Publié le 2024-02-29 14:35:00. Le commandant Tyson Nicholas, conseiller militaire à ONU Femmes, partage son expérience de plus de 26 ans au sein des forces de défense australiennes et plaide pour une intégration systématique des principes Femmes, Paix et Sécurité (FPS) dans les opérations militaires, soulignant leur impact positif sur l’efficacité et la légitimité des missions de maintien de la paix.
- Le commandant Nicholas a participé à des opérations de combat en Afghanistan, à des missions de lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient et à la MINUSS au Soudan du Sud.
- Il souligne l’importance de reconnaître l’impact différencié des conflits sur les femmes, les hommes, les garçons et les filles pour éviter de compromettre les efforts de protection et la confiance des populations locales.
- Il met en avant les progrès observés en Ukraine, où l’intégration des femmes dans la défense nationale renforce la résilience du pays.
Après une carrière de 26 ans au sein des forces de défense australiennes, marquée par des déploiements en Afghanistan, au Moyen-Orient et au Soudan du Sud, le commandant Tyson Nicholas occupe aujourd’hui un poste de conseiller militaire stratégique auprès d’ONU Femmes à New York. À l’occasion du 25e anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité, il revient sur son parcours et partage ses réflexions sur l’importance cruciale de cette approche.
Son expérience sur le terrain, notamment au Soudan du Sud et en Afghanistan, l’a convaincu de la nécessité de prendre en compte les réalités spécifiques vécues par les femmes et les hommes dans les zones de conflit. Il explique que l’insécurité se manifeste différemment selon le genre et l’âge, et que l’incapacité à reconnaître ces schémas peut nuire à l’efficacité des missions et à la confiance des populations locales. “Si les commandants ne parviennent pas à reconnaître ces schémas, ils risquent de négliger les menaces, de saper les efforts de protection et de perdre leur crédibilité auprès des populations mêmes dont la confiance et la coopération sont essentielles au succès de la mission”, affirme-t-il.
Au sein d’ONU Femmes, le commandant Nicholas a constaté que l’intégration des principes FPS dans les processus de planification, la doctrine et les mécanismes d’évaluation améliore non seulement l’efficacité des missions, mais aussi leur légitimité. Il prend l’exemple de l’Ukraine, où il s’est rendu récemment, pour illustrer comment l’implication des femmes dans la défense nationale, la résistance et la reconstruction contribue à renforcer la résilience du pays face à l’agression russe. Il souligne que les conflits modernes continuent de générer des impacts sexospécifiques dévastateurs, notamment en termes de violences sexuelles et de déplacements de populations.
Le commandant Nicholas est particulièrement impressionné par la résilience et le leadership dont font preuve les femmes dans les zones de conflit. Il a pu constater, en Ukraine comme au Soudan du Sud, que les femmes ne se contentent pas de survivre à l’adversité, mais jouent un rôle essentiel dans la défense, le relèvement et la gouvernance de leurs communautés. “Leurs contributions rendent la paix possible et durable”, insiste-t-il, ajoutant que “la paix et la sécurité ne peuvent être réalisées ou durables sans les femmes.”
« Ce qui me donne de l’espoir pour l’avenir du WPS, c’est l’élan que je constate à travers des générations de dirigeants, de militaires et de communautés locales. »
Commandant Tyson Nicholas, conseiller militaire stratégique à ONU Femmes
Il salue l’engagement de l’Australie en faveur du programme FPS, notamment à travers le déploiement de conseillers militaires comme lui auprès d’ONU Femmes et ses investissements dans la formation de futures leaders. Il considère cela comme un signe tangible de la volonté de l’Australie de promouvoir un ordre mondial fondé sur des règles et de construire un avenir plus inclusif et plus sûr. La Stratégie de défense nationale australienne met d’ailleurs l’accent sur le rôle essentiel des ressources humaines dans la capacité de défense, et l’intégration des principes FPS est perçue comme un moyen d’améliorer l’efficacité opérationnelle et de renforcer la crédibilité de l’Australie dans la région Indo-Pacifique et au sein des alliances internationales.
Ses études en droit international des droits de l’homme à l’Université de Lund, en Suède, ont approfondi sa compréhension du FPS, non seulement en tant que cadre politique, mais aussi en tant que programme fondé sur des obligations juridiques. Il souligne que les décisions militaires ont des conséquences différentes pour les femmes, les hommes, les garçons et les filles, et que les militaires ont l’obligation de tenir compte de ces différences pour minimiser les dommages causés aux civils et garantir le succès de leurs missions.
Le commandant Nicholas est convaincu que les professionnels de la défense considèrent de plus en plus le FPS non pas comme une simple contrainte, mais comme une bonne pratique, intégrée aux opérations efficaces et à un leadership éthique. Il note que de plus en plus de preuves démontrent que l’intégration des principes FPS conduit à de meilleurs résultats opérationnels, à des partenariats plus solides et à une paix plus durable. Pour lui, les Femmes, la Paix et la Sécurité sont un véritable “multiplicateur de force” pour la capacité de défense, la posture des forces, les structures, le recrutement et l’engagement international, constituant à la fois une responsabilité professionnelle et une nécessité stratégique pour parvenir à la défense nationale, à la résilience et à une paix durable.
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