Publié le 24 novembre 2024. Les autorités nord-coréennes durcissent leur contrôle sur les cours particuliers, perçus comme une menace à l’idéologie socialiste, alors que le système éducatif public peine à répondre aux attentes des familles.
- La province du Pyongan du Nord a émis une directive ordonnant une opération de ratissage pour réprimer les tuteurs privés.
- Les parents expriment leur frustration face à cette mesure, estimant que le problème réside dans la qualité de l’enseignement scolaire.
- La mobilisation des élèves pour des travaux nationaux au détriment de leurs études est pointée du doigt.
Face à un engouement croissant pour le tutorat privé en Corée du Nord, les autorités provinciales du Pyongan du Nord ont lancé une offensive pour encadrer strictement cette pratique. Une directive récente, diffusée fin novembre, qualifie le tutorat de « phénomène capitaliste » infiltrant la société et annonce le déploiement de l’Agence de sécurité nationale et du ministère de la Sécurité pour identifier et réprimer les tuteurs.
Le Parti provincial a insisté sur la nécessité d’« empêcher l’entrée de phénomènes non socialistes tels que les tuteurs » dans le pays, et a demandé l’organisation de réunions avec les parents pour les dissuader de recourir à ces services. Une menace implicite pèse sur les foyers qui ne respecteraient pas cette consigne : ils pourraient être dénoncés par les Unités populaires.
Ce durcissement intervient alors que le tutorat, autrefois réservé à une élite fortunée, s’est démocratisé ces dernières années, touchant désormais des familles aux revenus modestes, non seulement dans les grandes villes comme Sinuiju, mais aussi dans des régions plus rurales comme Sakju-gun et Pihyeon-gun.
Selon une source du Daily NK, cette popularité croissante est directement liée aux lacunes du système éducatif public. « La raison pour laquelle les parents font appel à des tuteurs est que les écoles ne parviennent pas à offrir une éducation suffisante à leurs enfants », explique la source. « Ils veulent leur assurer un avenir meilleur, et pour cela, ils sont prêts à investir dans un soutien scolaire supplémentaire. »
Le problème est aggravé par la forte mobilisation des élèves pour des travaux d’intérêt général, au détriment de leurs études. Dès la 3ème ou la 4ème année de l’école primaire, les enfants sont souvent sollicités pour participer à des projets de construction routière ou à des campagnes agricoles.
« Dès qu’ils sont en 3ème ou 4ème année de l’école primaire, ils sont mobilisés pour soutenir les efforts nationaux. Ils suivent les cours à l’école le matin et l’après-midi, ils portent des outils tels que des charrettes, des bassins, des pelles et des houes et sortent pour accomplir un travail patriotique loyal comme la construction de routes et la mobilisation agricole. »
Source du Daily NK, province du Pyongan du Nord
Cette surcharge de travail entraîne une fatigue importante chez les élèves, qui s’endorment parfois en classe. La source révèle que certains enfants terminent l’école primaire sans avoir acquis les compétences de base en lecture et en écriture, ce qui pousse les parents à investir dans le tutorat pour combler ces lacunes.
Malgré la répression annoncée, la source prédit que le tutorat ne disparaîtra pas complètement. « Le parti provincial a annoncé qu’il contrôlerait fortement la pratique d’embauche de tuteurs, donc les tuteurs réduiraient également leurs activités pour le moment. Cependant, parce que les parents ont une forte volonté d’enseigner à leurs enfants quoi qu’il arrive, ils ne pourront pas éradiquer complètement les tuteurs. »
Les parents, quant à eux, expriment leur incompréhension face à cette nouvelle directive.
« Est-il normal de ne pas donner à ses enfants un tuteur à domicile sans même penser à une bonne éducation scolaire ? »
Parent nord-coréen (source du Daily NK)
Ils estiment que le contrôle du tutorat ne résoudra pas le problème de fond, à savoir la qualité insuffisante de l’enseignement public.
