Publié le 27 novembre 2025 à 00h34. Après une période d’incertitude, le marché mondial des fusions-acquisitions connaît un essor sans précédent, porté par un assouplissement de la réglementation et un regain de confiance des entreprises.
- Les transactions dépassant les 10 milliards de dollars ont atteint un niveau record en 2025.
- L’acquisition de la bourse de cryptomonnaies sud-coréenne Upbit par Naver pour 10,3 milliards de dollars a franchi un nouveau palier.
- Le revirement de Donald Trump sur les tarifs douaniers et la déréglementation favorisent cette vague de transactions.
Une vague de fusions et acquisitions sans précédent déferle sur l’économie mondiale. Le volume des transactions dépassant les 10 milliards de dollars (environ 9,2 milliards d’euros) a atteint un sommet historique en 2025, propulsé par un climat de confiance retrouvé et une politique de déréglementation initiée par l’administration américaine.
Mercredi dernier, l’acquisition de la plus grande plateforme sud-coréenne de cryptomonnaies, Upbit, par le géant technologique Naver pour 10,3 milliards de dollars, a porté le total des mégatransactions de l’année à 63, surpassant le précédent record établi en 2015, selon les données de LSEG compilées depuis 1988.
Cette frénésie intervient malgré un début d’année hésitant, marqué par la volatilité des marchés suite à la décision du président américain de revoir sa politique tarifaire. Les incertitudes concernant les taux d’intérêt et les perspectives économiques mondiales avaient initialement freiné les investissements.
« Les entreprises saisissent cette opportunité pour conclure les transactions importantes qu’elles souhaitaient réaliser depuis longtemps et qui sont attendues par le marché. »
Ivan Farman, co-responsable mondial des fusions et acquisitions chez Bank of America
Les dirigeants d’entreprises, craignant de passer à côté d’opportunités stratégiques, se sont engagés dans des opérations d’envergure au second semestre 2025. Parmi les transactions notables, on peut citer l’offre de 85 milliards de dollars (environ 78,5 milliards d’euros) d’Union Pacific pour Norfolk Southern, le rachat de 55 milliards de dollars (environ 50,7 milliards d’euros) d’Electronic Arts soutenu par l’Arabie Saoudite, la fusion d’Anglo American et de Teck pour 50 milliards de dollars (environ 46,2 milliards d’euros), ainsi que l’acquisition de 49 milliards de dollars (environ 45,3 milliards d’euros) du fabricant de Tylenol, Kenvue, par Kimberly-Clark.
« Les PDG et les conseils d’administration disposent désormais de la confiance et de la visibilité nécessaires pour prendre les grandes décisions stratégiques qu’ils avaient reportées pendant deux ans en raison de l’incertitude concernant les taux d’intérêt, l’inflation et les élections. »
Edward Lee, associé chez Kirkland & Ellis
Cette nouvelle dynamique est en partie due au revirement de Donald Trump sur la guerre commerciale avec la Chine et à la réduction de certains tarifs douaniers. L’administration américaine a également renforcé les mesures favorables aux fusions et acquisitions, notamment en assouplissant les règles antitrust.
« Dans l’environnement réglementaire actuel, on a le sentiment qu’il existe une chance de réaliser des transactions à plus grande échelle que vous n’aurez peut-être pas l’occasion de refaire. »
Krishna Veeraraghavan, co-responsable du groupe M&A de Paul Weiss
L’enthousiasme se manifeste dans tous les secteurs. Les fusions et acquisitions bancaires ont connu une accélération, avec des accords approuvés au rythme le plus rapide depuis plus de trois décennies. Les grandes entreprises pharmaceutiques sont également revenues sur le devant de la scène, acquérant des actifs biotechnologiques pour renforcer leurs pipelines de médicaments. L’essor de l’intelligence artificielle a par ailleurs stimulé une vague de transactions dans le secteur technologique et celui des centres de données.
« Nous constatons une activité accrue non seulement dans le secteur technologique, stimulée par un investissement massif dans les infrastructures d’IA, mais également dans les secteurs de la santé, de l’industrie, de la finance et d’autres secteurs. »
Drago Rajkovic, co-responsable mondial des fusions et acquisitions chez Citigroup
Selon les experts, cette vague de transactions est alimentée par une forte demande refoulée, un environnement réglementaire favorable et des bilans solides. Cependant, l’activité reste plus forte parmi les grandes entreprises que parmi les petites, ce qui témoigne d’une reprise inégale du marché.
« Les petites transactions sont souvent plus difficiles à réaliser car elles sont moins intéressantes pour les acheteurs, car elles n’ont pas d’impact significatif. En fin de compte, les petites transactions offrent des rendements inférieurs, donc nos clients ont tendance à se concentrer sur les grandes transactions. »
Andrew Woeber, responsable mondial des fusions et acquisitions chez Barclays
