Home MondeLes médias des Gardiens de la révolution iraniens qualifient de « stupides » les déclarations de Shakdam sur les perversions sexuelles de Khamenei.

Les médias des Gardiens de la révolution iraniens qualifient de « stupides » les déclarations de Shakdam sur les perversions sexuelles de Khamenei.

by Clara Dubois

Publié le 19 décembre 2023 18h38. Des révélations explosives sur les liens de l’écrivaine britannique Emma Shakdam avec le régime iranien, ses rencontres avec des figures clés du pouvoir et ses accusations concernant le guide suprême Ali Khamenei relancent le débat sur ses motivations et son rôle dans la diplomatie régionale.

  • Emma Shakdam a effectué plusieurs voyages en Iran, obtenant un accès privilégié à des événements et à des personnalités influentes grâce à l’intermédiaire Nader Talebzadeh.
  • Elle accuse Ali Khamenei de ne pas se soucier des femmes et d’avoir exprimé une préférence pour les « jeunes garçons », des allégations qui ont suscité une vive polémique.
  • Des accusations de relations sexuelles avec des hauts responsables iraniens ont été portées contre Shakdam, entraînant des poursuites judiciaires contre un ancien député iranien.

L’interview d’Emma Shakdam, diffusée par Iran International le 18 décembre, a ravivé des controverses latentes concernant ses activités en Iran et ses liens avec le pouvoir en place. L’écrivaine britannique affirme avoir visité la République islamique à sept ou huit reprises, séjournant environ une semaine à chaque fois. Elle a débuté sa carrière journalistique en réalisant des interviews avec des réseaux affiliés au Hezbollah avant de collaborer avec des médias tels que Russia Today et Press TV.

Un élément central de son récit concerne Nader Talebzadeh, un journaliste proche du régime iranien décédé en mai 2022. Shakdam affirme que Talebzadeh lui a accordé une « autorisation pleine et inconditionnelle » de travailler en Iran, lui permettant d’assister à la campagne électorale de l’ancien président Ebrahim Raisi, décédé dans un accident d’avion, et de l’interviewer, malgré l’absence de carte de presse et son statut de touriste. Talebzadeh avait précédemment déclaré que l’entretien avec Raisi avait été conditionné par le contrôle des questions posées :

« Nous avons fait de l’entretien une condition que les questions soient de notre côté. »

Nader Talebzadeh

Les accusations les plus sensationnelles portent sur le guide suprême iranien, Ali Khamenei. Shakdam affirme qu’il « ne se soucie pas des femmes » et rapporte avoir entendu Talebzadeh lui dire que Khamenei préférait les « jeunes garçons ». Elle décrit une atmosphère particulière lors de sa rencontre avec Khamenei, se sentant proche de lui sans pour autant lui serrer la main. Selon elle, Khamenei a cherché à se présenter comme une figure divine, la questionnant sur la possibilité pour Dieu de commettre un « génocide » ou des crimes. Elle ajoute qu’il a exprimé sa surprise face aux descriptions négatives de sa personne.

Ces récits ont refait surface l’été dernier, après plusieurs années de silence. Ils interviennent dans un contexte de tensions régionales et de remise en question du rôle de l’Iran dans les conflits au Moyen-Orient. Le 18 octobre, la justice iranienne a condamné l’ancien député Mostafa Kawakbian à une peine de prison avec sursis de 14 mois et à une interdiction d’exercer son métier pendant deux ans, suite à ses déclarations diffamatoires concernant Shakdam. Kawakbian avait accusé Shakdam d’avoir eu des relations sexuelles avec 120 hauts responsables iraniens, des allégations qu’elle a fermement rejetées, les qualifiant de « fausses, impossibles et complètement fabriquées » lors d’une interview avec le podcast « Eye on Iran » d’Iran International.

Shakdam a également exprimé son soutien au prince Reza Pahlavi, héritier du trône iranien, appelant les Iraniens à se rallier autour de lui pour retrouver leur liberté :

« Vous avez un leader. Le prince Reza Pahlavi, l’héritier légitime du trône d’Iran. Rassemblez-vous autour de lui et allez retrouver votre liberté. »

Elle salue son leadership, estimant qu’il se concentre sur le service du peuple.

En 2021, des médias avaient révélé que 18 articles de Shakdam avaient été publiés sur le site internet de Khamenei entre 2015 et 2017. Le bureau de Khamenei a reconnu qu’elle avait envoyé des articles sur des thèmes liés aux valeurs de l’islam et de la révolution iranienne par l’intermédiaire de militants médiatiques, mais a affirmé qu’il n’y avait plus de relation avec le site internet depuis 2017.

Shakdam évoque également son expérience de l’antisémitisme au Yémen, où elle a vécu avec son ex-mari. Elle affirme que cette expérience et le constat de l’influence iranienne dans ce pays ont radicalement changé sa perspective. Elle accuse le régime iranien de soutenir des groupes tels que le Hamas, le Hezbollah et les Houthis, et estime qu’il est nécessaire de s’attaquer aux racines du problème.

Interrogée sur d’éventuels liens avec le Mossad israélien, elle a répondu de manière évasive :

« Vous devriez interroger le Mossad lui-même à ce sujet. »

Enfin, Shakdam a évoqué ses rencontres avec des femmes proches du pouvoir iranien, notamment Zainab Soleimani, fille de l’ancien commandant de la Force Qods Qassem Soleimani, qu’elle décrit comme une « médiatrice de l’amour » au sein du régime, jouant un rôle dans l’organisation de mariages entre des membres de groupes affiliés à l’Iran. Elle a également brièvement rencontré Zainab Mughniyeh, fille d’Imad Mughniyeh, un haut dirigeant du Hezbollah libanais, qui lui a parlé du meurtre de son père.

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