Publié le 27 octobre 2025. Le monde du journalisme et de l’Église autrichienne est en deuil après la disparition à l’âge de 82 ans de Heinz Nußbaumer, figure emblématique de la presse et fin connaisseur du Moyen-Orient.
- Décès de Heinz Nußbaumer à l’âge de 82 ans, entouré de sa famille.
- Hommages de personnalités religieuses et politiques, soulignant son talent journalistique et son engagement.
- Un parcours riche, de la politique étrangère à la direction de l’hebdomadaire Die Furche, en passant par des reportages de terrain.
Vienne a perdu un grand nom du journalisme, selon les mots de son ancien employeur, l’hebdomadaire Die Furche. Heinz Nußbaumer s’est éteint paisiblement ce week-end, laissant derrière lui un héritage de reportages approfondis et d’analyses perspicaces. Son décès suscite une vive émotion dans les milieux médiatiques et religieux autrichiens.
Le cardinal Christoph Schönborn a exprimé sa profonde tristesse, évoquant une amitié de plusieurs décennies avec le défunt.
« Avec Heinz Nußbaumer, l’Autriche perd un grand maître du journalisme. »
Die Furche
Il a salué le travail journalistique de Nußbaumer, notamment ses nombreux voyages au Mont Athos, dont il a tiré un ouvrage remarqué intitulé Le moine en moi.
« Ses nombreuses visites au Mont Athos et le livre impressionnant qui en a résulté témoignent de “l’amour secret” de Nußbaumer. »
Cardinal Christoph Schönborn
Le cardinal a souligné son rôle de pont entre les différentes traditions chrétiennes, en particulier l’orthodoxie.
En 2023, Heinz Nußbaumer avait reçu le « Prix Hans Ströbitzer » pour l’ensemble de son œuvre, un hommage à sa contribution à la coexistence sociale et au respect de la dignité humaine. Le cardinal Schönborn avait alors décrit Nußbaumer comme un « ami, chrétien et démocrate ». Il était, disait-il, un conseiller précieux dans les moments difficiles, capable de trouver le mot juste.
L’archevêque de Salzbourg, Mgr Franz Lackner, a également rendu hommage à Nußbaumer, soulignant sa perte pour l’Église et la pensée religieuse en Autriche. Il se souvenait de leurs rencontres lors de l’« Ouverture spirituelle », un événement organisé dans le cadre du festival de Salzbourg.
« La conversation avec Nußbaumer a été toujours aussi ouverte et honnête, mais aussi profonde et clairvoyante. »
Mgr Franz Lackner
Il évoque notamment une discussion sur le Mont Athos et les défis liés au pèlerinage sur cette montagne sacrée, où Nußbaumer avait souligné que l’on pouvait trouver le Mont Athos en soi, sans nécessairement s’y rendre.
Mgr Lackner a décrit Nußbaumer comme un homme qui savait saisir l’essentiel, guidé par la foi et la connaissance. Il le définissait comme catholique dans son ouverture, protestant dans son attachement au message de Jésus, et orthodoxe dans sa recherche de la vérité.
« Il laisse derrière lui un grand souvenir dans des domaines très divers, sur lequel nous pouvons regarder avec gratitude. Que son voyage vers l’éternelle Montagne Sainte soit désormais facile. Requiescat in Pace. »
Mgr Franz Lackner
Doris Helmberger-Fleckl, rédactrice en chef de Die Furche, a souligné la capacité de Nußbaumer à raconter l’histoire du monde à travers des histoires captivantes. Il avait rencontré de nombreuses personnalités internationales, de Mouammar Kadhafi à Yasser Arafat en passant par le Dalaï Lama. Elle a également insisté sur son engagement en faveur d’un journalisme de qualité, crédible et porteur de sens.
Le parcours de Heinz Nußbaumer est riche et varié. Né le 16 juillet 1943 à Bad Reichenhall, il a étudié la théologie, la philosophie juridique et politique, ainsi que l’histoire de l’art. Il a débuté sa carrière journalistique en 1964 à la Salzburger Volkszeitung, avant de rejoindre le Kurier à Vienne en 1966, où il a dirigé le département de politique étrangère pendant deux décennies à partir de 1971. Il a ensuite occupé des fonctions importantes au sein de la présidence fédérale autrichienne sous les présidents Kurt Waldheim et Thomas Klestil. Après 1999, il a travaillé comme journaliste indépendant et a dirigé Die Furche jusqu’en février 2023. Il était également l’un des animateurs de l’émission « kreuz&quer : Philosophicum » sur la chaîne ORF et a publié plusieurs ouvrages, dont son best-seller Le moine en moi et ses mémoires, My Little Big World.
Heinz Nußbaumer a reçu de nombreux prix pour son travail, dont le prix Concordia, le prix Karl Renner, le prix Leopold Kunschak, le prix européen de la tolérance décerné par le PEN Club autrichien et le prix Hans Ströbitzer en 2023. Il a également été décoré de la Croix d’honneur autrichienne pour la science et l’art, 1re classe, en 1995.
L’ORF a annoncé des changements de programme en hommage à Heinz Nußbaumer, notamment la diffusion de l’émission « Ce que je crois » consacrée à ses réflexions sur le Mont Athos, ainsi qu’une notice nécrologique dans le journal télévisé du 1er novembre. La chaîne ORF III présentera également une dernière interview de Nußbaumer et une production consacrée à sa vie et à son œuvre. Dossier spécial sur Heinz Nußbaumer dans Die Furche et articles de Heinz Nußbaumer dans Die Furche.
À ne pas manquer
