Home SantéLes masques chirurgicaux offrent une protection insuffisante contre les infections respiratoires, préviennent les experts qui appellent à un changement des recommandations de l’OMS

Les masques chirurgicaux offrent une protection insuffisante contre les infections respiratoires, préviennent les experts qui appellent à un changement des recommandations de l’OMS

by Sophie Martin

Publié le 9 janvier 2026 à 11h53. Des experts internationaux plaident pour un changement radical dans les protocoles de protection du personnel soignant face aux maladies respiratoires, notamment le Covid-19, en recommandant l’adoption systématique de masques à haute filtration plutôt que des masques chirurgicaux jugés insuffisants.

  • Les masques chirurgicaux, largement utilisés en milieu hospitalier, offrent une protection limitée contre les infections respiratoires aéroportées comme le Covid-19.
  • Un panel d’experts demande à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de recommander l’utilisation par défaut de respirateurs (normes FFP2 ou FFP3 en Europe, N95 aux États-Unis) pour le personnel médical.
  • Cette évolution pourrait réduire significativement les infections et l’épuisement professionnel au sein des équipes soignantes.

Au cœur des préoccupations, l’efficacité des équipements de protection individuelle (EPI) face aux virus transmis par voie aérienne. Si les masques chirurgicaux ont été la norme pendant la pandémie de Covid-19 – avec près de 129 milliards d’unités utilisées chaque mois à l’échelle mondiale – de nouvelles données scientifiques remettent en question leur pertinence. De plus en plus de pays ont d’ailleurs commencé à privilégier les masques respiratoires, considérés comme plus performants.

Dans une lettre adressée au directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, les signataires estiment qu’il n’existe plus de justification rationnelle pour maintenir la priorité donnée aux masques chirurgicaux en milieu médical. Ils soulignent également l’inquiétude face au nombre de professionnels de la santé qui ne portent aucune protection faciale.

Le professeur Adam Finkel, de l’École de santé publique de l’Université du Michigan, l’explique clairement :

« Les masques chirurgicaux n’ont pas été conçus pour bloquer la transmission d’agents pathogènes aéroportés, mais pour protéger le champ opératoire de la contamination par le personnel médical. »

Adam Finkel, professeur à l’École de santé publique de l’Université du Michigan

Il établit une analogie frappante : « C’est comme comparer une machine à écrire à un ordinateur moderne. »

Les experts proposent de faire des respirateurs, capables de filtrer les particules fines (conformes aux normes FFP2 ou FFP3 en Europe, ou N95 aux États-Unis), la norme pour toute interaction médicale directe avec un patient. Ils estiment qu’un tel changement pourrait non seulement réduire le nombre d’infections, mais aussi limiter l’absentéisme et l’épuisement professionnel au sein des systèmes de santé.

L’OMS recommande actuellement le port d’un masque à trois couches lorsque la distanciation physique n’est pas possible, mais la plupart des masques chirurgicaux ne bénéficient pas d’une certification de niveau de protection. Les respirateurs, en revanche, éliminent 94 % des particules d’un diamètre de 0,3 micron ou plus et protègent le porteur dans les limites de leur certification.

Cette demande fait suite à des discussions lors d’une conférence en ligne organisée en 2024, axée sur la mise en œuvre de politiques fondées sur des preuves scientifiques. La lettre a été rédigée par sept cliniciens et scientifiques, et soutenue par près de 50 spécialistes ainsi que par plus de 2 000 membres du public, dont des personnes à risque médical élevé.

Les auteurs reconnaissent qu’il peut exister des situations où l’utilisation de masques respiratoires n’est pas nécessaire, en fonction de la circulation des infections dans la communauté ou de la présence de systèmes de ventilation et de filtration de l’air efficaces. Cependant, ils insistent sur le fait que ces recommandations concernent principalement le milieu médical, où le risque d’exposition est le plus élevé.

Bien que l’OMS ne puisse pas imposer de politiques contraignantes à l’échelle internationale, les signataires espèrent qu’une mise à jour de ses lignes directrices pourrait avoir un impact significatif. Ils suggèrent également que l’OMS pourrait faciliter l’accès à ces équipements, notamment dans les pays aux ressources limitées, tout en réduisant progressivement la production de masques chirurgicaux.

Le professeur Finkel nuance : les masques chirurgicaux restent préférables à l’absence totale de protection. Selon ses données, ils bloquent environ 40 % des particules de taille comparable au SARS-CoV-2, contre 95 % pour les masques respiratoires. Il compare cette différence à une chute de quelques centimètres contre une chute de plus d’un mètre.

Certains critiques soulignent l’absence d’essais cliniques randomisés démontrant l’efficacité des mesures physiques pour réduire la transmission des virus respiratoires. Les auteurs de la lettre rétorquent que de telles études sont difficiles à réaliser en pratique, en raison de la difficulté de garantir le port constant des masques et de contrôler l’exposition des participants en dehors des périodes surveillées. Ils mettent en avant les nombreux tests en laboratoire qui prouvent la capacité des masques respiratoires à arrêter les particules en suspension dans l’air.

La lettre demande également à l’OMS de revoir ses déclarations sur les modes de transmission du SARS-CoV-2 et de communiquer clairement que la maladie se propage par des particules respiratoires en suspension dans l’air.

Parmi les signataires figure le professeur Trisha Greenhalgh, de l’Université d’Oxford, membre du Réseau mondial de la santé, qui souligne :

« Un agent pathogène qui n’atteint pas l’organisme ne peut pas provoquer la maladie, et les masques respiratoires, grâce à leur étanchéité et à leurs normes de filtration élevées, offrent un niveau de protection supérieur aux masques médicaux ordinaires. »

Trisha Greenhalgh, professeur à l’Université d’Oxford

Un porte-parole de l’OMS a indiqué que le document serait examiné attentivement, précisant que l’organisation est actuellement en train de réviser ses recommandations en matière de prévention et de contrôle des infections respiratoires aiguës à potentiel épidémique ou pandémique, en se basant sur les dernières données scientifiques, afin d’assurer la protection du personnel soignant.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.