Home AffairesIsraël va nommer un nouvel avocat militaire après la fuite d’une vidéo montrant des soldats violant un prisonnier palestinien

Israël va nommer un nouvel avocat militaire après la fuite d’une vidéo montrant des soldats violant un prisonnier palestinien

by Amélie Bernard

Publié le 3 novembre 2023 01:03:00. L’armée israélienne est secouée par un nouveau scandale impliquant des allégations de mauvais traitements infligés à des détenus palestiniens, conduisant à la démission de son procureure militaire en chef et à l’ouverture d’une enquête criminelle.

  • La procureure militaire Yifat Tomer-Yerushalmi a démissionné après avoir admis avoir divulgué des images compromettantes.
  • Ces images montrent des soldats israéliens maltraitant un détenu palestinien dans le camp de détention de Sde Teiman.
  • L’affaire intervient dans un contexte de critiques croissantes concernant le traitement des prisonniers palestiniens depuis le début de la guerre à Gaza.

La démission de Yifat Tomer-Yerushalmi, annoncée vendredi, fait suite à la fuite d’une vidéo de surveillance datant de la guerre à Gaza. Les images, diffusées en août dernier, montrent un groupe de soldats à Sde Teiman, un camp de détention tristement célèbre, commettant des actes de violence collective contre un prisonnier palestinien, entouré par une barrière humaine. L’aveu de la procureure d’avoir divulgué ces images a provoqué une vive réaction de la part des milieux politiques d’extrême droite et des ministres les plus bellicistes du gouvernement israélien, qui l’accusent de trahison.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a qualifié cette fuite de « grave attaque de propagande », affirmant qu’il s’agissait potentiellement de « l’attaque de propagande la plus grave qu’Israël ait connue depuis sa création ». Une enquête criminelle a été ouverte par l’armée pour déterminer les circonstances de cette fuite.

L’affaire intervient alors que neuf soldats israéliens avaient déjà été interrogés fin juillet suite à l’agression survenue à Sde Teiman. Cinq d’entre eux ont été inculpés pour « sévices graves » sur le détenu, mais pas pour viol. Le procès est actuellement en cours. Dimanche, les soldats impliqués ont demandé l’abandon des poursuites.

Selon l’acte d’accusation initial, les soldats auraient pendant 15 minutes donné des coups de pied, piétiné, frappé et traîné le détenu au sol, utilisant également un pistolet à impulsion électrique, y compris sur sa tête. Le journal israélien Haaretz a rapporté que la victime avait subi une rupture intestinale, de graves blessures anales et pulmonaires, ainsi que des fractures de côtes, nécessitant une intervention chirurgicale.

Depuis le début des hostilités à Gaza, le 7 octobre 2023, les autorités pénitentiaires et l’armée israéliennes sont accusées de maltraiter les détenus palestiniens. La Société des prisonniers palestiniens affirme que 80 Palestiniens sont décédés en détention israélienne depuis le début du mois d’octobre. En mars, la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur le territoire palestinien occupé a publié des preuves de recours systématique à la violence sexuelle par des agents israéliens contre des Palestiniens.

La commission a documenté des cas de viols et d’agressions sexuelles sur des détenus de sexe masculin, incluant l’utilisation d’une sonde électrique pour provoquer des brûlures anales, ainsi que l’insertion d’objets divers dans l’anus et le rectum. Une victime a témoigné avoir été suspendue au plafond et soumise à l’insertion répétée d’un outil métallique dans son pénis jusqu’à l’évanouissement.

Par ailleurs, un rapport publié en août par l’organisation Action on Armed Violence (AOAV) indique que 88 % des enquêtes militaires israéliennes sur les allégations de crimes de guerre commis par ses soldats depuis le 7 octobre 2023 ont été classées sans suite ou n’ont abouti à aucune conclusion. L’AOAV suggère qu’Israël pourrait chercher à instaurer un « modèle d’impunité » en ne menant pas d’enquêtes approfondies sur les accusations les plus graves.

Les organisations de défense des droits de l’homme et les instances internationales soulignent que les poursuites judiciaires contre les soldats israéliens sont rares et que les enquêtes criminelles aboutissent rarement à des condamnations.

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