Home AffairesLes petites villes voient leur économie stimulée par la ruée vers le développement des centres de données

Les petites villes voient leur économie stimulée par la ruée vers le développement des centres de données

by Amélie Bernard

Une véritable ruée vers l’or numérique est en cours aux États-Unis : des centres de données géants se multiplient à un rythme effréné, attirant les investissements et créant des emplois, mais suscitant également des inquiétudes quant à leur impact sur les communautés locales et les ressources naturelles.

Le comté de Newton, en Géorgie, à une heure à l’est d’Atlanta, est au cœur de cette transformation. Il abrite déjà un vaste campus de Meta, ouvert en 2018 et en constante expansion, avec un deuxième site en construction. Ce complexe de 1 000 acres comprend huit bâtiments imposants, chacun s’étendant sur la longueur de quatre terrains de football, et abrite des rangées de serveurs fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Le réseau de câbles qui alimente ces installations est si étendu qu’il pourrait atteindre la Lune et revenir.

Selon une analyse récente de Goldman Sachs, près de 1 % des comtés américains – soit environ 33 – concentrent désormais 72 % de l’ensemble de l’activité des centres de données (en date de juillet 2025). Cette carte évolue cependant très rapidement, et l’arrivée de ces infrastructures massives ne fait pas l’unanimité.

« Tout cela n’est qu’une illusion », affirme LeAnne Long, commissaire du comté de Newton, qui est également courtier immobilier dans la région. « On nous promet monts et merveilles en matière de zonage, d’eau et d’électricité, mais ce n’est pas ce qu’il se passe réellement. C’est la plus grande supercherie que j’aie jamais vue. » Elle s’interroge sur l’avenir de ces communautés si l’industrie évolue et que ces bâtiments massifs deviennent inutiles.

L’arrivée de Meta a été globalement bien accueillie et représente un pilier économique majeur pour la région, créant des centaines d’emplois dans les domaines du CVC, de l’électricité, de l’exploitation et de la technique, pour la plupart pourvus localement. L’entreprise a déjà versé 12 millions de dollars de recettes fiscales cumulées depuis 2022, date de mise en service des premiers bâtiments imposables, un chiffre qui devrait augmenter avec la poursuite des travaux.

Par ailleurs, Meta a lancé des initiatives pour soutenir les petites entreprises, notamment des ateliers pour aider les commerçants locaux à développer leur présence sur Instagram. Amazon, de son côté, s’est associé aux écoles du comté de Newton et à l’association Goodr pour ouvrir une épicerie gratuite offrant aux étudiants des produits frais et des aliments non périssables.

Cependant, les inquiétudes persistent. Les résidents soulignent que les promesses ne correspondent pas toujours à la réalité. Lisa Miller, 64 ans, vit près d’un ancien site de scierie qui est aujourd’hui un chantier de construction actif d’Amazon. « Nous ne sommes pas une grande ville », explique-t-elle. « Les gens ici aiment le bétail et les chevaux. » Elle décrit également les problèmes de sécurité liés aux travaux de dynamitage et de construction lourds, citant le cas d’une voisine dont le plafond du salon s’est effondré à la suite d’une explosion.

La demande énergétique est une autre source de préoccupation. Selon Goldman Sachs, les centres de données pourraient consommer environ 8 % de toute l’énergie américaine d’ici 2030, ce qui nécessitera un investissement d’environ 50 milliards de dollars (environ 46 millions d’euros) dans de nouvelles capacités de production.

Serra Hall, directrice exécutive de l’Autorité de développement industriel du comté de Newton, reconnaît la nécessité d’une meilleure planification. « Nous essayons de réunir toutes les parties prenantes pour ralentir le processus et travailler ensemble sur la voie à suivre », dit-elle. Elle souligne que le succès de Meta a suscité un intérêt accru pour la région, rendant la coordination plus importante que jamais.

KC Timmons, directeur des opérations mondiales SiteOps chez Meta, se montre optimiste : « Je travaille dans ce secteur depuis plus de 20 ans et je n’ai jamais vu un tel intérêt pour les centres de données. C’est une innovation qui peut apporter beaucoup de bien. »

Google prévoit également d’investir 40 milliards de dollars (environ 37 milliards d’euros) dans des centres de données au Texas dans le cadre d’une initiative majeure en matière d’intelligence artificielle.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.