Publié le 7 octobre 2025 à 05h03. L’engouement pour les réseaux sociaux semble s’essouffler à l’échelle mondiale, une tendance qui pourrait s’accélérer avec l’arrivée de plateformes alimentées par l’intelligence artificielle. L’heure est-elle venue d’un tournant pour ces outils numériques, autrefois synonymes de connexion sociale ?
- Le temps passé sur les réseaux sociaux a atteint un pic en 2022 et diminue régulièrement depuis.
- Cette baisse est particulièrement marquée chez les adolescents et les jeunes adultes, les utilisateurs les plus assidus.
- Meta et OpenAI lancent de nouvelles plateformes sociales basées sur l’intelligence artificielle, alimentant une offre de contenu ultra-traité et potentiellement addictive.
Les habitudes en ligne évoluent, et les chiffres sont sans appel : l’âge d’or des réseaux sociaux pourrait être révolu. Une analyse menée par la société GWI auprès de 250 000 adultes dans plus de 50 pays révèle une diminution constante du temps consacré à ces plateformes depuis 2022. Cette tendance ne serait pas simplement un effet résiduel des confinements liés à la pandémie, mais bien une évolution de fond, observable sur une décennie.
Fin 2024, les adultes de plus de 16 ans dans les pays développés consacraient en moyenne deux heures et 20 minutes par jour aux réseaux sociaux, soit une baisse de près de 10 % par rapport à 2022. Le recul est d’autant plus significatif qu’il touche en priorité les tranches d’âge les plus actives, les adolescents et les jeunes adultes.
Cette désaffection coïncide avec l’arrivée de nouvelles plateformes sociales, portées par Meta et OpenAI, qui misent sur l’intelligence artificielle (IA) pour générer des vidéos courtes et addictives. OpenAI a d’ailleurs dévoilé une vidéo promotionnelle présentant des animations fantastiques, laissant entrevoir le potentiel – et les dérives possibles – de ces nouvelles technologies.
Certains experts comparent ce type de contenu à une nourriture ultra-transformée, dense en dopamine mais pauvre en valeur informative, voire même corrosive. L’appétit pour ce divertissement facile est indéniable, comme en témoigne le succès des vidéos apaisantes, des contenus insolites, voire pornographiques, qui génèrent des milliards de dollars de revenus publicitaires.
Cependant, la fusion progressive de ces contenus de divertissement coupable avec les plateformes de médias sociaux traditionnelles semble provoquer un certain rejet. Les nouvelles plateformes de Meta et d’OpenAI, qui s’inscrivent dans la continuité de cette évolution, pourraient bien marquer un point de rupture. Elles représentent une sorte de point final à la transformation des réseaux sociaux, passés d’espaces d’échange et de connexion à des outils de distraction et d’isolement.
Les données de GWI confirment ce changement de comportement. Les motivations initiales qui poussaient les utilisateurs à fréquenter les réseaux sociaux – rester en contact avec leurs amis, s’exprimer, rencontrer de nouvelles personnes – ont diminué de plus d’un quart depuis 2014. Parallèlement, l’utilisation réflexe des applications pour tuer le temps a augmenté, reflétant une dérive plus large vers une navigation passive et sans but.
Dans son ouvrage, l’écrivain spécialisé dans les technologies Cory Doctorow décrit ce phénomène comme une « ensauvagement » des plateformes numériques, qui recourent à des méthodes de plus en plus désespérées pour capter l’attention des utilisateurs. Ces applications ne sont plus, selon lui, de véritables réseaux sociaux, mais plutôt des outils de maximisation du temps d’écran, utilisant tous les moyens possibles pour retenir les utilisateurs le plus longtemps possible.
Une évolution positive serait de constater que nous avons atteint un point de saturation des réseaux sociaux, et que l’expérience est devenue si dégradée qu’elle a incité les gens à se détourner de ces plateformes au profit d’activités plus saines. Cependant, une exception notable à cette tendance mondiale prometteuse est à signaler : l’Amérique du Nord, où la consommation de contenu sur les réseaux sociaux reste 15 % plus élevée qu’en Europe en 2024.
Si les preuves des effets néfastes des réseaux sociaux sont encore débattues, il est indéniable que ces plateformes ont fondamentalement changé, passant de lieux de connexion à des sources d’isolement et de distraction. Le temps passé sur ces plateformes est autant de temps perdu à nourrir des interactions réelles avec les autres. Si cette tendance s’inverse, ce ne serait certainement pas une mauvaise chose, et encore plus si elle se propage à l’Amérique du Nord.
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