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« Les gens sont affaiblis depuis des mois » – DW – 15/12/2025

Publié le 15 décembre 2025 à 21h55. Cuba est confrontée à une triple épidémie de dengue, de chikungunya et d'oropouche, aggravée par une crise économique persistante et un manque de ressources médicales, mettant à rude épreuve son système…

« Les gens sont affaiblis depuis des mois » – DW – 15/12/2025

Publié le 15 décembre 2025 à 21h55. Cuba est confrontée à une triple épidémie de dengue, de chikungunya et d’oropouche, aggravée par une crise économique persistante et un manque de ressources médicales, mettant à rude épreuve son système de santé déjà fragilisé.

  • Plus de 44 600 cas de chikungunya et 26 000 cas de dengue ont été recensés, avec 47 décès, dont au moins 29 chez des mineurs.
  • Les symptômes, souvent invalidants, incluent fortes douleurs articulaires, fièvre, fatigue extrême et, dans certains cas, perte de contrôle des fonctions corporelles.
  • Le manque de vaccins, de médicaments et d’équipements médicaux, combiné à des problèmes d’hygiène et à des coupures de courant, complique la lutte contre ces maladies.

Des témoignages poignants révèlent l’impact de ces maladies sur la population cubaine. Une femme de 34 ans, habitante de La Havane, décrit à Deutsche Welle (DW) des douleurs articulaires sévères, de la fièvre et un gonflement des doigts qui persistent plusieurs mois après l’infection par la dengue.

« Mon genou me faisait mal, il était enflé et même les articulations de mes doigts me faisaient mal. J’avais de la fièvre. »

Femme de 34 ans, La Havane

Sa mère, âgée de 69 ans, souffre quant à elle de brûlures aux oreilles, de démangeaisons intenses et de difficultés respiratoires.

« Mes oreilles me brûlaient, tout mon corps me démangeait », raconte sa mère de 69 ans, « très fatiguée » et avec une respiration difficile.

D’autres patients rapportent une faiblesse extrême, une perte de contrôle des sphincters et des douleurs articulaires intenses. Une femme de 71 ans, malade avec son mari de 74 ans, évoque une sensation d’immobilité totale.

« La fièvre était très légère. Ce qui était très fort, c’était la sensation d’être immobilisée, sans la force de sortir du lit. Le contrôle des sphincters était perdu. Nous ne pouvions pas aller aux toilettes. »

Femme de 71 ans

Un couple d’aînés, suspectant une infection au chikungunya en raison de douleurs articulaires intenses aux épaules, aux coudes et aux mains, n’a pas consulté de médecin par manque de moyens.

Ces cas, et d’autres recensés par DW, sont traités avec des médicaments obtenus auprès de proches à l’étranger ou sur le marché noir, faute de disponibilité dans les pharmacies locales. Cuba a officiellement reconnu en novembre 2025 une double épidémie de dengue et de chikungunya, bien que le chikungunya ait été détecté pour la première fois en juillet dans la province occidentale de Matanzas et que la dengue soit endémique sur l’île depuis plus de 20 ans. Les moustiques Aedes sont les vecteurs de ces deux arbovirus, qui partagent un premier symptôme commun : un « syndrome fébrile non spécifique ».

Une femme utilise une lampe de poche pour s'éclairer lors d'une panne de courant dans une modeste maison de La Havane.
L’accumulation d’ordures, les eaux stagnantes et les coupures de courant facilitent la prolifération des moustiques transmetteurs d’arbovirus. Et il y a un manque de médicaments pour traiter leurs symptômes.Image : Adalberto Roque/AFP

L’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) a confirmé à DW que Cuba fait face à une « situation épidémiologique difficile » avec la circulation simultanée de la dengue, du chikungunya et de l’oropouche dans plusieurs provinces. Bien que les cas d’oropouche aient diminué depuis septembre, la dengue et le chikungunya continuent de progresser, à l’exception de Matanzas où le pic épidémique semble passé.

Les autorités reconnaissent que les statistiques officielles sont probablement sous-estimées, car de nombreux Cubains évitent les centres médicaux en raison de la détérioration des services de santé et du manque de ressources pour le diagnostic et les soins. La prolifération des moustiques, les conditions climatiques favorables et l’augmentation de la vulnérabilité de la population après la pandémie de COVID-19 sont les principaux facteurs de cette épidémie, selon l’OPS. L’ouragan Melissa, qui a frappé l’est du pays, a également aggravé la situation. Ouragan Melissa

Un homme marche dans une rue inondée d'un quartier touché par l'ouragan Melissa à Santiago de Cuba, le 29 octobre 2025.
Un homme marche dans une rue inondée d’un quartier touché par l’ouragan Melissa à Santiago de Cuba, le 29 octobre 2025.Image : Yamil Lage/AFP/Getty Images

Le Dr. Félix Drexler, professeur à l’Institut de Virologie de la Clinique Universitaire de la Charité à Berlin et coordinateur du projet GLACIER, avait anticipé cette épidémie avec ses collègues cubains il y a plusieurs mois. Il souligne que Cuba, avec une population non immunisée et une forte présence du vecteur de la dengue, était particulièrement vulnérable. Il regrette que leur projet de développement d’un vaccin contre le chikungunya, présenté au ministère allemand de la Coopération économique et du Développement, n’ait pas reçu de financement à ce jour.

Cuba a développé ses propres vaccins contre la COVID-19, mais ne dispose pas de vaccins contre la dengue ou le chikungunya. L’OPS confirme que l’île doit intensifier ses efforts pour produire ses propres vaccins, malgré la crise économique. Le « blocus » américain et l’exode croissant de personnel qualifié constituent des obstacles majeurs, selon le virologue Drexler.

Une infirmière spécialisée en vaccins et une femme, toutes deux portant des masques.
Cuba a produit ses propres vaccins anticovid, mais ne dispose pas de vaccination contre la dengue ou le chikungunya.Image : Joaquin Hernández/XinHua/photo alliance

Selon l’OPS, la dengue provoque de la fièvre, des maux de tête, des douleurs derrière les yeux, des éruptions cutanées et peut évoluer vers une forme sévère avec choc, difficultés respiratoires et hémorragies. Le chikungunya se caractérise par de fortes douleurs articulaires qui peuvent persister des mois, voire des années, affectant la qualité de vie et l’économie. Bien que l’infection par le chikungunya confère une immunité à vie, une nouvelle épidémie pourrait survenir dans 10 ou 20 ans, lorsque la population aura perdu son immunité.

Les autorités cubaines maintiennent les services de santé essentiels et mettent en œuvre des mesures de prévention et de contrôle, notamment le suivi des cas, la surveillance des groupes à risque et la fumigation. Cependant, une réponse efficace à cette épidémie nécessite des ressources importantes et une action prolongée, un défi majeur pour l’île en crise. L’OPS a déjà fourni une assistance technique, des réactifs, des moustiquaires et du matériel de fumigation.

Montagne d'ordures dans une rue de La Havane, le 4 décembre 2025.
4 décembre 2025 : La collecte des ordures, problème de longue date dans un pays sans carburant, perdure durant cette double épidémie. Image : Yamil Lage/AFP

Parallèlement, des recettes de répulsifs faits maison circulent parmi les Cubains et le gouvernement encourage le « travail bénévole » pour atténuer le problème des déchets. L’Allemagne a publié une alerte en raison de l’augmentation des cas de chikungunya importés de Cuba, recommandant aux voyageurs de se faire vacciner et de se protéger contre les piqûres de moustiques. Deux vaccins contre le chikungunya sont disponibles dans l’UE et aux États-Unis, mais ne sont pas encore certifiés par l’OMS ni disponibles dans la région.

À long terme, « Cuba doit produire des vaccins pour Cuba », insiste le virologue Drexler, rappelant que l’île a déjà démontré sa capacité à développer des vaccins anticovid. Les données publiées par l’Office national des statistiques et de l’information (ONEI) révèlent que Cuba a investi 18 fois plus dans le tourisme (37,4 %) que dans la santé et l’assistance sociale (2 %) à la fin de 2024.

(MS)

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.