Les fissures s’élargissent au sein du Parti républicain alors que l’échéance de la fin du mandat de Donald Trump, en janvier 2029, approche. L’ancien président, habitué à dominer ses pairs, voit désormais des figures de son propre camp remettre en question son autorité, présageant une lutte intense pour l’avenir du parti.
La publication récente des dossiers liés à Jeffrey Epstein, malgré les efforts de Trump pour les maintenir confidentiels, illustre ce changement de dynamique. Des républicains auparavant loyaux, comme la représentante Marjorie Taylor Greene, ont activement poussé à la divulgation de ces documents, ce qui a valu à Greene le surnom péjoratif de « Traîtresse » de la part de l’ancien président.
Greene, autrefois une fervente supportrice de Trump – la comparant même à Jésus il y a un an – a multiplié les prises de position divergentes ces derniers mois. Elle a critiqué le sauvetage financier de l’Argentine, dénoncé les frappes contre des installations nucléaires iraniennes et plaidé pour des négociations avec les démocrates lors de la crise de la dette américaine, allant jusqu’à remettre en question les voyages à l’étranger de Trump, affirmant : « J’aimerais voir Air Force One rester au sol. »
Ces dissensions ne se limitent pas à Greene. Au sein du mouvement MAGA, des divisions apparaissent sur la gestion de l’antisémitisme. L’interview controversée de Tucker Carlson avec Nick Fuentes, un nationaliste blanc ouvertement antisémite, a provoqué une onde de choc, exacerbée par la défense de Carlson par Kevin Roberts, le président de la Heritage Foundation, et les démissions qui ont suivi au sein du conseil d’administration de l’organisation.
Selon Rod Dreher, un commentateur conservateur basé en Hongrie, 30 à 40 % des jeunes collaborateurs républicains à Washington seraient favorables aux idées de Fuentes. Cette tendance inquiétante témoigne d’une radicalisation croissante au sein du parti.
Les divergences s’étendent également aux questions économiques. Les politiques protectionnistes et isolationnistes promues par Trump ne sont pas encore pleinement intégrées à l’idéologie républicaine traditionnelle et leur pérennité est incertaine après son départ.
Malgré ses déclarations publiques affirmant qu’il pourrait briguer un troisième mandat – affichant même des chapeaux « Trump 2028 » au Bureau ovale – Trump a récemment admis qu’il n’était « pas autorisé » à se présenter à nouveau. À un an des élections de mi-mandat, qui s’annoncent difficiles pour les républicains, et à l’approche de la primaire présidentielle, le second mandat de Trump semble de plus en plus improbable.
Face à cette situation, des figures comme le sénateur Ted Cruz, qui avait défié Trump lors de la primaire de 2016, se positionnent stratégiquement. Cruz a critiqué Carlson et Fuentes pour leurs propos antisémites, tout en se montrant prudent pour ne pas s’aliéner l’ancien président, affirmant : « J’aime le président Trump. Je suis son plus fervent partisan. » Il se présente ainsi comme un conservateur constitutionnel, favorable à Israël et sceptique quant aux tarifs douaniers, cherchant à incarner une voie médiane entre l’ère pré-Trump et l’ère post-Trump.
Certains conservateurs, comme Christopher Rufo, estiment qu’un successeur capable de rassembler les différentes factions pourrait maintenir la cohésion du parti. Il propose JD Vance, un ancien investisseur en capital-risque et diplômé de Yale, comme potentiel successeur, capable de s’inspirer de Richard Nixon pour unifier la droite.
Vance, considéré comme un expert de la théorie politique du mouvement MAGA, pourrait également combler le fossé entre les traditionalistes comme Steve Bannon et les oligarques technologiques comme Elon Musk. Cependant, il lui manque le charisme unique de Trump, qui lui avait permis de remporter la primaire républicaine au Sénat de l’Ohio en 2022 grâce à son soutien.
La question cruciale reste de savoir quand et si Trump acceptera de céder le pouvoir. Son influence sur le parti, même après son départ en 2021, reste considérable. Il pourrait continuer à exercer un contrôle important sur les primaires de 2028 et à sanctionner toute forme de dissidence, même si son administration est impopulaire auprès du grand public.
Cette situation rappelle celle de Lyndon Johnson, qui, après avoir renoncé à se représenter en 1968, a continué à exercer une influence considérable sur son parti et à imposer sa politique impopulaire sur le Vietnam à son successeur, Hubert Humphrey. L’effondrement du Parti démocrate en 1968 a été désastreux, et un effondrement similaire du Parti républicain en 2028 pourrait avoir des conséquences tout aussi graves.
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