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Les marchés sont au bord d’un précipice géopolitique

by Amélie Bernard

Publié le 8 janvier 2026 05:26:00. Les politiques économiques et géopolitiques imprévisibles de l’administration Trump suscitent des inquiétudes quant à la stabilité mondiale, malgré la résilience actuelle des marchés financiers. L’article explore le décalage entre les signaux d’alerte et l’optimisme persistant des investisseurs.

  • Le Premier ministre danois a mis en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses d’une attaque américaine contre un pays membre de l’OTAN.
  • L’écart croissant entre les actions de l’administration Trump et les fondamentaux économiques traditionnels soulève des questions sur la durabilité de la croissance actuelle.
  • Les marchés financiers pourraient ne pas refléter fidèlement les risques économiques sous-jacents, et un ajustement brutal n’est pas exclu.

Les récentes initiatives de l’administration américaine, allant de la politique commerciale à ses ambitions géopolitiques, sèment le doute quant à la trajectoire économique mondiale. Lundi dernier, le Premier ministre danois a exprimé une inquiétude vive, soulignant que toute action militaire américaine contre un allié de l’OTAN pourrait entraîner l’effondrement de l’alliance et de l’ordre de sécurité établi depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

« Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays membre de l’OTAN, alors tout prendra fin, y compris l’OTAN et la sécurité établie après la fin de la Seconde Guerre mondiale. »

Premier ministre danois

Parallèlement, le président Donald Trump affirme exercer une influence prépondérante au Venezuela, une affirmation contestée par son propre secrétaire d’État. De plus, la « Doctrine Donrow » semble pointer vers le Groenland comme prochaine cible, poussant les dirigeants européens à envisager non seulement la dissolution de l’OTAN, mais également un conflit militaire entre d’anciens partenaires.

Ces développements troublants éclipsent presque le rejet par l’Amérique d’une politique économique saine, telle qu’elle était autrefois comprise. L’ordre commercial mondial est en lambeaux, la dette publique américaine atteint des niveaux sans précédent, et Washington semble indifférent. L’indépendance opérationnelle de la Réserve fédérale, pilier de la stabilité économique, est compromise et pourrait disparaître définitivement.

Il y a un an, un tel scénario de chaos économique et géopolitique aurait semblé improbable. Pourtant, l’économie continue de croître et les investisseurs américains ne manifestent aucune inquiétude, ni même d’appréhension. Cette absence de réaction face à des signaux d’alerte persistants interroge : pourquoi pas de krach ? Comment interpréter cette situation paradoxale ?

Certains analystes estiment que la vigueur des marchés financiers prouve que les critiques à l’égard de l’administration sont infondées. Selon cette logique, toute déviation par rapport aux normes devrait provoquer un effondrement, or ce n’est pas le cas. Au contraire, le marché boursier continue de battre des records, ce qui, selon certains, valide les politiques de Trump en matière de commerce, de finances publiques, de politique monétaire, et même ses ambitions au Venezuela et au Groenland.

Cette interprétation est toutefois fallacieuse. Elle néglige une distinction fondamentale : il n’existe pas de lien direct ou nécessaire entre un « krach » boursier – une chute brutale des marchés financiers avec des répercussions sur l’ensemble de l’économie – et les pertes économiques insidieuses et progressives résultant de mauvaises politiques.

Les marchés financiers sont les meilleurs outils disponibles pour traiter l’information pertinente, mais ils sont sensibles aux tendances dictées par des récits qui restent crédibles, du moins jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus. Que les investisseurs considèrent les niveaux actuels du marché comme justifiés, rassurants ou pessimistes, ils comprennent (ou devraient comprendre) que les prix peuvent changer radicalement, parfois sans raison apparente. Le marché boursier américain n’était pas un indicateur fiable des perspectives économiques en septembre 1929, pas plus qu’il ne l’était trois ans plus tard, après avoir déjà chuté de 89 %. La meilleure estimation disponible, qu’elle soit historiquement élevée, faible ou intermédiaire, n’est jamais absolument fiable.

Les discours dominants actuels, marqués par un optimisme prononcé, s’articulent autour de trois axes principaux : l’intelligence artificielle stimulera considérablement la productivité et les bénéfices des entreprises ; les réductions d’impôts et la déréglementation de l’administration y contribueront ; et les initiatives politiques controversées de l’administration se révéleront moins perturbatrices que prévu. Ces scénarios pourraient se réaliser, mais ils ne garantissent pas la pérennité des marchés.

L’accumulation lente mais régulière des dépenses induites par les politiques, même en supposant une croissance économique globale, est un facteur d’inquiétude. L’auteur estime qu’il est probable, voire certain, que de nombreux aspects de la politique actuelle freineront l’économie. Les droits de douane, même s’ils sont moins élevés que prévu initialement, entraveront la concurrence et favoriseront l’inefficacité. L’augmentation de la dette publique entraînera une hausse des taux d’intérêt à long terme et découragera les investissements. La Réserve fédérale, fragilisée dans sa capacité à maîtriser l’inflation, aura encore plus de difficultés à le faire, ce qui se traduira également par une hausse des taux d’intérêt à long terme.

Les progrès technologiques et les politiques favorables à la croissance pourraient compenser ces effets négatifs. L’économie américaine reste une force redoutable, avec ou sans Trump. Cependant, les dommages causés par une approche isolationniste ne seront pas annulés. Une instabilité géopolitique accrue, même sans guerre entre les pays de l’OTAN, ne fera qu’aggraver la situation. Le scénario le plus probable n’est pas un krach, mais une performance économique inférieure à son potentiel.

Le cas de la Grande-Bretagne après le Brexit est révélateur. Les détracteurs du Brexit avaient-ils tort puisque l’économie n’a pas implosé, mais a continué de croître ? La Grande-Bretagne est beaucoup plus dépendante du commerce que les États-Unis, et le Brexit a donc constitué un choc majeur, comparable à l’impact des politiques de Trump. Ce choc a été une surprise, notamment pour le gouvernement britannique. Cependant, il n’y a pas eu de krach boursier ni de récession. Une étude récente révèle que l’investissement britannique a été inférieur de 12 à 18 % à ce qu’il aurait dû être, et la production de 6 à 8 %. Ces pertes devraient s’accentuer à l’avenir. Pas d’effondrement soudain, pas de stagnation complète, mais les opposants au Brexit avaient raison.

Un effondrement complet de l’approche « America First » reste possible. L’administration actuelle semble avoir un appétit insatiable pour le risque et la ruine. Si jamais il fallait adopter une stratégie d’investissement prudente, c’est maintenant. Si cette prudence s’installe, il faut rester vigilant. Quoi qu’il en soit, un krach ou non, il est trop tôt pour conclure que les politiques de Trump sont justifiées.

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