Home SantéLes mises à jour sur le VIH donnent la priorité aux comorbidités — ART sur le régulateur de vitesse

Les mises à jour sur le VIH donnent la priorité aux comorbidités — ART sur le régulateur de vitesse

by Sophie Martin

Publié le 18 octobre 2025 17:37:00. Les recommandations européennes pour la prise en charge du VIH ont été mises à jour pour mieux répondre aux besoins d’une population séropositive vieillissante, en mettant l’accent sur la prévention des maladies associées et la santé mentale, tout en maintenant une stabilité relative des traitements antirétroviraux.

  • Les nouvelles directives de la Société européenne de lutte contre le sida (EACS) intègrent des recommandations actualisées sur la vaccination, la prévention des risques cardiovasculaires et le dépistage des cancers.
  • Elles précisent les approches à adopter face aux co-infections, notamment le VIH-2, en augmentation en Europe.
  • L’accès à de nouvelles options de PrEP (prophylaxie pré-exposition) injectables et les stratégies de gestion de la santé mentale sont également abordées.

La Société européenne de lutte contre le sida (EACS) a dévoilé sa version 13.0 des lignes directrices pour la prise en charge du VIH lors de la 20e Conférence européenne sur le sida. Ces nouvelles recommandations, publiées dans Médecine du VIH, marquent une évolution vers une approche plus globale de la santé des personnes vivant avec le VIH, en tenant compte de l’allongement de leur espérance de vie et de l’apparition de comorbidités.

Selon le Dr Jürgen Rockstroh, responsable des maladies infectieuses à l’hôpital universitaire de Bonn (Allemagne) et président du groupe de travail ayant élaboré ces directives, l’objectif est de fournir aux médecins des outils pratiques pour gérer non seulement le VIH et les co-infections, mais aussi les pathologies associées, de plus en plus fréquentes chez les patients vieillissants.

« Ces directives ne se limitent pas au traitement du VIH et à la gestion des co-infections, mais abordent également les comorbidités, qui deviennent de plus en plus importantes dans une population vieillissante vivant avec le VIH. »

Jürgen Rockstroh, responsable des maladies infectieuses à l’hôpital universitaire de Bonn, Allemagne

Il souligne que les médecins spécialistes du VIH se retrouvent souvent à gérer ces comorbidités sans le soutien d’autres spécialistes.

En matière de traitement antirétroviral (TAR), les recommandations restent globalement stables, privilégiant toujours les inhibiteurs de l’intégrase de deuxième génération. La doravirine est maintenue comme option thérapeutique, malgré l’absence d’études comparatives directes avec d’autres schémas à base d’intégrase. Pour les personnes infectées par le VIH alors qu’elles étaient sous PrEP (cabotégravir à action prolongée), les directives préconisent un traitement triple comprenant du darunavir boosté, déconseillant l’utilisation de bithérapies.

Une attention particulière est portée au VIH-2, dont l’incidence augmente en Europe en raison des flux migratoires, notamment en provenance d’Afrique de l’Ouest. Les nouvelles directives fournissent des indications précises sur la suspicion, le diagnostic, le traitement et le suivi de cette forme spécifique du virus.

La prévention du VIH est également renforcée avec l’intégration des options de PrEP injectable à action prolongée (cabotégravir et lénacapavir). Un test de l’ARN du VIH est recommandé avant de débuter la PrEP, en particulier chez les personnes ayant récemment été exposées à un risque élevé ou lors de l’utilisation d’agents à action prolongée. En cas d’exposition post-infection (PEP), les directives conseillent de prendre deux comprimés du régime de PrEP orale dès que possible, suivis d’un comprimé par jour jusqu’à une évaluation médicale.

La vaccination fait l’objet de mises à jour significatives. Le vaccin contre le virus respiratoire syncytial (VRS) est désormais recommandé pour les personnes âgées de 75 ans et plus. La section consacrée à l’hépatite B a été entièrement revue, grâce à l’arrivée de nouveaux vaccins avec adjuvant CpG qui permettent d’obtenir des taux de réponse proches de 100 %, même chez les personnes qui n’avaient pas répondu aux vaccins précédents. Le Dr Rockstroh note toutefois que le remboursement de ces nouveaux vaccins reste inégal en Europe. L’abandon du ténofovir disoproxil/ténofovir alafénamide (TDF/TAF) dans certains schémas thérapeutiques rend également le statut vaccinal plus crucial, car ce médicament avait un effet protecteur contre le virus de l’hépatite B.

Les directives abordent également la prise en charge des femmes enceintes et des enfants. Le bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide a été ajouté aux options thérapeutiques pendant la grossesse. Une césarienne programmée à la semaine 38 est recommandée si la charge virale dépasse 400 copies/mL à la semaine 36. En cas de diagnostic du VIH pendant le travail, un TAR incluant un inhibiteur de l’intégrase de dernière génération et de la zidovudine par voie intraveineuse doit être initié le plus rapidement possible.

Enfin, les recommandations actualisent les informations sur les infections opportunistes, notamment la tuberculose (en distinguant « infection tuberculeuse » de « maladie tuberculeuse »), et révisent les directives concernant le tecovirimat pour le mpox. Les essais cliniques n’ont pas démontré l’efficacité de ce médicament contre le mpox, mais il est considéré comme sûr. L’accent est mis sur l’optimisation de la fonction immunitaire, et l’utilisation d’antiviraux peut être envisagée au cas par cas. Les recommandations en matière de dépistage des cancers (foie, prostate, anus, sein, col de l’utérus, poumon) sont également mises à jour, avec des critères alignés sur les recommandations de l’Association européenne pour l’étude du foie, qui ne tiennent plus compte de l’origine ethnique ou de la région géographique.

La gestion du risque cardiovasculaire est également soulignée, avec une tendance à initier les statines plus tôt, en particulier chez les personnes de plus de 40 ans, et à intensifier le contrôle des lipides. Le seuil d’intervention pour l’hypertension est abaissé à 129 mm Hg, conformément aux directives de la Société européenne de cardiologie de 2024. Les conseils sur l’obésité sont largement réécrits, en tenant compte des nouvelles tendances liées aux régimes alimentaires et aux facteurs liés au mode de vie.

Les nouvelles directives intègrent également des outils de dépistage et des pratiques pour la santé mentale, notamment le dépistage du risque de suicide et des conseils sur les méfaits liés à l’alcool et au chemsex. Un nouveau tableau d’interactions médicamenteuses relie les antirétroviraux aux substances récréatives.

Le Dr Rockstroh conclut que ces directives aident les cliniciens à prendre en charge les personnes vieillissantes et à gérer leurs comorbidités, en fournissant des objectifs clairs en matière de tension artérielle et de taux de cholestérol, en identifiant les patients qui doivent recevoir des statines et un dépistage du cancer, et en intégrant des outils simples d’évaluation de la santé mentale.

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