Publié le 28 juillet 2025 à 06h00. Des recherches récentes mettent en lumière le rôle crucial de certaines bactéries intestinales dans la production de sérotonine, un neurotransmetteur essentiel au bon fonctionnement de l’intestin, ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques pour les troubles de la motilité.
- Deux espèces bactériennes, Limosilactobacillus mucosae et Ligilactobacillus ruminis, sont capables de synthétiser de la sérotonine à partir de son précurseur, le 5-hydroxytryptophane (5-HTP).
- Des expériences sur des souris dépourvues de microbiote ont démontré que l’introduction de ces bactéries améliore le transit intestinal et augmente la densité des neurones dans le côlon.
- Les personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable (SII) présentent souvent une faible concentration de L. mucosae dans leurs selles, suggérant un lien potentiel avec les troubles de la motilité.
La sérotonine, souvent associée au bien-être et à la régulation de l’humeur, joue un rôle bien plus étendu que celui de simple neurotransmetteur cérébral. Environ 90 % de la sérotonine présente dans l’organisme se trouve en réalité dans l’intestin, où elle agit comme un messager chimique local, régulant des fonctions essentielles telles que les contractions intestinales (péristaltisme), la sécrétion de liquides, la sensibilité à la douleur et même le développement du système nerveux entérique, surnommé le « deuxième cerveau ».
Contrairement à la sérotonine produite dans le cerveau, celle de l’intestin ne franchit pas la barrière hémato-encéphalique. Elle exerce donc son action directement sur le tube digestif, mais peut également influencer les vaisseaux sanguins et le système immunitaire en se liant aux plaquettes. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les travaux publiés dans Cell Reports, qui identifient deux espèces bactériennes capables de produire de la sérotonine à partir du 5-HTP.
Pour valider ces découvertes, les chercheurs ont utilisé des souris dépourvues de tout microbiote, élevées dans un environnement stérile. Ces modèles expérimentaux permettent d’observer précisément l’impact de l’introduction d’une seule espèce bactérienne sur l’organisme. Les résultats ont été frappants : l’administration des deux bactéries en question a entraîné une augmentation de la sérotonine dans les selles, une augmentation de la densité des neurones dans le côlon et une normalisation du transit intestinal. En d’autres termes, l’intestin a retrouvé une motilité plus efficace.
L’étude révèle également une observation intéressante chez les patients atteints du syndrome de l’intestin irritable (SII) : ils présentent souvent une concentration plus faible de L. mucosae dans leurs selles. Cette observation suggère que le manque de cette bactérie pourrait contribuer aux troubles de la motilité caractéristiques de cette affection.
Si les résultats sont prometteurs, les chercheurs insistent sur la nécessité de mener des études cliniques rigoureuses avant de pouvoir envisager des applications thérapeutiques concrètes. Il ne s’agit pas d’inciter à l’automédication avec des suppléments de 5-HTP ou des probiotiques. La sérotonine joue un rôle complexe dans l’organisme, et toute intervention doit être encadrée par des professionnels de santé. L’objectif est de déterminer si des consortiums microbiens ciblés pourraient constituer une nouvelle approche thérapeutique pour traiter la constipation, les douleurs abdominales et les troubles de la motilité intestinale.
En attendant, les recommandations restent les mêmes : pour préserver la santé de son microbiote et, par conséquent, de son intestin, il est essentiel d’adopter une alimentation riche en fibres et variée, de pratiquer une activité physique régulière et de veiller à un sommeil de qualité. Un intestin en bonne santé, doté d’un réseau nerveux entérique bien entretenu, constitue une protection silencieuse contre l’inflammation chronique, les infections récurrentes et une baisse de la qualité de vie. C’est à l’intersection des microbes, de la sérotonine et d’un mode de vie sain que se trouve la clé d’une longévité en bonne santé.


Références : https://www.cell.com/cell-reports/fulltext/S2211-1247(25)01205-7
Aureliano Stingi, docteur en biologie moléculaire, travaille dans le domaine de l’oncologie de précision et de longévité
Instagram: Aureliano _Stingi X: @AurelianoStingi
