de l’ACEUM. Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada, a qualifié cette exemption de facteur contribuant à faire du Canada le pays bénéficiant du « meilleur accord commercial » avec les États-Unis.
La Banque du Canada estime que le taux de droit de douane effectif ou moyen des États-Unis sur le Canada est de 5,9 %, contre presque zéro au début de l’année. Elle souligne également que la politique commerciale américaine reste imprévisible et que les droits de douane pourraient augmenter ou s’étendre à court terme.
Oxford Economics estime ce taux à 6,3 %. L’entreprise avait initialement prévu une récession au Canada en raison des perturbations tarifaires, mais l’exemption de l’ACEUM et la suppression par Ottawa de la plupart de ses droits de douane en septembre ont permis d’éviter ce scénario.
Si l’exemption de l’ACEUM devait prendre fin, Stillo prédit des « cicatrices à long terme » pour l’économie canadienne, avec une diminution de sa taille pendant plusieurs années.
Pellerin souligne que l’examen de l’ACEUM en 2026 ne devrait être qu’un examen et non une renégociation, mais l’administration Trump a laissé entendre qu’elle pourrait se retirer de l’accord si elle n’obtient pas certaines concessions du Canada et du Mexique.
Pellerin s’attend à ce qu’une forme de tarifs permanents soit « possible, voire probable » à l’issue de l’examen de 2026, peut-être sous la forme d’accords bilatéraux entre le Canada et les États-Unis. Carney a déclaré la semaine dernière qu’il ne s’attendait pas à des accords distincts sur les tarifs sectoriels dans un avenir proche, estimant que ces négociations seraient subordonnées au processus d’examen de l’ACEUM.
Stillo prévoit également que la révision de 2026 maintiendra des droits de douane américains plus faibles, mais toujours en vigueur, sur les industries de l’acier, de l’aluminium et de l’agriculture au Canada.
Stillo et Pellerin estiment que l’administration Trump semble prendre conscience des conséquences négatives des droits de douane sur l’industrie et les consommateurs américains. En novembre, les États-Unis ont supprimé les droits de douane sur le café, le bœuf et d’autres produits de consommation de base confrontés à une forte inflation ces derniers mois.
« Ces implications négatives de la hausse des droits de douane commencent à se faire sentir et peut-être qu’ils commencent à assouplir leur vision des droits de douane en tant qu’instrument brutal de leur stratégie industrielle. »
Tony Stillo, directeur de l’économie canadienne chez Oxford Economics
