Publié le 26 octobre 2025 à 07h01. Malgré une baisse significative des prix de gros de l’électricité, les factures des consommateurs irlandais continuent d’augmenter, soulevant des questions sur les pratiques tarifaires des fournisseurs d’énergie.
- Les prix de gros de l’électricité en Irlande ont chuté de plus de 16 % sur un an, jusqu’en septembre 2025.
- Les tarifs facturés aux consommateurs ont pourtant augmenté de 10 % ou plus en raison de hausses de prix récentes des fournisseurs.
- L’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne que les prix de détail de l’énergie en Irlande sont trois fois supérieurs aux prix de gros, parmi les plus hauts d’Europe.
L’Office central des statistiques (CSO) a récemment publié les derniers chiffres concernant les prix de gros de l’électricité, c’est-à-dire le coût de l’énergie pour les fournisseurs, distinct des tarifs appliqués aux particuliers et aux entreprises. Ces données révèlent une baisse notable de 16,2 % des prix de gros sur l’année jusqu’en septembre 2025. En un mois, entre août et septembre, la diminution a été de 2 %, les prix étant désormais 75,6 % inférieurs à leur pic d’août 2022.
Ce constat intervient en dépit d’une série d’augmentations de prix mises en œuvre le mois dernier par plusieurs grandes compagnies d’électricité. Certains ménages voient désormais leur facture augmenter de 10 % voire plus. Une contradiction flagrante qui soulève une question légitime : si les fournisseurs achètent l’électricité moins cher, pourquoi les consommateurs paient-ils davantage ?
Les entreprises énergétiques justifient ces hausses par l’augmentation des frais de réseau et d’opérateur de système, communément appelés frais de réseau. Ces redevances, qui représentent environ un tiers de la facture d’électricité, servent à l’entretien du réseau énergétique national. Cependant, cette explication ne convainc pas tous les observateurs.
Le réseau électrique irlandais est plus complexe que ceux de nombreux autres pays de l’Union européenne. La population est relativement dispersée, avec une proportion importante de logements individuels, ce qui rend l’entretien du réseau plus coûteux par habitant. De plus, la demande d’électricité, en particulier de la part des centres de données, a considérablement augmenté ces dernières années. L’importation d’électricité depuis le continent, nécessaire lorsque la demande atteint son maximum, est complexe et onéreuse en raison du manque d’interconnectivité de l’île.
En août dernier, la Commission de régulation des services publics (CRU) a approuvé une augmentation des investissements dans le réseau, qui se traduit par une hausse d’environ 29 € sur la facture annuelle moyenne. Toutefois, les entreprises énergétiques ont la possibilité d’absorber tout ou partie de ce coût, une option qu’elles semblent avoir choisi de ne pas exercer en répercutant l’intégralité de la charge sur les consommateurs.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a tiré la sonnette d’alarme dans un rapport publié fin septembre, soulignant que les prix de détail de l’énergie en Irlande sont trois fois supérieurs aux prix de gros. Selon l’AIE, cet écart est l’un des plus importants au monde. Les clients irlandais paient ainsi parmi les tarifs les plus élevés des 27 pays membres de l’Union européenne.
Si les difficultés financières des entreprises énergétiques pouvaient justifier ces hausses, ce n’est manifestement pas le cas. Les principaux fournisseurs, qui ont récemment augmenté leurs prix, affichent d’excellents résultats. SSE Airtricity, qui a augmenté ses tarifs de 9,5 %, appartient à la société britannique SSE, qui a enregistré un bénéfice d’exploitation de 2,42 milliards de livres sterling (2,78 milliards d’euros) sur son dernier exercice. SSE Airtricity a quant à elle réalisé un bénéfice d’exploitation de 94,5 millions de livres sterling (108,5 millions d’euros) pour l’année se terminant en mars 2024. Energia, qui augmente ses prix de 12,1 %, a annoncé un bénéfice avant impôts de 154,33 millions d’euros en 2024, malgré la perte de 14 600 clients. Bord Gáis Energy, filiale de Centrica, a également enregistré un bénéfice de 39 millions d’euros au premier semestre 2025, tout en augmentant les prix pour ses clients.
Cette situation a des conséquences directes sur les ménages irlandais. La CRU a constaté une augmentation du nombre de clients en difficulté financière et contactant des associations caritatives pour obtenir de l’aide. Elle a également averti que le nombre de clients en retard de paiement pourrait augmenter cet hiver, en l’absence de crédits énergétiques. Le budget 2026 ne prévoit malheureusement pas de telles aides.
La CRU a annoncé de nouvelles mesures pour protéger les consommateurs, notamment l’obligation pour les entreprises énergétiques de prendre en compte l’ensemble de la situation financière des clients lorsqu’elles proposent des plans de remboursement. Un moratoire de Noël sur les coupures pour non-paiement sera également en vigueur du 8 décembre 2025 au 16 janvier 2026. Cependant, ces mesures ne résolvent pas le problème de l’endettement énergétique croissant, qui pèsera sur les ménages les plus vulnérables dès le début de la nouvelle année.
La question demeure : comment améliorer la situation et réduire les factures d’électricité, surtout si les entreprises continuent de facturer des tarifs disproportionnés par rapport au coût réel de l’énergie ?
